‹ MoliereChapitre 162 sur 253 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

BELISE, CLITANDRE.

CLITANDRE

Souffrez, pour vous parler, Madame, qu'un amant Prenne l'occasion de cet heureux moment, Et se découvre à vous de la sincère flamme....

BÉLISE

Ah! tout beau : gardez-vous de m'ouvrir trop votre âme.

Si je vous ai su mettre au rang de mes amans.

Contentez-vous des yeux pour vos seuls truchemens ,

Et ne m'expliquez point, par un autre langage.

Des désirs qui, chez moi, passent pour un outrage.

Aimez-moi , soupirez , brûlez pour mes appas ;

Mais qu'il me soit permis de ne le savoir pas.

Je puis fermer les yeux sur vos flammes secrètes ,

Tant que vous vous tiendrez aux muets interprètes;

Mais, si la bouche vient à s'en vouloir mêler.

Pour jamais de ma vue il vous faut exiler.

CLITANDRE

Des projets de mon cœur ne prenez point d'alarme. Henriette, Madame, est l'objet qui me charme; Et je viens ardemment conjurer vos bontés

De seconder l'amour que j'ai pour ses beautés.

BÉLISE

Ah! certes, le détour est d'esprit, je l'avoue : Ce subtil faux-fuyant mérite qu'on le loue; Et, dans tous les romans où j'ai jeté les yeux, Je n'ai rien rencontré de plus ingénieux.

CLITANDRE

Ceci n'est point du tout un trait d'esprit. Madame, Et c'est un pur aveu de ce que j'ai dans l'âme. Les cieux , par les liens d'une immuable ardeur. Aux beautés d'Henriette ont attaché mon cœur; Henriette me tient sous son aimable empire, Et l'hymen d'Henriette est le bien où j'aspire. Vous y pouvez beaucoup; et tout ce que je veux. C'est que vous y daigniez favoriser mes vœux.

BÉLISE

Je vois où doucement veut aller la demande.

Et je sais sous ce nom ce qu'il faut que j'entende,

La figure est adroite; et, pour n'en point sortir,

Aux choses que mon cœur m'oftre à vous repartir,

Je dirai qu'Henriette à l'hymen est rebelle,

Et que, sans rien prétendre, il faut brûler pour elle.

CLITANDRE

Eh! Madame, à quoi bon un pareil embarras? Et pourquoi voulez-vous penser ce qui n'est pas?

Mon Dieu! point de façons. Cessez de vous défendre De ce que vos regards m'ont souvent fait entendre. Il suffit que l'on est contente du détour Dont s'est adroitement avisé votre amour. Et que, sous la figure où le respect l'engage. On veut bien se résoudre à souffrir son hommage, Pourvu que ses transports, par l'honneur éclairés. N'offrent à mes autels que des vœux épurés.

CLITANDRE

Mais...

BÉLISE

Adieu. Pour ce coup, ceci doit vous suffire, Et je vous ai plus dit que je ne voulois dire.

CLITANDRE

Mais votre erreur...

BÉLISE

Laissez. Je rougis maintenant, Et ma pudeur s'est fait un effort surprenant.

CLITANDRE

Je veux être pendu, si je vous aime; et sage....

BÉLISE

Non, non, je ne veux rien entendre davantage.

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