‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 30 sur 90 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

KURYALfi.

Ah t Horon, je te Tavoae, j*ai été enchanté; et jaraiais tant de charmes n'ont frappé tout ensemble mes yeux et mes oreilles ! Elle est adorable en lout temps, il est vrai ; mais ce moment Ta emporté sur tous les autres, et des grâces nouvelles ont redoublé Téclat de ses beautés. Jamais son visage ne s'est pré de; plus vives couleurs, ni ses yeux ne se sont armés de traits plus vifs et plus perçants. La douceur de sa voix a voulu se faire puriitre dans un air tout charmant qu'elle a daigné chanter, et les sons merveilleux qu'elle formait passaient jusqu'au fond de mon ame, et tenaient tous mes sens dans un ravissement à ne pouvoir en revenir. Elle a fait éclater ensuite une disposition toute divine, et ses pieds amoureux sur Témail d'un tendre gazon traçaient d'aimables caractères qui m'enlevaient hors de moi-même, et m'attachaient par des nœuds invincibles aux doux et justes mouvements dont tout son corps suivait les mouvements de Tharmonie.

On pouvait dire de Molière, en parodiant un de ses vers :

Cet homme assurément aimait bien la musique.

Et Shakspeare! n*a-t-il pas aussi fait ses preuves? L'auleur du Marchand de Venise n'avait-il pas montré la même affection tendre^ le noble enthousiasme que nous admirons en Mo»

174 LÀ PRINCESSE B'ÉLIDfi.

lière ? L'al-t musical pouvait-il être plus dignement célébré? Quelle paire de trompettes! S'il faut que cet instrum^t réclame le secours d'un frère d'armes, quel premier 1 et surtout quel second 1 leur brillante et flatteuse harmonie va sonner jusqu'à la fin des siècles.

L'entrée du Satyre dans la Prinùem d'Élide n'est pas sans rapport avec l'entrée du bouffon Lancelot dans k Marchand de Vmise: l'apologie de la musique se trouve dans l'une et l'autre pièce ; le rapprochement de ces deux fragments ne sera pas sans intérêt pour mes lecteurs.

lâhcblot, chantant.

Sol, li| sol la, ho, ha, sol la, hola, sol la

L0REK7.0.

Ami Stephano, annoncez, je voos prie, dans le chatean, qne votre mat* 4rene est près d'arriver, et amenez ici les musiciens en plein air. Que la darlé de la lune dort doucement sur ce banc de gazon I Noos nous y assiérons et les sons de la musique s'insinueront dans notre oreille. Ce doux silence et cette nuit si belle conviennent aux accords d'une gracieuse harmonie. Assieds- toi, Jessica ; vois comme la voûte des cieux est incrustée de disques brillants. Parmi tous ces globes que tu vois, il n'y a pas jusqu'au plus peUt, dont les mouvements ne produisent une musique angàique ea accord avec les concerts des chérubins, à l'œil plein de jeunesse. Telle eat l'harmonie qui se révèle aux âmes immortelles : mais tant que noire ame est enclose dans cette grossière enveloppe d'une argile périssable nous sommes incapables de Tenlendre.

{^ux muiiciens,) Allons, éveillez Diane par un hymne; pénélrea des sons les plus mélodieux l'oreille de votre mattresse» et eBtrataeft4a vers sa demeure par le charme de La musique.

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