‹ MoliereChapitre 239 sur 253 · ARGA · texte numérisé non relu

ARGA

Quoi qu'il en soit, mon frère, elle sera religieuse; c'est une chose résolue.

BÉRALDE.

Vous voulez faire plaisir à quelqu'un.

ARGAN

Je vous entends. Vous en revenez toujours là, et ma femme vous tient au cœur.

BÉRALDE.

Hé bien ! oui , mon frère : puisqu'il faut parler à cœur ouvert, c'est votre femme que je veux dire; et, non plus que l'entêtement de la médecine, je ne puis vous souffrir l'entêtement où vous êtes pour elle, et voir que vous donniez, tête baissée, dans tous les pièges qu'elle vous tend.

TOLNETTE.

Ah! Monsieur, ne parlez point de madame; c'est une femme sur laquelle il n'y a rien à dire, une femme sans artifice, et qui aime monsieur, qui l'aime... On ne peut pas dire cela.

ARGAN

Demandez-lui un peu les caresses qu'elle me fait.

TOINETTE

Cela est vrai.

ARGAN

L'inquiétude que lui donne ma maladie.

TOINETTE

Assurément.

ARGAN

Et les soins et les peines qu'elle prend autour de moi.

11 est certain. (A Béralde.) Voulez-vous que je vous convainque, et vous fasse voir, tout à l'heure, comme madame aime monsieur? (A Argan.) Monsieur, souffrez que je lui montre son bec jaune, et le tire d'erreur.

ARGAN

Comment?

TOINETTE

Madame s'en va revenir. Mettez-vous tout étendu dans cette chaise, et contrefaites le mort. Vous verrez la douleur où elle sera, quand je lui dirai la nouvelle.

ARGAN

Je le veux bien.

TOINETTE

Oui; mais ne la laissez pas longtemps dans le désespoir, car elle en pourroit bien mourir.

ARGAN

Laisse-moi faire.

TOINETTE, à Béraldc.

Cachez-vous, vous, dans ce coin-là.

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