A LA POLYXÈNE DE MOLIÈRE
Ëpigramme,
Pour mettre au œmmemerU de son livre.
Bien qu'une tragédie soit un livre, et parfois un livre de la plus haute importance, l'usage ne veut pas qu'on dise un litre en parlant de la plus belle tragédie. S'il s'agissait d'un opéra, nous dirions un livret^ mais une tragédie s'appelle tout simplement une tragédie. On dira la eomédie, et non pas le livre du Mariage de Figaro, quoique ce drame et sa longue préface aient fourni la matière d'un volume de 255 pages in-8 à son premier éditeur. Croyez que si Racan avait voulu désigner l'œuvre scénique de l'autre Molière, il n'eût pas manqué d'écrire Épigramme pour metire au commeneemmulde ta tragédie.
Cette épigramme recevraitaujourd'hui le titre de madrigal. On ne le donnait alors qu'aux petites pièces dont le nombre de vers excédait celui de quatorze ; sans avoir égard au texte flatteur ou malin de la pièce.
A cette époque, un auteur qui se préparait à mettre au jour un livre, demandait à ses confrères, à ses amis, des pièces de vers qu'il plaçait en tête de l'ouvrage nouveau. Ces
vers étaient, comme on le pense, à la louange de Tauleur et du livre. Une longue litanie de madrigaux, d*épigrammes, de sonnets, d'épttres, de rondeaux, enregistrés avant la préface et signés par des auteurs renommés, recommandaient admirablement la production adressée à des lecteurs dont aucune gazette ne pouvait former ou diriger l'opinion. Cette réclame officieuse où l'on voyait briller des noms tels que ceux de Malherbe, de Racan, de Corneille, de Segrais, de Mayiiard, de M"' de Scudéry, etc. parmi les noms des ri* meurs plus ou moins vulgaires, qui profitaient de toutes les occasions de se faire imprimer gratis, en si brillante compagnie ; cette réclame était d*un précieux secours, et décidait plus d'un amateur à faire emplette du livre inconnu. Que de noms d'auteurs n'ont dû qu*à des bagatelles de ce genre l'avantage de figurer dans nos archives littéraires ! Les préludes laudatifs, exécutés par vingt, trente, soixante mains différentes, étaient YAlmanach des Muses de Tancien temps. On y voit des pièces en vers français, italiens, provençaux, espagnols, grecs et latins. Adam Billauf, menuisier de Nevers, en publiant ses poésies, les fait précéder par soixantesept pièces polyglottes, écrites en son honneur, qu'il réunit sous ce titre Approbation du Parnasse^ approbation qui se déploie sur un tiers de son volume des Chevilles, 1644. Nous lisons septanle-sept opuscules du même genre en tète de la Muse fiaissanie du jeune Beauchasteau^ 1657.
Cet horomage de l'amitié, cette apostille de la puissance, d'un secours précieux pour un roman, un poème, un recueil d'églogues, qu'on allait offrir aux lecteurs indifiérents ou prévenus d'une manière peu favorable, afin d'attirer, de captiver leur attention, afin de se concilier leur estime, ne pouvait être d'aucune utilité pour une pièce de théâtre. Une tragédie, une comédie n'était livrée à l'impression qu'après avoir été soumise au jugement du public assemblé dans une salle de spectacles. La chute ou le succès devenait un fait a(x;ompli contre lequel tous les madrigaux du monde seraient venus briser leurs pointes.
Molière atait déjà publié son roman de Polyxène, lorsque RacaQ imagina de rimer une épigramme en Thonneur de cette belle princesse. L'épigramme L'ayant pu figurer en tête du roman» le poète l'inséra dans ses œuvres, pour l'y garder à la disposition de Molière ou de son éditeur, qui n'eût pas manqué de l'estamper en tête du livre, s'il avait été réimprimé.
PotyxinefCe nom se présentait si galamment pour rappeler à Maupoint, à Léris» à Voltaire, etc. la fille de Priam, que tous ces historiens se sont laissé tromper. Ce nom troyen les a transportés dans les murs d'Ilion, sur les bords du Scamandre et du Simois ; ils y ont vu Pyrrhus amoureux, Polyxène immolée sur le tombeau d'Achille, Hécube inconsolable, et, sur la foi du titre, ils ont pensé que Molière avait déployé tous ses moyens tragiques dans son livre. S'ils s'étaient avisés de lire une seule page de ce roman, ces historiens auraient vu que Polyxène, fille d'un souverain possédant un des plus beaux royaumes d'Asie^ aime le chevalier Glyante, est aimée du preux Cloryman, quitte la cour et ses pompes, se met en religion dans un convent de Diane, et sacrifie l'amour qu'elle a pour Clyanle, à la reconnaissance qu'elle doit à Cloryman; disant à ces deux illustres rivaux : — Afin que vous ne trouviez pas ma perte si estrange, asseurez-vous que puis que je ne puis estre à vous, je ne seray jamais à personne, o
Ce qui n'empêche pas que Molière le tragique n'ait rais en scène les infortunes de la fille de Priam en faisant représenter une tragédie de Polyxène,
Molière (François Picardet, sieur d'Essertines et de) vivait à la cour et fut assassiné vers 1623» Plusieurs allribuent à ce Molière les tragédies du précédent; c'est une erreur qu'ils ont puisée dans le dictionnaire de Moréri.
— Il faut demeurer d'accord que ce furent MM. de Goraberville, de Coulomby, Faret et Molière, qui, les premiers, écrivirent avec une extrême pureté ; comme étant des principaux de ceux qui s'étaient heureusement dégagés de
I4« LES FA£H£UJ^.
rigaoraace aiicitnae. M. de Molière traduisit vm livre espagnol de Gaévare, du Mépris' ik la eouv (163i» io-S), fit te Seinaine awûurmse, et la première partie de Po%c^.
» Ou ne doit pas prendre aussi le sieur de Molière,, qui a fait un dictionAaire historique et poétjiqn^i pour celui qui a fait le roman dé Potywèm, ni pour celui qui a fait l'École des femmes. Chacun d'eux a son prix et sa réputation à part.
D Plusieurs autres romans ont eu du cours eu divers temps, comme la Polyxène de Molière, doat il y a deux suites différenles, qui toutes deux ne sent pas du m6me auteur. j> Baillet, JugefneiiUs des sava$Us^
— Le sieur Sorel ayant dit que Molière, auleuc de ta Polyxèndy eût pu produire un jour de meilleures ohooes, s*il n*eût point été aussi malheureux que d'Âudiguier , ^oute qu'ils ont tous deux été assassinés par ceux qu'ils tenaient pour leurs amis.
a Molière, traducteur du Menospredo de Guevara, est moins connu par oette version que par le roman de Polyxine qu'on ne lit pourtant plus il y a longtemps, non plus que ses autres ouvrages qui consistent, non pas, comme dit Moréri,. en diverses pièces de théâtre, car il n'en a £aiL aucune, mais uniquement dans le livre intitulé la Seinaine amoureuse^ et en quelques lettres ( sept) qui se trouvent imprimées dans des recueils (celui de Faret) publiés au commencement du XViP siècle. On ne le confondra pas avec le Molière si célèbre par SCS comédies* mais il faut se gander aussi de le confondre avec le Molière auteur d'un dictionnaire français historique.
» Gb. Sorel, en sa Bibliotlùque française^ page 261, place Molière, auteur de Polyxène (ix>man}, parmi las U^ducteurs qui écrivaient poliment et qui, suivant les maximes de Malherbe, gardèrent une grande pureté dans tour style. » Bayle, Diciwnnaire, etc., au mot AuniGUiER (J>').
Ges diverses pièces de tliéâire^ que Moréri attribue à Molière le romancier, prouvent de nouveau l'existence de Mc^ère le Tragique^ le comédien qui les avait faites.
LES Fi^GHEUX. iff
La mort avait empëebë Molière d'Ess^rtioes d'adiever son roman ; deux auteurs s'empressèrent d'en écrire la suite et le dénouement
La PoLYXÈin^ du sieur de Moltèi^e, avec la suite publiée par k sieur de Pameray. Paris, Toussaint du Bray, 16S2» 1635, in-8«
La Vraye suiêe é» adwniuTesde la Polyxèrb liu/te sieur de Molière, suivie et conclue sur ses ménwires , (sans nom d'auteur). Paris, Ant. de SommayiHe,. 1634, in-8.
Odes spirituelles sur l'air des chansons de ce temps^ du sieur de Molière, lââS, iQ-8, publiées par sa veuve, ee qui prouve que l'auteur fut assassiné vers t623, tandis que Bayle place en 1630 ce funeste événement.
— Depuis la mort de nostre pauvre Molière, je trouve de si enrandes douoeuPâ dans les estretiefts qui ont quelque chose de triste et de funeste, que je n'en sçaurois divertir ma pensée. » Voilà ce que je lis dans une des lettres que Faret a recueillies et publiées, chez Toussaint Quîiiet^ en deux volumes in^12, sous la date de i6Si ; mais eette lettre ne porte ni date, ni signature. Page 511 die i&me seconde
Saint- Amand déplore aussi la mort de Molière, qu'y|ié» «gne so«» le nom de lym en se^ VisUms^
Pois quand il me souvient de l'horrible aventure
Qui mit tout mon bonheur dedans la sépulture
En y mettant Lysis, et qu'il m'est défendu
De cb«rdier seulement le bien que j'ai perdu.
Je m 'abaadooDe aox pleors, je trouble tout de piaintef.
Un mertel désespoir me donne mille aueiotes»
Et parmi les tourments qui m*ôtent le repos,
Songeant à ses écrits je A à tout propos,
0 beDe Polyxène, amante infortunée!
Ta dob bien legrelter sa courte destinée,
PaÎ8(|tt'uoe teUe fin t'interdii d'espérer
Celle des longs travaux qui te font soupirer !
Le précieux enfant d'une si rare plume!
Beau livre, grand trésor ! mais trop petit volume :
Ouvrage que la mort empéeba de finir I
Je Cfrâ que l'ayant vu tout bon sens doit tenir
Que la pbis belle chose en quoi que l'on soubaiie
t46 l'Es FÂCHEUX.
Se pourri désOTinûs appeler imparfaîie,
Si plutôt OD ne dit que pour être difin,
0 livre Dompareil! tu n'as point en de fin.
Et je n'en mettrai point à l'ennui qui me ronge :
Car soit que ton auteur me vienne voir en songe,
Et que je pense à lui comme je fais toujours.
Mes larmes et mes cris auront un même cours,
Ma pitié lui veut rendre k jamais cet hommage;
En tous lieux où j*irai, sa vaine et pâle image
Visible à moi tout seul et regrettable à tous.
Me contera sa mort, me contera ses coups.
Et m'inspirant au cœur ce que pour allégeance
Lui pourra suggérer une horrible vengeance,
Contre cet assassin rempli de trahison.
Qui termina ses jours en leur verte saison,
Bfe mettra dans les mains les plus pesantes chaînes,
Les feux les plus ardents, et les plus longues gènes,
Pour en punir ce monstre, et faire un di&timent
Que l'on puisse égaler à mon ressentiment.
Molière (Juigné, sieur de la Broissinièrey et sieur de), auteur d'un Dictionnaire théologiquey hi^orique, poétique et cosmographique , elo., ouvrage plus que médiocre, mais dont le fiuccès fut immense et prolongé. C'était le premier livre de ce genre que Ton eût écrit en français; la septième édition porte la date de 1664, in-4 ; la dixième fut publiée en moins de trente ans.
MoLiÈRES (Joseph Privât, abbé de), mathématicien , né à Tarascon (Provence) en 1677, ne devrait point figurer ici, puisque son nom diffère de celui de son illustre prédécesseur.
Ce Molières se plaisait à travailler dans son lit. Sa nièce et sa cuisinière étant sorties, ut voleur se glisse dans son ap-. partement du CoUége-Royal. — Monsieur, à qui en voulezvous? — A votre bourse. — Mon argent est dans le tiroir à gauche de ce bureau. Ouvrez*]e, prenez Targent; mais de grâce ne dérangez pas mes papiers. — N'avez-vous que cela? — Cherchez tant qu'il vous plaira, mais je vous en supplie, monsieur, ne dérangez pas mes papiers. i>
La recherche faite et le vol cbnsomméi le voleur se retire, mais il néglige de fermer la porte ; c'était en hiver. — Mon-
LES FÀCHEUI. 149
sieur, monsieur, avez- vous laissé mes papiers en ordre f — Oui. — Eh bien 1 veuillez me rendre encore un service, en lirant la porte sur vous. »
Le 5 octobre 1788, un acteur portant le nom de Molière débute à la Comédie-Italienne par le rôle de Colin dans la IM, opéra comique de Desfontaines, musique par Dalayrac.
M'^* Molière a tenu pendant longtemps, et d'une manière très distinguée, l'emploi de soubrette aux théâtres Feydeau,. Louvois et de TOdéon sous la direction de Picard. Elle a créé le rôle de M"' de Senneville, de la PeHu Ville , comédie charmante de ce directeur. 1801. M"* Molière épousa le dan* seur Âumer, mattre de ballets.
— L'excellent comique, M. Raisin, avait un si grand talent que, dès son enfance, on l'avait appelé le petit Molière^ Palaprat, Discours sur rimportant, comédie^ 1694.
MoLi&RB, TÎlUige, commune de S&int-Queniîn (Isère).
MoLiÈRB, village, commune de Chemazé (Mayenne].
Mou&BX (la), village, commune d'Yronde (Puy-de-Ddme).
Houiai (la), village, commune de Pomayrols (Aveyron).
MoLiinES, village du Languedoc (Aude}.
MoLiÈRES, village du Périgord (Dordogne).
Mouènss, village du Dauphiné (Drdme).
Mouinis, village du Languedoc (Gard).
MouÈRcs, village du Quercy (Lot).
HoLiàHES, pelile ville du Quercy (Tarn-el Garonne).
MouÈRES (les), village, comm. de Saint-Pierre-la-Roche (Ardèctie).
MouÈRES (les), village de TIle-de-France (Seine-elOise).
Mouiass (les Grandes et les Petites), village (Seine et-Oise).
BlouERRB, village, commune de Meyrannes (Gard).
MoRiàRBS, village, commune d'Avignon (Vaucluse). Toujours empressés, d'enlever les aspérités du langage, les Vauclusiens prononcent Mouicra en provençal, et Molière en français.
Molière^ la Molière^ les, Molièresy viennent de mokaria, au pluriel moleariœ, lieux où l'on rencontre des carrières de pierres à meules, meulières. Voyez le Glossaire de Du Gange pour ces mots de basse latinité.
Un terrain marécageux, mou, sur lequel on ne pourrait s'aventurer sans risquer de s'y planter comme un saule, eit
M8 LES FÀCHEinL
appelé molière. — «c L'après-HiiDer^ le roi alla Cirer* Son cho- Tal s'enfonça jusqu'au ventre dan» une moli^, une de ses jambes fut pressée sous son cheval; mais les courtisans qui suivwent le roi le dégagèrent promptement » Dangbâu, Jf^moém, 3 septonbre 1702.
Voilà quinze villes, bourgs m villages de Frnoe portant te nom de Mdiire, qui le présentent a l'œil ou le font sonner à l'oreille (i). Jean-'Baptiste Poquelin n'a jamais fait con* Battre la raison qui lui fit choisir, adopter le surnom de MoKèrSy qu'un auteur comédien avait d^à porté.
Mémoi/re de Poquelim, tel est le titre d'un manuscrit de quatre pages in-2, que j'ai découvert à la Bibliodièque natitœale ; il fait partie de la collection de GlérsunbauU. J'ai rencontré plus tard, à la Bibliothèque du Louvre, ce mémoire imprimé, parmi d'autres pièces relatives aux thé&tres de Paris dans le recueil A 690. L'opuscule manuscrit de Poquelin porte la date de 1736, sa reproduction, imprimée en sept pages in-4, est sans date, sans nom de typographe. Ce mémoire a pour objet l'administration de l'Académie royale de Musique, proposant d'utiles réformes touchant la distribution, le prix des places, le recrutement des chanteurs» l'établissement d'une école spéciale de cbant et de danse, etc. J'ai fait usage de ces documents pour mon histoire des Théâtres lyriques de Paris.
Faut-il ajouter un nouveau Poquelin à la nomenclature des arrière-cousins du célèbre Jean-Baptiste Poquelin de Molière, donnée par Beffara ? Je ne le pense pas. L'opuscule dont il s'agit nous vient sans doute d'un des membres déjà cités par ce biographe ; probablement de Poquelin, conseiller
(r) Vo^, pour les <touib, rexceiîeni ei précieux Ime ay»l pour titre : HiMire des Communes et des FUles de France^ spleodide ouvrage illustré de 100 gravures, de oostumes coloriés,, plan et amies des villes, etc., publié avec les encouragements des Ministres de l'intérieur et de l'instruction publique, par A. Girault de SAiirr-FAiiGEAO. 3 volumes m^, Pttrit, 184&, draiième édition.
référendaire h la chancellerie de Paris, décédé le 1 1 mai 1772, âgé de huitanle-quatre ans environ.
Leroux, en son Dictionnaire comiquey soUi/riqiie^ burlesque et jyroverbial^ cite souvent l'Enfer burlesque de Molière, Leroux se trompe grossièrement, et je dois signaler ici la cause de son erreur. Un petit volume in-t8, de 112 pages, sans nom d'auteur, édition prétendue de Cologne, de Jean le Blanc, parut en 1677, quatre ans après la mort de Molière. Voici le titre de ce livret, contenant trois sortes d'ouvrages différents ; voici le titre que je dois figurer ainsi qu'il est disposé, figuré sur le satanique volume :