‹ Molière jugé par ses contemporainsChapitre 25 sur 34 · CARON, LES OMBRES, PLUTON, RADAMANTE, MINOS, MOLIERE · texte numérisé non relu

CARON, LES OMBRES, PLUTON, RADAMANTE, MINOS, MOLIERE

CARON

Oh ! je n'y puis plus tenir. Depuis que je

conduis la barque, je n'ay jamais tant veu de morts pour un jour ; et si vous n'y venez donner ordre, je ne sçay pas ce que nous €n ferons.

PLUTON

Comment ? Nous avons donc bien des gens?

CARON

Tout crevé à la porte.

PLUTON

Puisque nous avons tant de morts icybas, il faut qu'il y ait encore bien des médecins là-haut. Mais qu'ils attendent à un autre jour ; je ne juge d'aujourd'huy, et voicy ma dernière sentence. Retirez -vous un peu, que je prenne les opinions. Minos, qu'en dis-tu ?

MINOS

Moy ? Que cette ombre est de bon sens, et qu'elle mérite bien quelque jugement avantageux.

RADAMANTE.

Il n'y a qu'honneur à juger en sa faveur.

PLUTON

J'en demeure d'accord ; mais aussi les

obligations que nous avons à ces Messieurs m'embarrassent ; et je crois qu'un arbitrage conviendroit mieux à cette affaire, qu'un jugement dans les formes. Ne trouvez-vous point à propos de leur proposer un accommodement ?

MINOS

Hé ! oui dà ; car il est vray que nous avons quelques mesures à garder avec la Faculté.

RADAMANTE.

Je suis de cet avis.

PLUTON

Je m'en vais leur parler. Çà, Messieurs, qu'est-ce? n'y a-t-il pas moyen de vous rapatrier ? Je vois de part et d'autre que les raisons peuvent subsister : d'accord, mais à les bien peser, entre nous, la balance penchera de son costé; et sans l'alliance jurée entre nous, franchement, Messieurs, vous seriez tondus. C'est pourquoy, si vous m'en croyez, taschez de vous accommoder ensemble ; et pour faciliter l'affaire, j*aime mieux relascher de mes intérêts, et consentir que vous m'envoyiez quelques millions de morts moins qu'à l'ordinaire.

LES MEDECINS

Quoy! Nostre ennemy juré? Non, non...

PLUTON

Ho, ho, Messieurs, si vous n'êtes contens, prenez des cartes ; j'y perds plus que vous, et si je ne me plains pas.

LES MEDECINS

Quoy, Pluton !...

PLUTON

Quoy ! vos ombres téméraires m'osent répliquer, moy qui puis vous faire évanouir d'un souffle seulement ?

LES MEDECINS

Nous demandons justice, justice!

PLUTON

Encore? Ah! je m'en vais souffler. Fu, fu!

Mais il est temps de prononcer

En quel endroit je dois placer

Ton ombre avec que ta mémoire.

Que la Postérité Ven choisisse le lieu ;

Et tandis ^qu'elle ira travailler à ta gloire.

Entre TÉRENCE et PLAUTE occupe le milieu.

{On fait un carillon avec des cloches qui s'accordent avec les violons)

CARON

Messieurs, Pluton se va coucher, son bonnet de nuit l'attend. Vous avez ouï h retraite, bon soir.

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