‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 44 sur 90 · DON FÉLIX · texte numérisé non relu

DON FÉLIX

Je vais te faire voir Que ton maître en amour fait très bien son devoir. II faut premièrement que ta bassesse sache Que lorsqu'on me refuse, ou bien lorsqu'on se fôche, J'ai le don de pleurer autant que jele veux, Ce qui profile plus qu'arracher des cheveux ; El princi} alrment quand on aime une soUe,

Qui croit facilement un homme qui sanglotte.

A la belle je dis que fies plus grande appas

Sont ceux qui sont cachés, et que Toail ne voit pas;

Que sou esprit me plaît bien plus que son visage :

A la laide je liens presque même langage;

J'ajoate seulement qu'elle a je ne sais quoi

Qui fait que la voyant je ne sais plos k moi.

Enfin ègaleEientde toutes je me joue;

De ce qu'elles ont moins, c'est ce dont je les loue ;

Aux soties, deTesprit; au vieilles de Thumeur;

Aux jeunes, qu'avant l'âge elles ont l'esprit meur ;

La grasse se croit maigre, et la maigre charnue,

Aussitôt que de nous elle est entretenue :

Aux petites je dis que leur corps est adroit.

Aux grandes que leur corps, quoiqu'^en voûte est bien droit;

A celles que je vois d^une taille bizarre,

Qu'ainsi le ciel Ta faite, afin d'être plus rare ;

Aux minces, qu'une reine a moins de gravité;

Aux grosses^ qu^elles ont beaucoup d'agilité ;

Aux propres, que j'admire aussi leur nonchalance ;

Tout cela sans me faire aucune violence ;

Car de plus j'ai le don de mentir sans remords,

Vertu que seulement on voit aux eaf^its forts»

JODEUBT.

Vous êtes donc menteur?

DOff F^LIX.

Oui, j'ai l'honneur de Télre.

JODELET

Le grand homme de bien, que monseigneur mon maître I

DON FÉtlX.

Vois-lu, ne point mentir est la venu d'un sot. Souvent en augmentant, ou retranchant un mot, On se tire aisément d'une affaire mauvaise. Enfin disant partout que je suis tout de braise. Des unes je suis cru par leurs yeux bien charmé, Des autres je me vois quelquefois bien aimé; El moi, je ris bien fort, très raatlre de moi-même. De celle qui me hait et de celle qui m'aime.

Remontons plus haut encore , à 1637, et nous trouverons, dans les Visionnaires de Desmarets de Saint-Sorlin , un couplet (lui, sous une autre forme, n'est pas sans rapport avec

la scène de Scarron, la liste d'Arlequin et la délicieuse oavatine d'Éliante dans fe Misanthnfpe.

ALaiK)N.

Lysandre, il est certain : mais pour choisir un gendrci

Il s'en présente tant, qu'on ne sait lequel prendre.

Puis je suis d'une humeur que tout peut contenter.

Pas un seul à mon gré ne se doit rejeter.

S'il est vieux, il rendra sa famille opulente;

SMl est jeune, ma filte en sera plus contente ;

S'il est beau, je dis lors, beauté n'a point de prix;

S'il a de la laideur, la nuit tous chats sont gris ;

SMi est gaiy qu'il pourra réjouir ma TÎeiilesse :

Et s'il est sérieux, qu'il a de la sagesse;

S'il est courtois, sans doute il tient d'un noble sang ;

S'il est présomptueux, il sait tenir son rang ;

S'il est entreprenant, c^est qu'il a du courage ;

S'il se lient à couvert, il redoute Forage ;

S'il est prompt, on perd tout souvent pour différer ;

S'il est lent, pour bien faire il faut considérer ;

S'il révère les dieux, ils lui seront prospères ;

S'il trompe pour gagner, il fera ses affaires ;

Enfin, quelque parti qui s'ose présenter ,

Je trouve en lui toujours de quoi me contenter.

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