‹ MoliereChapitre 128 sur 253 · M. JOURDAIN, MADAME JOURDAIN, DORANTE, NICOLE · texte numérisé non relu

M. JOURDAIN, MADAME JOURDAIN, DORANTE, NICOLE

M. JOURDAIN, à Dorante.

Voilà deux cents louis bien comptés.

DORANTE

Je vous assure, Monsieur Jourdain, que je suis tout à vous et que je brûle de vous rendre un service à la cour.

M. JOURDAIN

Je vous suis trop obligé.

DORANTE

Si Madame Jourdain veut voir le divertissement royal, je lui ferai donner les meilleures places de la salle.

MADAME JOURDAIN

Madame Jourdain vous baise les mains.

DORANTE, bas à M. Jourdain.

Notre belle marquise, comme je vous ai mandé par nlon billet, viendra tantôt ici pour le ballet et le repas; et je l'ai fait consentir enfin au cadeau que vous lui voulez donner.

M. JOURDAIN

Tirons-nous un peu plus loin, pour cause.

DORANTE

Il y a huit jours que je ne vous ai vu, et je ne vous ai point mandé de nouvelles du diamant que vous me mîtes entre les mains pour lui en faire présent de votre part; mais c'est que j'ai eu toutes les peines du monde à vaincre son scrupule; et ce n'est que d'aujourd'hui qu'elle s'est résolue à l'accepter.

M. JOURDAIN

Comment l'a-t-elle trouvé ?

DORANTE

Merveilleux! et je me trompe fort ou la beauté de ce diamant fera pour vous sur son esprit un effet admirable.

M. JOURDAIN

Plût au ciel !

MADAME JOURDAIN, à Nicole.

Quand il est une fois avec lui, il ne peut le quitter.

DORANTE

Je lui ai fait valoir comme il faut la richesse de ce présent et la grandeur de votre amour.

M. JOURDAIN

Ce sont. Monsieur, des bontés qui m'accablent; et je suis dans une confusion la plus grande du monde, de voir une personne de votre qualité s'abaisser pour moi à ce que vous faites.

DORANTE

Vous moquez-vous? est-ce qu'entre amis on s'arrête à ces sortes de scrupules? et ne feriez-vous pas pour moi la môme chose, si l'occasion s'en offrait?

Oh! assurément, et de très grand cœur.

MADAME JOURDAIN, bas à Nicole.

Que sa présence me pèse sur les épaules !

DORANTE

Pour moi, je ne regarde rien quand il faut servir un ami ; et lorsque vous me fîtes confidence de l'ardeur que vous aviez prise pour cette marquise agréable chez qui j'avois commerce, vous vîtes que d'abord je m'offris de moi-même à servir votre amour.

M. JOURDAIN

Il est vrai. Ce sont des bontés qui me confondent.

MADAME JOURDAIN, à Nicole.

Est-ce qu'il ne s'en ira point?

NICOLE

Ils se trouvent bien ensemble.

DORANTE

Vous avez pris le bon biais pour toucher son cœur. Les femmes aiment surtout les dépenses qu'on fait pour elles ; et vos fréquentes sérénades, et vos bouquets continuels, ce superbe feu d'artifice qu'elle trouva sur l'eau, le diamant qu'elle a reçu de votre part, et le cadeau que vous lui préparez, tout cela lui parle bien mieux en faveur de votre amour que toutes les paroles que vous auriez pu lui dire vous-même.

M. JOURDAIN

Il n'y a point de dépense que je ne fisse, si par là je pouvois trouver le chemin de son cœur. Une femme de qualité a pour moi des charmes ravissants; et c'est un honneur que j'achèterois au prix de toutes choses.

MADAME JOURDAIN, bas à Nicole.

Que peuvent-ils tant dire ensemble? Va-t'en un peu doucement prêter l'oreille.

DORANTE

Ce sera tantôt que vous jouirez à votre aise du plaisir de sa vue ; et vos yeux auront tout le temps de se satisfaire.

M. JOURDAIN

Pour être en pleine liberté, j 'ai fait en sorte que ma femme ira dîner chez ma sœur, où elle passera toute l'après-dînée.

DORANTE

Vous avez fait prudemment, et votre femme auroit pu nous embarrasser. J'ai donné pour vous l'ordre qu'il faut au cuisinier, et à toutes les choses qui sont nécessaires pour le ballet. Il est de mon invention; et pourvu que l'exécution puisse répondre à l'idée, je suis sûr qu'il sera trouvé...

M. JOURDAIN s'aperçoit que Nicole écoute et lui donne un soufflet.

Ouais. Vous êtes bien impertinente! (A Dorante.) Sortons, s'il vous plaît.

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