‹ Molière jugéChapitre 89 sur 119 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Monsieur DE SOTENVILLE, CLITANDRE

GEORGE DAXDIN

MONSIEUR DE SOTENVILLE Mon nom est connu à h cour; et j'eus l'honneur, dans ma jeunesse, de me signaler des premiers à l'arrière-ban de Nancy.

Cela était du bien boa comique pour les courtisans de Louis XIV. Outre l'avantage imaginaire que le rieur se donne sur celui dont il rit, il y avait ici avantage réel, et avantage reconnu et envié par celui qui aurait pu l'attaquer 'voir la noblesse de province). Différence de rang dans l'aristocratie très réelle, quoique non officiellement marquée.

MONSIEUR DE SOTEN VILLE (montrant G. Daiidin). ... et pour l'homme que vous voyez, qui a l'honneur d'être mon gendre.

Ridicule des nobles de province qui ne savent pas qu'on ne montre en France la supériorité que par l'excès de la politesse. Voici le texte de la loi :

« La politesse marque l'homme de naissance ; les plus grands sont les plus polis... Cette politesse est le premier signe de la hauteur... la politesse prouve une éducation soignée et qu'on a vécu dans un monde choisi. (Duclos, Procès-verbal des mœurs françaises, 1750, ou Considérai ions, 31. i

CLITANDRE Me croyez-vous capable, monsieur, d'une action aussi lâche que celle-là? Moi, aimer une jeune et belle personne qui a l'honneur d'être la fille de M. le baron de Sotenville !

90 MOLIÈRK jUriK PAR STENDHAL

Jeune et belle, bonne plaisanterie faite en parlant à l'homme même qu'on tourne en ridicule.

MONSIEUR DE SOTEN VILLE (à G. Daudin). Soutenez donc la chose.

GEORGE DANDIN Elle est toute soutenue. Cela est vrai.

Peinture du pa3-san qui ignore l'honneur et qui ne sent pas son ignorance, parce que la raison ne le conduit pas à cette connaissance, car il ne faut pas se dissimuler que Ihonneur est une chose apprise, qui ne dérive point directement de la nature, et que Cicéron et Brutus qui n'étaient pas des George Dandin auraient peut-être eu bien de la peine à comprendre.

Page 1