Acte I, scène
Chercher autre chose dans les Visionnaires serait peine perdue, tout le reste est pitoyable ; et pourtant cette informe comédie eut un succès immense dans sa nouveauté. Si je reproduis ici Tadmirable cavatine chantée au repos dans le Misanthrope^ c'est pour vous épargner la peine de recourir à Molière, afin de voir défiler toutes les belles inscrites sur le catalogue de Leporello, digne successeur d'Arlequin ; vous y trouverez la grassotta^ la magrotta^ la grande maestosa^ la piccina assai vezzosay etc.
éUANTB.
L'amour, pour Tordinaire, est pw fait à ces lois, £t l'on voit les amants toujours vanter leur choix. Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable, Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable ; Ils comptent les défauts pour des perfections.
Et saveDt y donner de favorables noms.
La plie est au jasmin en bUncliear comparable ;
La noire à faire pear, une bmne adorable;
La maigre a de la taille et de la liberté ;
La grasse est, dans son port, pleine de majesté ;
La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée,
Est mise sous le nom de beauté négligée ;
La géante paraît une déesse aux yeux ;
La naine, un abrégé des merveilles des deux ;
L^orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne ;
La fourbe a de Tesprit ; la sotte est toute bonne;
La trop grande parieuse est d'agréable humeur;
Et la muette garde une honnête pudeur.
C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême
Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.