‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 19 sur 90 · DORANTE · texte numérisé non relu

DORANTE

Ris tant que tu voudras, je suis pour le bon sens, el ne saurais souf^ frir les ébullitions de cerveau de nos marquis de Mascarille. J'enrage de ¥oir de œs gens qui se tradotsent en ridicola, atlgré leur qiaHlé ; de ces gens qui décideni loujovrs, et parlent hardioient de toutes choees» sans s'j connaître ; qui dans une comédie se récrieront aux méchants endroits, et ne branleront pas à ceux qui sont bons; qui, voyant un tableau, on écoutant un concert de musique, blâment de même et louent tout à oontreHBens, prennent par où ils peuvent les teiMet de l'art qu'ils attrapent, et ne manquent jamais de les estropier, et de les meure Ikors de pliee. £h, morbleu ! messieurs, taisez- vous. Quand^Dien ne vous a pas donné la connaissance d'une chose, n'apprêtez pointa rire à ceux qui vous entendent parler, et songez qu'en ne disant mot, on croira peut-être que vous êtes d'habiles gens.

Que de raison, de justesse, de fine et mordante critique ! Les enseignements de Molière se rapportent à merveille aux personnes de toutes les époques. Si par hasard nous n'avions plus de marquis pour accepter le lot que Dorante leur adresse, les littérateurs qui se mêlent d'écrire sur la musique et les arts du dessin , dont ils n'ont pas fait une étude serieuse^ en recevraient Tapplication. Jean-Sébastien Bach eût-il mieux raisonné? («l4bekr MaiArt, eussent-ils imposé silence à La Harpe, à Geoffroy, leurs stupides critiques, avec des arguments plus solidement persuasifs?

— Tel à un sermon, à une musique, ou dans une galerie de peintures, a entendu à sa droite et à sa gauche', sur une chose précisément la même, des sentiments précisément opposés. Cela me ferait dire volontiers que Ton peut hasarder.

LÀ CaiTIQtJC DE L'âCOU DES FEMMBS. iH

dans tout genre d'ouvrages, dy mettre le bon et le maurais le bon platt aux uns, le mauvais aux autres ; Von ne risque guère davantage d'y mettre le pire, il a ses partisans. )>

Ce passage de La Bruyère n'est-il pas un écho du discours que Molière prête à Dorante?

Trop nouveau dans son acception relative à la musique, le mot concert n'était pas encore présenté dans un sens absolu. Molière a soin de dire un concert de mtmque^ il emploiera la même locution dans le Bourgeois gentUhûmme, Acte II, Sedne pranièFe. Un long usage peut seul faire adopter les manières de parler elliptiques. La langue française est née d'hier; elle est encore dans l'enfance, et ne s'est pas débarrassée de la geurme des périphrases longuement filandreuses, des mots composés, de la lèpre des pronoms personnels et possessifs, des articles, etc. , qui rendent sa marche si lente, si Icmrde, si traînante.

Nous lisons dans les Statuts^ mis à la suite de l'ordonnanee de novembre 1570, donnée par le roi Charles IX : — Quand aucun après avoir oùy un ou deux concerts de l'Académie, aurait regret à son argent qu'il auroit avancé^ luy sera rendu et sera son nom efiaoé du livre. »

Comme il s'agissait de rétablissement d'une académie de poésie et de musique, le mot concert n'avait pas besoin d'explication.

Chartes Sorel, en 16S3, l'emploie aussi de la même manière attendu que son prélude annonce qu'il s'agit de musique. Histoire comique de Francion, livre III. Le passage est assez original pour mériter d'être reproduit ici.

•^Hortensius voulut faire paraître ce qu'il savait, et comme quelques musiciens eurent chanté, il se mit sur les louanges de la musique, assurant que les passions et les affections humaines en représentaient les parties.

1» L'humilité chante la basse, disait-ii, et l'ambition chante le dessus ; la colère fait la taille, et la vengeance la contretaille (baryton), la modestie tient le tacet : la prudence bat la mesure et conduit le oonoert. La nature va le plain-chant,

Page 1