‹ Molière jugéChapitre 103 sur 119 · ARMANDE · texte numérisé non relu

ARMANDE

Ne soyez pas, ma sœur, d'une si bonne foi ;

Et croyez, quand il dit qu'il me quitte et vous aime,

Qu'il n'y songe pas bien, et se trompe lui-même.

Armande venant aux conseils qu'elle donne à sa rivale, après avoir vu ses reproches manquer d'effet, c'est dans la position, la plus mauvaise et la plus susceptible d'être foudroyée par la plaisanterie.

Pour la Reconnaissance du comique.

Je ne dois pas entièrement me fier au sentiment présent ; il faut un peu que cela soit science chez moi. Il faut porter un exemplaire des Femmes savantes aux Français et noter les endroits où Ton rit. Me rappeler ensuite, en composant, le résultat de ces opérations. Il est reconnu que le comique glisse sur tout homme passionné. Il est trop occupé à la recherche du bonheur pour songer à se comparer au personnage ridicule que vous faites passer sous ses yeux. Je suis passionné, ou du moins fortement occupé en étudiant Mohère. Donc, je puis laisser passer sans rire des choses très comiques qui ont d'ailleurs cet autre inconvénient que je les sais presque par cœur, jusqu'ici (page ii) je n'ai pas ri. Je me suis seulement souvenu qu'on rit à cette plaisanterie

Quelque petit savant qui veut venir au monde.

Il me semble que Collé, le fond de la scène donnée, eût pu y mettre cinq ou six plaisanteries du ton du plus grand monde, qui auraient fait rire davantage qu'on ne rit actuellement. Cette idée est peut-être téméraire; d'ailleurs le ton du grand monde s'est, je crois, extrêmement perfectionné de l'an 1672 à l'année 1772. Je ne

crois pas qu'à la première de ces époques, il y eut aucun salon aussi agréable, d'aussi bon ton (l'art de se donner

du plaisir avec la langue, sans et entre indifFérens)

que celui de M"'^ Du Deffand '.

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