‹ MoliereChapitre 126 sur 253 · DELAUNAY · texte numérisé non relu

DELAUNAY

Rôle de Cléonte.

MADAME JOURDAIN, à part.

Oui, nous ne le savons que trop.

DORANTE

Vous m'avez généreusement prêté de l'argent en plusieurs occasions; et vous m'avez obligé de la meilleure grâce du monde, assurément.

M. JOURDAIN

Monsieur, vous vous moquez.

DORANTE

Mais je sais rendre ce qu'on me prête et reconnaître les plaisirs qu'on me fait.

M. JOURDAIN

Je n'en doute point, Monsieur.

DORANTE

Je veux sortir d'affaire avec vous; et je viens ici pour faire nos comptes ensemble.

M. JOURDAIN, basa M°i<= Jourdain.

Eh bien! vous voyez votre impertinence, ma femme.

DORANTE

Je suis homme qui aime à m'acquitter le plus tôt que je puis.

M. JOURDAIN, bas à M«« Jourdain.

Je VOUS le disois bien.

DORANTE

Voyons un peu ce que je vous dois.

M. JOURDAIN, bas à M"»" Jourdain.

Vous voilà avec vos soupçons ridicules !

DORANTE

Vous souvenez-vous bien de tout l'argent que vous m'avez prêté?

M. JOURDAIN

Je crois que oui. J'en ai fait un petit mémoire. Le voici. Donné à vous, une fois, deux cents louis.

DORANTE

Cela est vrai.

M. JOURDAIN

Une autre fois, six-vingts.

DORANTE

Oui.

M. JOURDAIN

Une autre fois, cent quarante.

DORANTE

Vous avez raison.

M. JOURDAIN

Ces trois articles font quatre cent soixante louis, qui valent cinq mille soixante livres.

DORANTE

Ce compte est fort bon. Cinq mille soixante livres.

M. JOURDAIN

Mille huit cent trente-deux livres à votre plumassier.

DORANTE

Justement.

M. JOURDAIN

Deux mille sept cent quatre-vingts livres à votre tailleur.

DORANTE

Il est vrai.

M-. JOURDAIN

Quatre mille trois cent septante-neuf livres douze sols huit deniers à votre marchand.

DORANTE

Fort bien. Douze sols huit deniers. Le compte est juste.

Et mille sept cent quarante-huit livres sept sols quatre deniers à votre sellier.

DORANTE

Tout cela est véritable. Qu'est-ce que cela fait?

iM. JOURDAIN.

Somme totale, quinze mille huit cents livres.

DORANTE

Somme totale est juste : quinze mille huit cents livres.

Mettez encore deux cents pistoles que vous m'allez donner; cela fera justement dix-huit mille francs que je vous payerai au premier jour.

MADAME JOURDAIN, bas à M. Jourdain.

Eh bien, ne l'avois-je pas bien deviné?

M. JOURDAIN, bas à M""» Jourdain.

Paix!

DORANTE

Cela vous incommodera-t-il de me donner ce que je vous dis?

M. JOURDAIN

Hé, non!

MADAME JOURDAIN, bas à M. Jourdain.

Cet homme-là fait de vous une vache à lait.

M. JOURDAIN, bas à M"»" Jourdain. -

Taisez-vous.

DORANTE

Si cela vous incommode, j'en irai chercher ailleurs.

M. JOURDAIN

Non, Monsieur.

MADAME JOURDAIN, bas à M. Jourdain.

Il ne sera pas content qu'il ne vous ait ruiné.

M. JOURDAIN, bas à M°»« Jourdain.

Taisez-vous, vous dis-je.

DORANTE

Vous n'avez qu'à me dire que cela vous embarrasse.

M. JOURDAIN

Point, Monsieur. '

JIADAME JOURDAIN, bas à M. Jourdain.

C'est un vrai enjôleux.

M. JOURDAIN, bas à M°i« Jourdain.

Taisez-vous donc.

MADAME JOURDAIN, bas à M. Jourdain.

Il VOUS sucera jusqu'au dernier sou.

M. JOURDAIN, bas à M"»" Jourdain.

Vous tairez-vous?

DORANTE

J'ai force gens qui m'en prêteroient avec joie; mais, comme vous êtes mon meilleur ami, j'ai cru que je vous ferois tort si j'en demandois à quelque autre.

M. JOURDAIN

C'est trop d'honneur, Monsieur, que vous me faites. Je. vais quérir votre affaire.

MADAME JOURDAIN, bas à M. Jourdain.

Quoi! vous allez encore lui donner cela?

M. JOURDAIN, bas à M"» Jourdain.

Que faire? Voulez-vous que je refuse un homme de cette condition-là, qui a parlé de moi ce matin dans la chambre du roi?

MADAME JOURDAIN, bas à M. Jourdain.

Allez, vous êtes une vraie dupe.

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