SCÈNE II
GEORGE DANDIN. LUBIN
LUBIN Paix!
GEORGE DANDIN Quoi donc ?
On rit de la figure de Dandin; après deux pages, l'expression est déjà faite, l'action a marché.
LUBIN
C'est que je viens de parler à la maîtresse du logis, de la part d'un certain monsieur qui lui fait les doux yeux ; et il ne faut pas que l'on sache cela. Entendez-vous?
On rit de la bêtise de Lubin qui a des prétentions à la finesse, on rit du malheur de G. Dandin, c'est singulier; un autre malheur serait triste avoir, à apprendre au malheureux, une banqueroute, la mort d'un ami, la perte d'une place. Il faut qu'il y ait un ridicule particulier attaché au malheur d'être cocu, qui est un grand malheur, car il y a des Meinau [Misanîropie et Repentir) dans le monde.
Pourquoi donc rit-on ? Ne serait-ce pas parce qu'un mari est un ennemi du public, qui retient un trésor qui devrait circuler. Ex[poserï ce malheur.
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LUBIX
Le mari, à ce qu'ils disent, est un jaloux qui ne veut pas qu'on fasse l'amour à sa femme ; et il feroit le diable à quatre, si cela venoit à ses oreilles. Vous comprenez bien "'
Supériorité d'esprit de Lubin, qui en lui-même, se rend justice et s'efforce de se rendre intelligible à ce pauvre homme qu'il rencontre. Si G. Dandin n'emportait pas toute l'attention, on rirait davantage de ce sot de Lubin.
LUBIN
Voj'ez s'il y a là une grande fatigue, pour me payer si bien; et ce qu'est, au prix de cela, une journée de travail, où je ne gagne que dix sous !
Trait de vérité qui fait un grand plaisir en donnant beaucoup de vraisemblance à la chose. Eloge indirect de la richesse. Un poète commun est le plus grand admirateur de la comédie. Il sent vingt fois plus de plaisir à lire de ses pièces que le meilleur amateur.
GEORGE DANDIN
Mais quelle réponse a faite la maîtresse à ce monsieur le courtisan ?
On rit de la figure de Dandin.