‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 45 sur 90 · Acte I, scène · texte numérisé non relu

Acte I, scène

Chercher autre chose dans les Visionnaires serait peine perdue, tout le reste est pitoyable ; et pourtant cette informe comédie eut un succès immense dans sa nouveauté. Si je reproduis ici Tadmirable cavatine chantée au repos dans le Misanthrope^ c'est pour vous épargner la peine de recourir à Molière, afin de voir défiler toutes les belles inscrites sur le catalogue de Leporello, digne successeur d'Arlequin ; vous y trouverez la grassotta^ la magrotta^ la grande maestosa^ la piccina assai vezzosay etc.

éUANTB.

L'amour, pour Tordinaire, est pw fait à ces lois, £t l'on voit les amants toujours vanter leur choix. Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable, Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable ; Ils comptent les défauts pour des perfections.

Et saveDt y donner de favorables noms.

La plie est au jasmin en bUncliear comparable ;

La noire à faire pear, une bmne adorable;

La maigre a de la taille et de la liberté ;

La grasse est, dans son port, pleine de majesté ;

La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée,

Est mise sous le nom de beauté négligée ;

La géante paraît une déesse aux yeux ;

La naine, un abrégé des merveilles des deux ;

L^orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne ;

La fourbe a de Tesprit ; la sotte est toute bonne;

La trop grande parieuse est d'agréable humeur;

Et la muette garde une honnête pudeur.

C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême

Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.

Page 1