‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 88 sur 90 · tome 1, page · texte numérisé non relu

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Dans les romans épistolaires ou les publications de lettres familières de nos auteurs, celles de Malherbe, par exemple, les typographes ont la coutume de mettre au tit^me, à ta niiine, lorsque l'écrivant s'adresse à la personne précédemment nommée. Celte misérable épargne de travail et de caractères peut ne pas contrarier le lecteur qui suit le cours de l'ouvrage, et procède sans interruption du commencement à la Qn ; mais s'il a quelques notes à prendre» quelques observations à faire , s'il veut citer la lettre où se trouve le passage remarqué» s'il veut savoir et dire à qui la lettre est

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adressée , il faudra que ce lecteur revienne sur ses pas , et fèuillelte les deux tiers du volume, pour connattro enfui quel est ce mime^ quelle est celte même^ qui s'obstine à garder Tanonyme. Ne vaudrait-il pas mieux que chaque lettre porl&t son adresse en t6te , et que Ton apprtt sur-le-champ que ce mimé est M. de Peiresc ou tout autret

Dans le sac ridicole où la mode enveloppe

aujourd'hui presque toutes les lettres missives, ces autographes perdent leur adresse et les timbres de la poste , qui feraient connaître leur destination, leur date , souvent omise , témoignages quelquefois d'une haute importance pour les colligeurs d'écrits historiques et les tribunaux. Garder l'enveloppe afin de la joindre à la lettre est un embarras ; ces deux pièces ôgurent mal dans les portefeuilles, encore plus mal sous verre. D'ailleurs» la suscriplion peut avoir été mise par une main étrangère , et dans ce cas le témoin chante faux ; tandis que l'adresse figurant au dos de la lettre est toujours authentique. Un écrivain qui se respecte ne doit jamais fourrer ses épitres dans un sac.

Parlerai-je des noms si grotesquement alongésde plusieurs de nos théâtres? L'Opéra oomiqae est un opéra comique du théâtre national de l'Opéror'Comiqm : la jolie phrase que voilà, bien mélodietise surtout! VOdéon^ la Gaieté^ l* Ambigu même peuvent figurer gracieusement dans le discours; mais le théâtre d/t la Porte^inirMattinl où placera-t-on cette périphrase hideuse, interminable! Que signifient ces mots théâtre de la Répabliquef théâtre de to NaHon? tous les théâtres de la France ne sontils pas des théâtres de la république et de la nation 1 Vous qui savez si bien réduire les mots à leur plus simple figure, en disant : réae » démo » démo-eoc , pourquoi n'abrégez-vous pas aussi toutes ces appellations lourdement ridicules , en disant théâtre Mique^ Tin, Blique, Tion ? Ou, ce qui serait mieux» que n'imitez-vous les brasseurs de bière , en donnant à vos salles des noms de Heurs ou de fruits 7 vous auriez les théâtres de la Boeet du Camélia ^ de l'Orange ou du Mtlon. Florence

Q*a-t-el1e pas le théâtre du Concombre? Gela ne serait-il pas plus élégant et surtout plus bref? Signar^ la vUa ècorta, dit Arlequin ; pourquoi perdre son temps à tracer, à bégayer, mastiquer d'incommodes syllabes parfaitement inutiles? Nos littérateurs craignent-ils que leur fiacre ne s'embourbe pas? Paris est-il bâti dans Ttle des Lanternes , pays oii Ton ne se presse guère et même point du tout?

Un théâtre portant un nom de fleur ou de fruit peut changer de genre 9 et conserver toujours la même dénomination. Que Ton y joue la comédie ou le mélodrame , que Ton y bégaie le vaudeville, que l'on y chante Topera, la salle de la Rose ou de la. Tulipe n'aura point à changer son enseigne- Elle désignera le lieu, non le genre du spectacle.

Cette noiitelle affaire se rattache à ^ancienne. Pour s'y roUocher, il faudrait que , d'abord unie à Yancienne, elle en eût été séparée plus tard; ce qui ne saurait être, puisque la nouvelle affaire n'existait point encore. Rattacher signifie attacher de nouveau , faire rattacher synonyme ù'aUacher est absurde ; c'est ruiner de fond en comble tout l'édifice du langage. Si l'on adoptait cette substitution ridicule , il faudrait annuler d'abord le mot attacher, devenu parfaitement inutile. Il faudrait subir le barbare système qui doit être la conséquence inévitable de cette substitution, et dire aussi : Que l'on a roucert la porte Saint-Denis, qui jamais ne fut close; que l'on a refait, réédipé, reconstruit, relevé, rebâti l'arc de triomphe de l'Étoile, quoiqu'on ne l'ait fait^ édifié, construit, élevé, bâti qu'une seule fois. S*il était nécessaire de prouver que refondre n'exprime pas du tout la même chose que fondre, je vous dirais que, sans la précieuse différence qui distingue ces deux mots, il serait impossible de faire comprendre aux plus intelligents, que la colonne de la grande armée et sa statue de Napoléon, ayant été fondues en 1808, la statue seule fut refondue en 1833.

J'espérais que l'auteur des Remarques sur la langue française signalerait cette expression vicieuse pour la condamner; point du tout. M. Francis Wey rattacfie comme tous ses con-

frères; il raUaclie comme racadémicien Villemain, et comme les brosseurs de prose quotidienne; il rattache sans avoir aUackéj puis ditachi, ce qu'il ne saurait rattacher qu'après ces deux opérations préliminaires.

La même observation s'applique au verbe redemander^ dont on use presque toujours sans raison, sans discernement, sans égard pour ce qu'il signi fie. Si les acteurs on t été demandés une première fois pendant le cours de la pièce, on peut dire qu'ils ont été redemandés après la chute du rideau. Mais si le public ne les a demandés qu'à la fin du spectacle, et par conséquent qu'une seule fois, dire qu'ils ont été redemandés est au moins une impertinence. Ne souriez-vous pas lorsqu'un épicier se sert du mot rentrer au lieu à* entrer ? Oseriezvous dire qu'une demoiselle, âgée de quinze ans et quinze minutes, s'est remaria la semaine dernière?

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