‹ MoliereChapitre 197 sur 253 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ARISTE, CHRYSALE, PHILAMINTE, RELISE, ARMANDE, HENRIETTE, CLITANDRE, UN NOTAIRE, MARTINE.

Qu'il a bien découvert son âme mercenaire!

Et que peu philosophe est ce qu'il vient de faire!

CLITANDRE

Je ne me vante point de lêtre; mais enfin .le m'attache , Madame , à tout votre destin ; Et j'ose vous offrir avecque ma personne, Ce qu'on sait que de bien la fortune me donne ,

PHILAMINTE

Vous me charmez. Monsieur, par ce trait généreux , Et je veux couronner vos désirs amoureux. Oui, j'accorde Henriette à l'ardeur empressée...

HENRIETTE

Non, ma mère : je change à présent de pensée. Souffrez que je résiste à votre volonté.

CLITANDRE

Quoi ! vous vous opposez à ma félicité?

Et, lorsqu'à mon amour je vois chacun se rendre...

HENRIETTE

Je sais le peu de bien que vous avez, Clitandre ; Et je vous ai toujours souhaité pour époux, Lorsqu'en satisfaisant à mes vœux les plus doux, J'ai vu que mon hymen ajustoit vos affaires; Mais, lorsque nous avons les destins si contraires,- Je vous chéris assez, dans cette extrémité. Pour ne vous charger point de notre adversité.

CLILANDRE.

Tout destin avec vous me peut être agréable; Tout destin me seroit sans vous insupportable.

HENRIETTE

L'amour, dans son transport, parle toujours ainsi. Des retours importuns évitons le souci.

Rien n'use tant l'ardeur de ce nœud qui nous lie, Que les fâcheux besoins des choses de la vie ; Et Ton en vient souvent à s'accuser tous deux De tous les noirs chagrins qui suivent de tels feux.

ARISTE, à Henriette

N'est-ce que k motif que nous venons d'entendre Qui vous fait résister à l'hymen de Clitandre?

HENRIETTE

Sans cela, vous verriez tout mon cœur accourir; Et je ne fuis sa main que pour le trop chérir.

ARISTE

Laissez-vous donc lier par des chaînes si belles. Je ne vous ai porté que de fausses nouvelles ; Et c'est un stratagème, un surprenant secours Que j'ai voulu tenter pour servir vos amours, Pour détromper ma sœur, et lui faire connoître Ce que son philosophe à l'essai pouvoit être.

CHRYSALE

Le ciel en soit loué !

PHILAMINTE

J'en ai la joie au cœur.

Par le chagrin qu'aura ce lâche déserteur. Voilà le châtiment de sa basse avarice. De voir qu'avec éclat cet hymen s'accomplisse.

CHRYSALE, à Clitandre.

Je le savois bien, moi, que vous l'épouseriez.

ARMANDE, à Philaminte.

Ainsi donc à leurs vœux vous me sacrifiez?

552 CHEFS-D'ŒUVRE DU THEATRE FRAxXÇAIS.

PHILA5IINTE.

Ce ne sera point vous que je leur sacrifie,

Et vous avez l'appui de la philosophie,

Pour voir d'un œil content couronner leur ardeur.

BÉLISE

Qu'il prenne garde au moins que je suis dans son cœur Par un prompt désespoir souvent on se marie, Qu'on s'en repent après tout le temps de sa vie.

CHRYSALE, au notaire.

Allons, Monsieur, suivez l'ordre que j'ai prescrit, Et faites le contrat ainsi que je l'ai dit.

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