‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 33 sur 90 · LORENZO · texte numérisé non relu

LORENZO

C'est la voix de Portia, ou je suis bien trompé.

PORTIA

Il m'a reconnue, comme Taveugle reconnaît le coucou, à ma mauvaise voix.

suAKSPEARE, Le Marchand de Fenise, Acte V, scène i.

— De tous nos sens, il n'y a que celui de Touïe qui nous serve à former nos mœurs. » Aristote.

— L'aversion pour la musique est un signe de réprobation. » Saint Augustin.

— La musique est le seul de tous les arts qui ne corrompe pas l'esprit. » Montesquieu, De l'Esprit des Lois,

— L'amour pense en musique; les mots seraient insuffisants pour exprimer ce qu'il éprouve. » Tieck, Poésies,

— A la peinture la vie, aux poètes l'esprit, mais Tame appartient loule à la musique. » Schiller, Poésies.

Lisez Gargantua, Paniagniely le musicien Rabelais s'y réyèle à chaque page. Usez la Noutelk Uélaise et quelques fragftients précieux de son auteur, vous serez enchanté par le

i76 LA PRINCESSE D'ÉUDE.

musicien J.-J- Rousseau; mais pour rhonaeur de ce philosophe éloquent, il faut en rester là : son Diciionnaire de musique vous montrerait qu'il ne sait pas du tout ce qu'il veut enseigner aux autres. Diderot est admirable, charmant, délicieux, quand il parle de la musique en homme sensible, en poète; lisez le Neveu de Rameau^ chef-d'œuvre scintillant d'esprit et de verve; mais gardez -vous bien de porter les Xcux sur l'analyse apologétique des Leçons de clavecin et Principes d^harmonie de Bemetzrieder, qu'il a donné dans sa Correspondance 1 (1) Diderot, se jetant avec une imprudence funeste dans la théorie, exaltant de bonne foi l'indigeste fatras du soi-disant harmoniste Bemetzrieder, fatras qu'il avait rédigé, mis en bon français, Diderot est d'un ridicule achevé. Le masque tombe, l'homme de lettres resté, et le musicien s'évanouit dès la seconde phrase. Diderot n'est plus qu'un maniaque d'harmonie, digne rival de J.-J. Rousseau. Ne forçons pas notre talent, suum cuique,

Molière n'a pas tout dit sur le charme de la musique et les séductions du chant, il suivra ce thème favori dans le troisième intermède de la Princesse d!Élide et nous le rappelera dans le dernier.

Page 1