‹ MoliereChapitre 196 sur 253 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

ARISTE, CHRYSALE, PHILAMINTE, BÉLISE, HENRIETTE, ARMANDE, TRISSOTIN, UN NOTAIRE, CLITANDRE,

ARISTE

J'ai regret de troubler un mystère joyeux , Par le chagrin qu'il faut que j'apporte en ces lieux. Ces deux lettres me, font porteur de deux nouvelles Dont j'ai senti pour vous les atteintes cruelles;

(A Philammte.) L'une, pour vous, me vient de votre procureur;

[A Chi^ysale.) L'autre, pour vous, me vient de Lyon.

PHILAMINTE

Quel malheur.

Digne de nous troubler, pourroit-on nous écrire?

ARISTE

Cette lettre en contient un que vous pouvez lire.

PHILAMINTE

« Madame^ fat prié monsieur votre frère de vous rendre cette lettre, qui vous dira ce que je n'ai osé vous aller dire. La grande négligence que vous avez pour vos affaires a été cause que le clerc de votre rapporteur ne m'a point averti, et vous avez perdu absolument votre procès que vous deviez gagner. »

CHRYSALE , à Philaminte.

Votre procès perdu !

PHILAMINTE, à Chrysale.

Vous VOUS troublez beaucoup ! Mon cœur n'est point du tout ébranlé de ce coup. Faites, faites paroître une âme moins commune A braver, comme moi, les traits de la fortune.

« Le peu de soin que vous avez vous coûte quarante mille écus; c'est à payer cette somme, avec les dépens, que vous êtes condamnée par arrêt de la cour. » Condamnée? Ah! ce mot est choquant, et n'est fait Que pour les criminels !

ARISTE

Il a tort, en effet; Et vous vous êtes là justement récriée. Il devoit avoir mis que vous êtes priée. Par arrêt de la cour, de payer au plus tôt Quarante mille écus, et les dépens qu'il faut.

PHILAMINTE

Voyons l'autre.

CHRYSALE

« Monsieur, l'amitié qui me lie à monsieur votre frère me fait prendre intérêt à tout ce qui vous touche. Je sais que vous avez mis votre bien .entre les mains d'Ar gante et de Damon, et je vous donne avis qu'en même jour ils ont fait tous deux banqueroute. »

0 ciel! tout à la fois, perdre ainsi tout son bien!

PIIII.AMINTE, à Chrysale.

Ah! quel honteux transport! Fi! tout cela n'est rien : Il n'est pour le vrai sage aucun revers funeste; Et, perdant toute chose, à soi-même il se reste. Achevons notre affaire, et quittez votre ennui.

(Montrant Trissotin.) Son bien nous peut suffire et pour nous et pour lui.

Non , Madame : cessez de presser cette affaire.

Je vois qu'à cet hymen tout le monde est contraire;

Et mon dessein n'est point de contraindre les gens.

PHILAMINTE

Cette réflexion vous vient en peu de temps , Elle suit de bien près, Monsieur, notre disgrâce.

TRISSOTIN

De tant de résistance à la fin je me lasse.

J'aime mieux renoncer à tout cet embarras,

Et ne veux point d'un cœur qui ne se. donne pas.

PHILAMINTE

Je vois, je vois de vous, non pas pour votre gloire, Ce que jusques ici j'ai refusé de croire.

TRISSOTIN

Vous pouvez voir de moi tout ce que vous voudrez Et je regarde peu comment vous le prendrez : Mais je ne suis pas homme à souffrir l'infamie Des refus offensans qu'il faut qu'ici j'essuie. Je vaux bien que de moi l'on fasse plus de cas; Et je baise les mains à qui ne me veut pas.

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