‹ Molière jugé par ses contemporainsChapitre 17 sur 34 · LE COCU · texte numérisé non relu

LE COCU

Vous voyez en ma seule ombre tout le corps des cocus ; vous les voyez icy en moy, dis-je, affligez, outragez, et tout contrits des affronts publics que ce grand corps a receus depuis que malicieusement cet ennemi juré de nostre repos nous a rendu le jouet de tout le monde. Il n'est presque aucun mary qui n'ait senty les traits picquans de sa satyre, et depuis qu'il s'est mêlé d'annexer le cocuage à de certains maris, il se voit peu de familles où l'on ne soit persuadé

de trouver des cocus de père en fils. Ce soupçon outrageant est devenu par son moyen comme un titre de maison, et il en a excepté si peu de gens, que si je ne parle pour tout le monde, il ne s'en faut gueres du moins. Voilà de quoy se plaint nostre illustre corps, qui avant sa scandaleuse médisance, vivoit dans Tétat de la première innocence. Chacun vivoit content de sa petite réputation, le scandale ne regnoit point publiquement comme il fait, et si Ton avoit le malheur d'estre cocu, on avoit du moins la douceur de Testre en son petit particulier. Mais depuis qu'il a dévoilé les mystères secrets, ce n'est plus par tout qu'une gorge chaude des pauvres maris. On en va à la moutarde, et plusieurs honnestes gens mesme ont pris en dot le titre de cocus, en signant leur contrat de mariage. Si la discrétion des notaires n'étoit grande, quelqu'un de ces messieurs en pourroit parler avec beaucoup de seureté. Voilà le desordre et le dérèglement qu'il a mis en l'autre monde, dont nous demandons en celuy-cy justice, vengeance, et réparation.

PLUTON, à Molière, Qu'avez-vous à dire là-dessus ?

MOLIERE

Rien ; je passe condamnation pour les cocus, et j^ay trop mal réussi dans cette affaire pour me pouvoir défendre. Quelque soin que j'aye pris de faire horreur du cocuage, j'avoue de bonne foy que c'est un vice dont je n'ay pu corriger mon siècle.

PLUTON

Minos, mets-le sur le rôle. Allez, on va vous écrire. Qu'est-ce ? Qu'y a-t-il de nouveau ?

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