REPRISE EN
don Giovanni, Garda, téoor, prodige, type de. don Juan , pour moi qui n'ai pu voir Bassi dans ce rôle.
LeporeUo, Pellegrini , charmant — Ma«etto, Graziaui, bon comique.
Donna Anna, M"® Ronzi-de Begnls, très bien»
teriina, M"* Mainvielle-Fodor, diamant, perle, merveille à nulle autre seconde; la meilleure Zerline qu^on puisse imaginer.
Le chef-d'œuvre de Mozart reste â la scène, et reparaît en 1821-24-26-28-29. En cette dernière année, nous voyons :
Donna Anna, M"* Sontag, prodigicuse, la meilleure de toutes nos donna Anna.
Zeriîna, M** Malibrau, charmante.
teitrira. M»'* Sabine Heinefetter, bien.
Laporeiio, Santiui , voix étendue, arrivant sans effort à l'a^ grave ; comique trop vulgaire.
1831. Donna Anna, M"* Mèric-Lalande. • MMnmt M"* Mallbran. .
EWira, M** Tadolini, la meilleure de toutes nos Ëlvlres.
1832. Don Giovanni, Lablache. Le rôle, jusqu'alors chanté par des ténors, sur notre scène , rentre dans le domaine de la basse pour n'en plud sortir.
183*. DonGîoTanni, TamburiuL Don Otta^oy Rubini» merveille.
Leponiio, Lablache, merveille.
Donna Anna, M"* Grisi (GiuUa}i
1847. Coletti, Mario, Lablache 9 Tagliafico, M"*" Grisi, Persiani, Gorbari.
Quelquefois, dans mes rêveries musicales, évoquant meé soiivetiirs, je tiie compose une réutiiotl de virtuoses , et me ftds exécuter Don Giovanni par Garcia, Rubinî, Lablache, Porto, Angrisani, et M"~ Sontag, Mainvielle-Fodor et Ta-
(lolihî. Je puis vous assurer que tout marche bien, Tensemble est très satisfaisant.
Quoique le rôle de don Giovanni ait été disposé pat* Tàuteut pour titie voit de baryton 4 les ténors, tels qiie Tacchltiôrdi, GAMk, ({Ui l'ont adopté, se sont fait applaudir, à Paris, avec plus de franchise et dé vivacité que les barytons ou basses. Ces derniers se conformaient pourtant aut itlfëntions do Mozart, tandis que les autres étaient obligea d'élever d'un toti et tnêtne d'une tierce Ftii fùh'han dal tino, et de pbititer une infinité de passages dans les etisembles. J'en avais fait l'observalioti , et n'hésitai point à confier ce rôle à IfoUi-rit (Adolphe), lors de la mise en scène de Don fuah à l'Académie royale de Musique en 1834. Je transposai le duo Id et darertt la mafia d'un demi-ton à l'aigu ; l'air Fin cKhan dal tdno fut élevé d'une quarte. Nourrit, qui l'avait chanté d'abord en rii finit par le dire en mi bémol ^ et je pointai les passages trdp graves des etisembles. On se souvient du succès immense de Nourrit dans ce rôle de don Juan , le plus beau de son répertoire, et celui qui fit le plus d'honheUr à cet excellent chatiteur dratiiatiqué. Conlme Leporello, je vous dotinerai la catalogue des illustres que noUs avions pu réunir pour l'etécution du chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre. Cette liste vous ferajuger de l'opulence merveilleuse de notre Académie royale de Muçique en 1834.
Doti Snmnf Adolphe Nourrit.
Don ÔtUmd^ Lafout.
Lefiorelld, LcvasSCUr.
Mftsetio, Dabadie.
Le Gomniaiideiu^ Dérivis (PrOSper) .
Donna Anna, M"* FalcoU*
SeHîne, M"« Damoreau.
*aw«*» M"* (Sras-Dorus.
Lors de mon début au Journal des Débats ^ on m'aUaquait de tous cotés } datis te journal métne ; je tfôUvais des anta-
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gonistes. Dans un long article dirigé contre ma doctrine» alors vivement accusée d'hérésie, HofiTman disait, à propos de Mozart et de son école : — La musique savante veut toujours son harmonie pleine, soit qu'elle fasse parler Golombine ou Pierrot, soit qu'elle accompagne le grand-prétre Joad. » Je lui répondis : — On voitbien que ce paragraphe est écrit pour égayer des lecteurs qu'il était difficile de persuader. Écoutez l'introduction de Don Juan^ le serment d'Ottavio et le duo véhément qui le suit; écoutez l'air d'Anna, Or sai chil'omre; défendez-vous s'il se peut d'un frémissement de terreur lorsque la statue impose silence à la joie criminelle de don Juan, ou quand elle vient le sommer de tenir la parole donnée. Pensez-vous que le son rauque des trombones, les ondulations tumultueuses des violons, le trémolo des violes, le roulement des timbales, les sanglots des flûtes et des hautbois, le terrible éclat de la trombe infernale, soient bien assortis au caractère des personnages? Pensez- vous que ce cortège harmonique donné par l'enchanteur Mozart à la voix solennelle du Commandeur, annonce assez bien que l'abtme va s'ouvrir pour livrer le meurtrier aux esprits de ténèbres? Trouvezvous que les fragments ici rappelés à votre souvenir aient tous la même physionomie?
» On peut me reprocher, il est vrai, que tout cela ressemble furieusement au chœur de la noce villageoise, au duo Là ci darem fa mano^ aux airs de Zerlina qui sont d'une simplicité virginale, aux brillantes entrées de don Juan, à Tair qui peint sa folle ivresse avec tant d'énergie. Comme je ne me sens pas assez fort pour défendre Mozart contre de telles objections, je réclamerai pour lui toute l'indulgence des hommes de lettres ; il a si bien réussi dans les autres parties de son opéra , qu'il est juste de lui pardonner ces petites erreurs. XXX, Répome à m. HolAnan, Joumol des Débais du 21 avril 1821.
— Il faut ciianter ou déclamer : si le chant n*est qu'une psalmodie monotone , un récit purement oratoire et sylla-
l ique, il vaut bien mieux abandonner la musique pour revenir à l'art des Talma, des Mole , qui montre plus de vérité dans ses détails , quoiqu'une tragédie renferme autant d'absurdités qu'un opéra. Ce n'est pas la vérité, mais une ressemblance embellie que nous demandons aux arts; c'est à donner mieux que la nature» que l'art s'engage en l'imitant Pour cela, tous les arts font une espèce de pacte avec l'ame et les sens qu'ils aSectent ; ce pacte consiste à réclamer des licences, à promettre des plaisirs qu'ils no donneraient pas sans ces heureuses licences.
D Sachons profiter de la liberté qui nous est accordée : parlons en musique puisque c'est le langage de l'opéra, mais gardons-nous de retenir cet art divin dans les bornes étroites assignées au récit oratoire. Déclamons la phrase poétique, mais que ce soit toujours musicalement, comme l'a fait l'ingénieux auteur de Don Juan. Écoutez Leporello lisant son catalogue et mêlant de malignes réflexions à cette lecture. Que de finesse , que d'esprit dans cet air merveilleux I Que de richesses étalées dans l'orchestre pour nous faire supporter l'aridité du simple débit 1 Voi sapete quel cke fa. OCi trouvera-t-on une expression plus vraie de l'ironie, une diction plus juste ?
» Rossini sacrifie parfois la déclamation au rhythme et force les mots à suivre le dessin marqué par la phrase musicale. Ce maître a pourtant des morceaux tels que Lu calunma^ Miei rampolliy Un segreito d'imporianzay qui sont parfaitement declamés^ XXX /oumaj des Débats, 4 avril 1822.
Bien qu'il ne s^élevât qu'à quelques pieds de terre,
Hassan était peut-être un homme à caractère;
11 ne le montrait pas, n'en ayant pas besoin. ^
Sa petite médaille annonçait un bon coin.
Il était très bien pris : — on eût dît que sa mère
L'avait fait tout petit pour le faire avec soin.
n était indolent et très opiniâtre ;
Bien cambré, bien lavé, je visage olivâtre,
Des mains de patricien, — l'aspect fier et nerveux.
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La barbe ui les sourcils 1res noirs, — un corps d'albàire. Ce qu'il avait de beau, surtout, c'éuit les yeux. Je ne vous dirai pas un mot de ses cheveux;
C'est une vanité qu'on rase en Tartarie. Ce pays-li pourtant n'était pas sa patrie. H était renégat, — Français de nation;— Riche aujourd'hui, jadis chevalier d'industrie, Il avait dans la mer jeté comme un haillon Son titre, sa famille et sa religion.
Il était très joyeux, et pourtant très maussade. Détestable voisin, — excellent camarade.
Extrêmement futile, — et pourtant très posé. Indignement naïf, — et pourtant très blasé. Horriblement sincère, — et pourtant très rasé. Vous souvient-il, lecteur» de cette sérénade
Que don Juan déguisé chante sous un balcon? — Une mélancolique et pileuse chanson.
Respirant la douleur, l'amour et la tristesse. * Mais l'accompagnement parle d'un autre ton.
Comme il est vif, joyeux 1 avec quelle prestesse Il sautille! — On dirait que la chanson caresse
Et couvre de langueur le perfide inslrumeut ;
Tandis que l'air moqueur de l'accompagnement
Tourne en dérision la chanson elle-même.
Et semble la railler d'aller si tristement.
Tout cela cependant fait un plaisir extrême.
C'est que tout en est vrai,— c'est qu'on trompe cl qu'on aime ;
C'est qu'on pleure en liant; —c'est qu'on est innocent
Et coupable à la fois ; — c'est qu'on se croit parjure
Lorsqu'on n'est qu'abusé; — c'est qu'on verse le sang
Avec de9 mains sans tache, et que notre nature
A de mal et de bien pétri sa créature :
Tel est le monde, hélas ! et tel était Hassan.
Alfabd db Musset, un Spectacle dans un fauteuil, lÊmKaoaam, conte ortentol, SXàXVI.
A cette observation spirituelle et juste, à cette curieuse aoalyse de la sérénade charmante de Don Juan » le musicien
DON JUÀN. 397
ajoutera que l'accoiiipagneiQeQt n'est pas seul à se moquer des langueurs amoureuses du tartufe galant. Le prélude aussi présente son harmonie sous un faux jour. Dès sa troisième mesure il est en so/, et Yui dièse sonne toujours » comme si le tonde ré n'était pas abandonné, du moment où la basse a déterminé la transition en frappant la quatrième note du ton. Le soi à la basse, YiU dièse à la mélodie, offrent en même temps à Toreille étonnée le sentiment de deux modes bien distincts. Cette opposition singulièroi ce doute musical est un trait d'esprit, de génie peut-être. Les rani des vaches cornés par les bergers suisses font remarquer la même incertitude au regard de la tonalité. Rossini l'a saisie et reproduite heureusement dans l'air de GuUlaume Tell , que chante Arnold : Amis ^ amis, secondeima vaillance. Ces trois derniers mots sont modulés à la manière des ranz des vaches, le /a dièse se promenant sur un accord en ut mqjeur,
— Le brillant succès que Don Juan vient d'obtenir à sa reprise prouve que les dilettantes ne sont pas aussi exclusifs qu'on voudrait le faire penser. S'ils aiment passionnément Rossini, ils adorent Mozart, et n'ont jamais cessé de rendre au prince des musiciens les hommages qui lui sont dus.
• Don Juan est sans contredit le chef-d'œuvre dé la scène lyrique. Si Mozart n'avait pas produit la Clémence de Tiim , les Noces de Figaro, la Fliite encfiantée, ce Don Juan lui suffirait pour mériter et tenir la première place parmi les musiciens qui, d^Ds tous les temps, ont excellé dans chacun des quatre genres. La tragédie , le drame, la comédie , l'opéra bouffon, tout se rencontre dans c«tte admirable composition^^ La musique ne saurait s'élever plus haut, et réunir avec autant de bonheur la force dramatique et l'enjouement. L'esprit surtout, oet esprit que bien des gens recherchent avec tant de soin et si peu de succès , étincelle à toutes les pages de JMm Juan, L'esprit, de Mozart est franc comme celui de Molière et purgé de tous ces petits moyens , ressource misérable et trop ordinaire des musiciens qui visent à la finesse. On a souvent raisonné sur celte matière, et Mozart, que ses rivaux
32S DON JUÀN.
et ses émules avaient déjà placé bien au-dessus de tous les compositeurs dramatiques, n*a jamais été mis sur les rangs comme musicien spirituel. Est-ce parce qu'il écrivait sur des paroles italiennes ou sur des livrets allemands? Gela ne devait pas arrêter nos littérateurs : un traité sur l'Épopée embrasse également la Hmriade et Jérusalem délivrée ^ laLu- 9iade et h Paradis perdu; le poème romantique de Klopstock aurait aussi droit au concours. On se restreindrait trop en bornant son examen à la Pucelle de Chapelain , au Ifoue sauvé de Saint- Amand.
» Le seul air de Leporello, Madamina^ il catalogo iquesto^ renferme toutes les beautés delà musique théâtrale. D'abord un simple débit tel que les paroles l'exigent, l'orchestre occupe l'attention de la manière la plus agréable pendant la lecture du catalogue; viennent ensuite les détails et les réflexions du malin serviteur ; la musique les rend encore plus piquantes par son expression pittoresque, ses réticences, ses images variées, ses finesses incisives ou délicates : c'est le tableau le plus parfait qu'ait jamais produit *le génie d'un musicien. H ne doit point son effet extraordinaire aux prestiges de l'art, à ces combinaisons de sonorité, de vigueur et de mouvement qui préparent l'enthousiasme, entraînent l'admiration, arrachent les applaudissements. Le mattre a renoncé pour cette fois à des moyens qui conduisent trop aisément à la victoire; que dis-je? il a pris une route opposée : sa progression est décroissante, et le paisible menuet andarUê grazioso succède à l'air de mouvement
tt Je ne parlerai point de toutes les belles choses que l'on rencontre dans ce chef-d'œuvre de Mozart. Je ne dirai rien de là d darem la tnano, duo ravissant resté sans imitation comme il était sans modèle. Les vers d'Ovide, la prose de Rousseau parlent-ils aussi vivement à l'ame que la musique de Mozart? et jamais poète exprimera-t-il mieux la passion que le farfûUloM amoroso disant : Non so jnA cosa son, cosa faccio ? Les deux finales de Don Juan ont reçu de justes tributs d'admiration; le premier surtout produit un effet qu*il est impossi-
ble de décrire. Que d'éclat dans la symphonie qui vient annoncer don Juan! quelle délicatesse extrême dans le duo qu'il chante avec ZerJine 1 que de charme et de mélodie dans le trio des masques I La contredanse pourrait-elle avoir plus de grâce et plus de folie? le menuet plus de franchise? Et cette péroraison sublime I c'est ici que l'on peut appliquer à Mozart ce vers d'un tragique :
Et mon songe a fini par an coup de tonnerre.
Quel finale l quelle mine éblouissante et féconde ! que de fois on est venu puiser dans ce trésor 1 comme on Ta pillé ! croyez-vous qu'il en soit moins riche 7 Non, le génie est un flambeau; le génie donne sa flamme sans la perdre.
j> Fin cK han dal vino a fait tant de plaisir que le pubUc a désiré l'entendre une seconde fois, comme à l'ordinaire. Garcia le chante avec autant de vivacité que de verve. Cette ardeur, cette fougue musicale ne lui fait pas négliger son exécution et ralentir la mesure sur aucun point; il sait se ménager à propos afin de préparer, d'assurer ses rentrées. Chanteur adroit, subtil et puissant, il nous donne des trilles bien battus, des tenues bien fermes au moment où il aurait le droit de paraître essoufflé. Cet air est d'une rapidité sans égale» il est syllabique, il se dérobe à l'attention, et si l'on veut le suivre il faut voler avec lui. «XXX Journal des Débats,
Ghvoniqae mimMile du 6 décembre 1823.
Dans une représentation de Don Giovanni que la famille Garcia donnait à New-York, en 1825, le chœur, l'orchestre, les acteurs subalternes, américains, naturels du pays et tant soit peu sauvages, se troublèrent de telle sorte que la strette du premier finale tourna subitement au charivari. Garcia s'efibrçait en vain de ramener l'ordre, de rétablir la mesure» l'ensemble et l'intonation; sa troupe indisciplinée avait pris le mors aux dents et ne pouvait sentir la bride ni l'éperon; chacun vociférait, hurlait au hasard; c'étaient les fureurs bizarres, les dissonantes clameurs des noirs habitants du désert, une effroyable cacophonie. Tout à coup Garcia, l'épée
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à la main, abandonnant 6on rôle de don Giovanni pour s'emparer de celui de chef de musique, s'avancejusqu'à la rampe, et s'écrie : — C'est une infamie, un crime de lacérer ainsi le chef-d'œuvre de Mozart; arrêtez, arrêtez 1 paix-là t silence I à vos places, et recommençons. »
Ce qiios egOf qu'une voix tonnante lançait, remit tout le monde au port d'armes. Le silence rétabli dans les rangs, chacun reprit le poste qu'il occupait avant la mêlée générale; recommencé, conduit avec plus d'attention et de soin, le Qnale arriva jusqu'à sa dernière mesure sans encombre apparent ; et le public salua cette revanche prise à l'instant même de la déroute, par des applaudissements unanimes, des transports d'enthousiasme, adressés à l'armée chantante, sonnante, et surtout à son brave et prudent général.
Dans OtellOy Garcia, ses filles Mariette, PauUne, son fils Manuelito, M"* Garcia, secondés par quelques beaux-frères et cousins, représentaient Otello, Desdemona, Yago, la confidente, Rodrigo, Elmiro; c'est ainsi que ces troubadours illustres voyageaient en famille dans les Deux Amériques.
— La scène de l'invitation a fait rire plus qu'à l'ordinaire : il ucckio buffannistimoy qui se tient mieux à table qu'à cheval, s'est empressé de descendre de sa monture afin d'arriver plus tôt chez son amphitryon. La toile de fond n'était pas descendue sur lé groupe de marbre, que la statue avait déjà quitté son poste. Toute l'assistance a ri : je ne crois pas que l'on ait trouvé cette retraite ridicule. La statue n'arrive point à cheval dans la salle du banquet ; il faut donc qu'elle se désarçonne pour s'acheminer vers les lieux où l'on soupe.
» Une autre circonstance est venue égayer une scène plus sérieuseencore. Lorsque les diables armés de leurs torches sont sortis de l'enfer pour préluder aux tourments du libertin incorrigible : on pensait quece malheureux était abandonné de tout le monde, et qu'une fois entre les mains de Satan et de ses suppôts, aucune voix ne priait pour lui. La tendresse filiale s'est chargée de ce soin pieux: M"* Malibran (Zeriina), qui depuis une heure avait quitté la scène, était venue se
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p)ai:er parmi les spectateurs, ei de sa loge, très-rapprochée du liiéàtrc, elle a prié messieurs les lulios de prendre garde à ce qu'ils faisaient, et de traiter son père avec toute la douceur ^t les ménagements que la situation pouvait permettre.
Idemf idem$ 7 décembre 1829.
— Cette Semirapiidef celte Matilde dont les représentations étaient si peu suivies, ce Barbiere que l'on négligeait parce qu'on ne pouvait y entendre avec plaisir que des variations exécutées avec un instrument vocal d'une délicatesse, d'une agilité merveilleuses, ce Don Gùfvanni reçu d'abord avec une froideur, une incertitude dont les dilettantes ont déjà fourni plusd'uu exemple, tout cela devient admirablot ravissant; on se presse, on s'étouffe parce qu'une des cantatrices favo* rites (M"* Sootag) est sur le point de nous quitter. On prodigue l'argent, on paie triple pour avoir exactement ce que le directeur offrait depuis trois mois aux prix ordinaires. Le public a plus d'un trait de ressemblance avec Derneville, personnage de la jolie comédie que l'on joue au théâtre de Madame; ce mari ne songe à donner des diamants à sa femme que lorsqu'il voit qu'elle fait ses préparatifs pour lui être infidèle ; il se ravise au moment où la sensible Caroline va s'embarquer pour le pays des illusions amoureuses.
y> Deux représentations de Tancredi nous ont montré M"® Malibran à coté de M"* Sontag. Il est vrai que ces deux virtuoses paraissent aussi dans Don Giotanni, mais d'une manière qui présente moins d'intérêt La fille du Comman«< deur ne concerte point avec la jeune fiancée ; les deux rôles sont beaux, mais leur isolement respectif ne permet pas de jouir du charme délicieux, de l'effet magique produit par la réunion de deux voix admirables qu'une même intelligence semble conduire. Je n'ai jamais rien entendu de plus parfait, en exécution, que les duos chantés par M""*' Sontag et Malibran. D'abord, les deux instruments s'accordent à mer^ veille : leur timbre, diversement caractérisé , sans offrir aucune disparate, permet de suivre les deux parties quand elles se croisent Je les comparerais à la fliMe concertant avec
la clarinetle, si ces instruments, mis en jeu par les plus ha-» biles virtuoses, pouvaient donner une idée des accents gracieux et pathétiques des deux cantatrices. Toutes les nuances d'expression» tous les effets d'harmonie et de vocalisation, de douceur et d'énergie, de vitesse ou de lenteur, sont calculés et rendus avec une exactitude inconcevable, et cette exactitude est produite par le sentiment de la musique, et n'a rien qui puisse faire présumer qu'un semblable langage soit réglé par des blanches et des noires, des soupirs et des pauses, et qu'il y ait dans le voisinage un chef d'orchestre qui batte la mesure. C'est un orgue expressif .touché par une seule main.
» Je ne sais pas jusqu'à quel point les partisans de M" Malibran et ceux de M"* Sontag peuvent s'être rapprochés dans ces derniers jours solennels, et si l'on a remarqué des conversions de part et d'autre. Je n'assistais point à la distribution des couronnes et des bouquets, je n'ai pu juger de la sincérité des hommages réciproques adressés par chacunede ces dames à sa contre- partie, si toutefois on peut se fier aux protestations faites en scène par des actrices si bien exercées à l'expression des sentiments qu'elles n'éprouvent point ; et pourtant je ne crains pas d'affirmer qu'a n'existe aucune rivalité de talent et de voix entre M"* Sontag et M'* Malibran. On dira que leur emploi n'est pas le même, qu'elles suivent une route différente. Est-ce une raison suffisante? Un ténor n'a-t-il jamais disputé la faveur du public à son camarade le baryton T
D Lavater a cru pouvoir connaître le caractère des personnes, sur l'inspection de leur physionomie et même de leur écriture. Un duo chanté par deux virtuoses est un diagnostic plus certain. Cette fraternité musicale, cet accord toujours parfait, cette union constante de deux voix qui se soutiennent mutuellement, cette prévoyante réciprocité de services, ne peuvent exister qu'entre deux personnes qui travaillent ensemble, et l'amitié prépare ainsi les succès du talent Mais n'a-t-on vu jamais un chanteur sacrifier l'effet d'un duo, susciter, amener des accrocs, renvoyer la balle
ayec perrfidie et faire tomber son rival dlins le piège, pour se relever lui-même dans une cavatine victorieuse? Perdre un œil n'est rien, si Ton crève les deux yeux du voisin; cette compensation offre trop d'avantages pour ne pas consoler bien des gens.
y> le ne parlerai point des transports» de l'enthousiasme, du ravissement que les dilettantes ont fait éclater à ces dernières représentations. C'était , comme disent les Italiens, un véritable fanatisme, et cependant une dame trouvait que le public était froid envers M'** Sontag. — Pourtant rien ne manque à son triomphe ; on jette des bouquets, des couronnes — La belle chose I cela s'est toujours fait ; on devrait jeter les banquettes sur le théfttre ; il faut se montrer inventif en trouvant des moyens nouveaux. » Idem^ idem^
19 janyier 1830.
— Un opéra qui, depuis quarante-cinq ans, a paru sur la scène et s'est fait jour à travers les nuages de l'ignorance et de la prévention ; qui, ferme comme un roc au milieu des tempêtes et des révolutions de la scène lyrique, a vu les systèmes se succéder tour à tour, et la mélodie, immolée sans pitié comme sans remords aux fureurs de l'orchestre, reparaître ensuite aussi brillante et plus ornée après avoir soumis ce rival redoutable, un opéra que l'avalanche rossinienne a respecté, doit être un chef-d'œuvre, une merveille de l'art. Don Giovanni^ mis au monde en 1787, est venu jusqu'à nous; l'épreuve la plus dangereuse est faite, et c'est peu lui promettre que d'assurer pour cent ans son existence théâtrale.
» Lorsqu'on entend de la musique du siècle dernier, que dis-je, de l'an X de la république, on est tout disposé, tout prêt à faire des concessions, en disant : — C'était la mode alors, ses défauts sont ceux de l'époque, sachons les tolérer pour applaudir de belles choses. » Mais à l'égard de Don GiO' x)anni et des autres prodiges créés par Mozart, il faut tenir un autre langage. Si l'on veut bien se reporter au temps où cet enchanteur écrivait, le mérite de Tauteur et de l'ouvrage va
paraître plus grand encore. Cos tours de mélodie dont nous admirons l'élégance el la régularité, ces artifices d'harmonie, ces jeux d'orchestre d'une originalité piquante, cette manière de grouper les instruments en appropi^iant leurs \ôi\ à l'effet dramatique, celte clarté ravissante que les etploslotls du chœur et de l'orchestre ne troublent jamais, cette vigueur, cette inépuisable variété de dessins, toutes ces merveilles étaient des créations. G*est dans sa tête que Mozart les a trouvées; on a pu l'imiter et ses adroits successeurs ont usé largement d6s avantages de leur position. Mozart il*a consulté que son génie; ses devanciers et ses contemporains, qu'il avait d'abord imités dans ses premiers ouvrages, ne lui présentaient aucilti type qu'il jugeât digne d*êlre rjBproduit. Le géant de Don Giomnm quitta bientôt la route que le bambin auteur de Lucio Silla, de Mitridate^ avait suivie ; il lui fallait d'autres armes pour conquérir le monde musical; MoEart les devina, les forgea de sa propre main.
» Si le public se porte en foule aux représentations de Don GiovànHi, ce n'est point pour satisfaire aut devoirs qu'impose une vieille admiration, et pour apporter encore un tribut au pied de l'idole si longtemps adorée. Lorsqu'il s'agit des jeux de la scène, le devoir n*est tien, c'est le plaisir seul qui rassemble les amateurs dans une salle de spectacle; et quand les chefs-d'œuvre de Mozart sont bien exécutés, on est sûr de ne pas manquer le but. d Idem, idem^
15 lévrier 1881.
— Il fallait un piédestal digne de la statue, un musée où le sublime tableau de Mozart vînt s'offrir à l'admiration publique avec la pompe, l'éclat qu'il réclamait en vain depuis si longtemps. L'Opéra de Paris vient d'ouvrir son thé&tre à Don Juan^ et le colosse j est entré tout entier, sa voix formidable a sonné dans cette vaste enceinte, son brillant cortège a dé&lé pour la première fois devant la foule des amateurs, Donner à ce prodige musical la puissance d'exécution qu'on lui avait refusée jusqu'à ce jour, mohlrer ce Don Juan tel que Mozart l'avait conçu, tel que Hoffmann l'avait rêvé, le doter
DON JUAX. 3S»
ai libéralement (les richesses delà peinture, des séductions de la danse et des prestiges du spectacle, était encore une œuvre d'art et de dévoueraent. Le succès a passé toutes les espérances. Le finale du second acte électrisait l'assemblée, on se levait sur les banquettes, on poussait des cris d'admiration, les scènes terribles dU dénouement ont produit la plus vive impression, les applaudissements ont éclaté dans toute la salle à chaque morceau brillant, et les marques d'hilarité, le silence profond, imposant de l'assemblée iudi** quaient tour à tour qu'elle se plaisait aux scènes joyeuses du drame, ou que la statue la tenait sous sa magique influence. i> Tout ce que la tragédie a de plus effrayant, le meurtre» les apparitions fantastiques ; tout ce que la comédie a de plus facétietii, tous les contrastes que le musicien sollicite se rencontrent ingénieusement combinés dans le livret de Don Juan^ chef-d'œuvfe du livret d'opéra, comme la musique de cet ouvrage est le chef-d*œuvre de la partition dramatique. Les traducteurs l'ont fidèlement suivi en adoptant les idées d'HotTmann qui fait donna Anna amoureuse de son ravisseur; donna Anna meurt de douleur ou s'empoisonne et son cadavre offert aux^regards du coupable, le convoi de l'infortunée défilant sous ses yeUx avec les ombres des victimes * qu'il a faites sont le prélude horrible des supplices qui lui dont réservés en enfer. Jô ne parlerai point du sujet de la pièce, je l'ai fait connaître en indiquant les nuances légères introduites par les auteurs Français dans le livret italien pour arriver à la dotinée d'Hoffmann et motiver le spectacle fantastique du dénouement. Leur traduction est excellente, Irréprochable ail fegdrd de la musique ; dans les scènes de récitatif siinple, ils ont écrit sans contrainte, et le charme de leur poésie, la fraîcheur des idées, se sont fkit jour à travers le voile mélodique. La scène de séduction entre Zerline et tlbh iuan, et plusieurs autres ont été remarquées etsa-^ luées par des témoignages unanimes d'approbation. Le su-bllme récitatif d'Anna, l'air brillant de folie de don Juan, les couplets de la sérénade, la scène du repas doivent être
mis en première ligne. Les traducteurs travaillaient sur un admirable canevas, c'est avec talent qu'ils l'ont brodé.
» Au premier acte le rideau se lève sur une rue de Burgos, l'hôtel du Commandeur est en partie vu de face, et l'œil pénètre jusque dans la cour à travers les portiques. Ce décor charmant, présenté d'abord pendant la nuit, revient ensuite vers la fin du premier acte et paratt au grand jour. Comme les effets de lumière ne sont pas les mêmes dans l'une et l'autre position, que les ombres ont bien plus de vigueur pendant la nuit, on a fait ce décor à deux éditions, c'est absolument le même dessin reproduit sur d'autres toiles avec des teintes différentes. Certes, on ne saurait donner plus de soins à la recherche de la vérité, c'est faire en deux façons un thème que d'autres se contenteraient d'ébaucher d'une seule manière. L'idée et l'exécution de ce tableau si remarquable appartiennent à M. Despléchins. Un riant paysage succède à la rue de Burgos; on voit ensuite le parc de don Juan et sou magnifique château ; des orchestres intérieurs appellent les danseurs au bal. Ils arrivent en foule et montent le perron, seigneurs et paysannes, dames et chevaliers; des groupes dé masques précèdent et suivent les trois masques dont la venue doit troubler la fête du châtelain don Juan. Ces masques peuvent garder l'incognito, se perdre dans la mêlée. Jusqu'à ce jour on nous les avait plantés avec leurs noires enveloppes au milieu d'une troupe de paysans ; seuls ils étaient en domino, avec de curieux bérets à plumes blanches, parmi des-villageois. Ce décor, dont l'effet d'optique est surprenant, où l'on admire une allée qui fuit au loin, et dont les arbres, frappés par le soleil d'Espagne, sont d'une transparence, d'une légèreté parfaite, est l'œuvre deM. Cicéri.
La salle de bal, somptueuse, magnifique, avec ses trois orchestres placés dans des tribunes, une autre rue de Burgos, où l'on voit la maison d'Elvire, un enclos formé par des ruines mauresques, effet de nuit fort ingénieux, viennent tour à tour charmer les yeux du speclateur. La chambre d'Anna, tendue en noir, où l'on remarque le portrait du
Commandeur, est d'un beau caractère; les oraemenls, les meubles, tout est en harmonie avec ce séjour de douleur et de deuil. Nous la quittons pour un lieu plus triste encore, le cimetière. Le monument dU Commandeur est sur les premiers plans, il occupe toute la scène ; la statue s'y montre sous un dôme de marbre, et tient son rang de personnage principal. Une enceinte circulaire de tombeaux, gisants sous des arcades, ferme le théâtre de tous les cotés, et de longs cyprès, des obélisques funèbres se dessinent à l'horizon, sous un ciel dont la lune a bruni l'azur. Le public n'a pu retenir ses transports d'admiration en voyant ce tableau magique se développer à ses yeux. Jamais scène d'opéra ne fut écoutée avec plus d'intérêt et d'attention ; on regardait, on écoutait avec passion : tous les spectateurs étaient penchés vers le théâtre.
» Cette statue n'est point un acteur sur lequel on a jeté quelques aunes de flanelle pour en faire un homme blanc. Dérivis est vêtu de pierre, comme un chevalier est bardé de fer, et cette cuirasse de marbre qu'il porte sur son piédestal et dont l'effet est calculé, modelé pour la hauteur du tombeau, n'est pas la même qu'il nous montre dans le salon de don Juan. Puisque la statue arrive sous nos yeux elle doit prendre d'autres formes, le Napoléon de bronze ne saurait 61re placé plus bas que le* faite de sa colonne. Oh trouver une telle perfection dans les grandes choses comme dans les détails les plus petits, si ce n'est à l'Opéra de Paris? Tous les chevaliers qui reposent autour du Commandeur sont repré* sentes par des statues en ronde bosse, et de chaque point de la salle on les voit diversement éclairés par les rayons de la lune. Ce décor superbe estde M. Feuchères à qui nous devons encore la chambre d'Anna.
» La salle de marbre où l'on sert le banquet de don Juan, salle à manger caractérisée par ses sculptures, la table resplendissante de lumières, couverte de vaisselle où les mets les plus exquis se succèdent avec rapidité, apportés par vingt serviteurs, et déposés par deux jolis pagos galamment
ajustés, des danseuses formant des groupes voluptueux dont la cadence et les figures changent toules les fois que les musiciens du mattre de la maison passent d'un aif de te Casa rom, à ceux des Pretmdenti ou des Noize di Figaro; joignez à tant de charmes réunis la folle gaieté, la noble insolence de don Juan, les lazzi de Leporello, 'les plaintes d'Elvire, et vous verrez que celte scène du repas, jusqu'à ce jour si vide, si languissante, a pris une nouvelle vie; c'est un tableau ravissant dont l'éclat éblouit après l'aspect lugubre des tombeaux. La statue arrive et renverse, détruit ce palais brillant, ce séjour de joie et de débauche, la salle s'écroule et l'on voit sur les rampes immenses du parc qui l'entoure, une foule de femmes vêtues de blanc, portant des flambeaux; elles entourent le cercueil d'Anna et chantent le chœur foudroyant du Uequiem de Mozart, Dûs irœ. Ce dernier effet a produit une sensation que je ne chercherai point à décrire. Ce magnifique décor est de M. Cambon. XXX. U Constitutionwl,
13 mars 1834.
Et pourtant ce D(m Juan, ce chef-d'œuvre de Mozart, cet opéra sans rival, si bien équipé, si bien exécuté sur notre grande scène lyrique est depuis cinq ans abandonné! Mozart aurait-il cessé de plaire aux Français ? Non sans doute ; mais la musique de ce maître est riche, complète, réelle : une mélodie exquise, abondante y brille au milieu des combinaisons suaves, énergiques et savantes de l'harmonie; l'esprit surtout, l'esprit y domine. Pour le chant il faut absolument des chanteurs ; six rôles de la plus haute portée leur sont offerts, et notre Académie nationale de Musique n'a pas toujours deux virtuoses à sa disposition ; tandis que rien n'est plus facile que d'agglomérer une troupe d'acteurs suffisamment idoines pour gesticuler, se promener, pousser même des cris plus ou moins acerbes dans un opéra-franconi.
L'abbesse Lélia de George Sand est un don Joan du sexe fémÎDÎn. Voir le chapitre LXII de Lélia, portant ce Ulre Don Juan, page 95 du second volume de rédaion de 1 84?, in-i 8, Paris, Perrotin,
Voici comment un journal d'Allemagne distribuait les premières charges et dignités d'un grand empire.