CHOEUR
Cet harmonica | joyeux et brillant | Frappe la mesu j re, et, toujours sonnant, | Vient donner aux voix | un accord charmant, | C'est biea le meilleur | accompat^nement. |
Guilare et vi olon,
Hautbois, flûte et. • . . basson,
N'ont pas ce jo li son,
Et je préfère Mon verre.
Dans ce couplet de chanson, j'ai combiné trois rhythmes différents : quatre vers de dix, mesurés par deux et deux» trois et trois syllabes ; quatre vers en taratantara ,* trois glissades et deux féminins.
Percy, rame ne-moi
Dans le bocage.
Où j'ai reçu ta foi
Dans mon jeune âge.
La duchesse de Perlh, en ses Mémoires, voulant attribuer l'air du God tave the kiiig à LuUi, présente les paroles suivantes
comme Toriginal d'un cantique, écrit d'abord pour la maisoo de Saint-Cyr, et que les Anglais auraient traduit :
^ Grand Dieu, sauvez. . le roi !
Grand Dieu, vengez. . le roi t Vive le roi I
Que toujours glo. .• . . rieux, .
Louis victo.» «••.•.. rieuxy
Voie ses en • • nemis
Toujours soumis !
Ce prétendu cantique de Saint-Cyr n*est lui-même qu'une mauvaise traduction de Tair national des Anglais, traduction qui, malgré sa faiblesse, reproduit les glissades anglaises glorious^ mctorUms, modelées comme les nôtres sur les sàruoeioli des Italiens. Si Ton ignorait que la musique de cet air est, non pas de Hœndel, comme plusieurs l'ont assuré, mais de Henri Carey, la version française prouverait du moins que cette mélodie, scandée en sdrucdoUf ne peut appartenir au siècle de Louis Xl\ : nos vers à glissade étttient parfaitement inconnus de Quinault et de Lulli, de Bernard et de Rameau.
Voilà pourtant une seconde nichée de sdruccioli français, antérieure à la décision très impertinente de Scoppa, de Choron, de VInstituf, d'Auger (T. du Journal de FEmpire),
Deux accents sont donnés par nos tragédiens à certains mots trop longs, dont les trois dernières syllabes forment incontestablement un sdrucciob.
Se peut-il qu'en ce temps de désolation.
Voltaire, Avec Bnlannicus je me réconcilie,
Racinb. Font msensiblement à mon inimitié Succéder,,, Je serais sensible à la pitié?
Jdem,
Ces quatre derniers mots s'ajustent encore pour nous donner deux glissades musicales.
Le GU tout dégouttant du meurtre de son père.
tf09 L'AV.UIE.
Si Talnia ne faisait point la glissade ordinaire, s'il s'abstenait de dactyliser sur dégoiutani, c'est qu'il privait l'e de son accent, et prononçait dégouttant^ afin que l'auditoiri^ bien et duement averti, ne confondit pas ce mot avec son homonyme dégoûtant.
M"* Baucourt prononçait in, vm comme les Latins et les Provençaux; elte disait imposa, dans le monologue de Ciéôpatre (V" acte de Rodogune) et non pas aimposa^ suivant l'usage adopté généralement à Paris.
A la Comédie-Française, on prononce Achéron ; à l'Académie royale de Musique, on a toujours dit Akéron : œ mot est ainsi plus leste et mieux sonnanL
AnntT et mer peuvent riraef pour Vœil et non pas pour l'oreille. Mer se prononce comme at>, éclair ^ et armer comme aimer^ charmer. On appelait rUnes normandes les rimes de celle espèce, attendu qu'elles étaient un résultat de la prononcta* tion énergiquement accentuée des Normands. Corneille, Racine, Voltaire même ont fait usage de ces rimes; Molière ne les a point rejetées, «t Mercure commence le prologue d'ilmpkitryon par ces vers :
Tout beau, charmanle Nuit, daignez vous arrêter^ 11 est oerialû secours que de vous on désire,
Et j^ai deux mots à vous dire
De la pari de Jupiter,
— - LfOs comédiens de Paris ont pris depuis quelque temps la mauvaise manière de donner un son retentissant à IV finale des infinitifs en er pour sauver les mauvaises rimes des poètes modernes. » Bruzen La Martinière, Nouveau RecueU des épigrammatistes français, tome i, page 280, Amsterdam, 1730.
Ai-je suffisamment prouvé que les Français possédaient une infinité de mots sdruccioli simples, tels que malicieux^ pressentiment, Apollon, violon, furieux, baliveau, chapiteau, désarmé, solliciteur, assassin, ou composés tels que sombres lieux, vains efpyrts, joli son, mine-moi, etc. ? Faut-il encore que je vous montre des glissades musicalement notées par nos anciens? Les mots cMtelain, bâtonnet rôtisseur, grêlera, ckàii-
L'AVARE. m>3
mentf pâlira^ békmentf hàkra, bâtiment, sûretéy pâmoison, mènera^ etc., etc. ne sont-ils pas des sdrucdoli français incontestablesy puisque nos prédécesseurs ont eu le soin de nous en léguer la notation claire et précise? Ai-je démontré que sur ce point notre langue ne le cédait en rien à celle des Anglais et même des Italiens? Si les docteurs Scoppa, Choron, rinstitut et Télite des journalistes, ayant en tête Auger, se sont trompés grossièrement à cet égard, on doit l'attribuer à la prononciation molle, trainante et lâche des Parisiens. A force de vouloir adoucir les aspérités de la langue françaisoi ils l'ont affadie et décolorée. Ils en ont oblitéré les contours, effacé les accents; et la variété, l'énergie de ses rhythmes a disparu, pour les académiciens du moins. Essayez de polir une médaille admirable. Avec un peu de bonheur, beaucoup de patience et d'émeril, vous la rendrez unie et brillante comme un petit miroir. Enlevez les bosses, les rugosités du pavillon du Louvre» un mur de jardin, au cordeau tiré» va se montrer à la place des reliefs de Jean Goujon.
Il est tout simple que les pères du concile aient jugé qu'il était impossible de dactyliser avec une langue énervée et réduite à l'état de gélatine, de pois piles, comme disaient nos anciens. Aï à a talapou un, j'ai vu les garçons de Robert et de Beauvilliers répondre à cet appel, en apportant mbità de y anguille à la tartan pour un. Ils comprenaient à merveille ce jargon que le chanteur Gaat avait mis à la mode ; croyezle» je vous en doemapaoe d*oeu. Detatapou un, on fit tatapoin, sobriquet dont on affubla les lions de l'époque, à cause de leur manière de s'eipri mer. C'est justement alors, en 1812, que l'Institut prononça le ridicule et mémorable arrêt (1) qui privait le français des sclrticcto/». L'Institut faisait donc preuve de raison, de sagesse, en décidant qu'il était impossible de dactyliser avec Ai à a tata pou un.
( l) Gottraoner «a oamge pureineiit didactique, et d'un ityle pitoyable, u*esl-ce pas en approuver la doclrine ?
Bien que l'argot tatapoin ait perda son crédit, il en reste encore quelques traces, et ce serait faire tort au français que de le confondre avec le langage parisien. Si le tatapoin est banni maintenant de nos académies et du monde galant, changeant de forme, il s'était réfugié dans les églises de Paris. C'est là qu'il jouit de son droit d'asile et d'immunité; c'est là que vous pourrez entendre estropier, lacérer, affadir, énerver le latin à la journée, à dire d'experts. Ce latin parisiennisé, ce jargon qu'une prononciation stupidement vicieuse a rendu barbare, ignoble, immonde, incompréhensible, diabolique même, fait dresser les cheveux à la tête des Anges, Archanges, Séraphins, Trônes et Dominations. Belzébulh seul, qui l'a dicté, se pâme d'aise en l'écoutant. Qu'une paysanne chante naïvement janva kœli^ pour jonua cœliy rien n'est plus excusable ; mais que des théologiens nourris dans les collèges, ayant expliqué Virgile et Cicéron, Horace et Tacite, ayant pâli sur le Begia Pamassi^ pour ajuster l'hexamètre et le pentamètre, le sapphique et l'adonien, s'évertuent à corrompre à beau plaisir de gorge celte langue religieusement sonore, sans avoir égard à ses into-' nations, à ses accents, à sa quantité surtout, si bien réglée et marquée, voilà ce qu'on ne saurait imaginer.
L'esprit d'imitation stupide pour tout ce qui vient de Paris est tel en province, que des ecclésiastiques provençaux d'un haut savoir, qui, naturellement, disent le latin dans la perfection, s'étudient à le prononcer diaboliquement, more parisiensi. Bien mieux ! ils ne craignent pas de se montrer en public coiffés d'un tambourin, d'un étui de manchon, d'un tuyau de poêle, comme Sganarelle, au lieu de conserver le feutre à larges bords, qui seul peut s'harmoniser avec la robe longue. Le tambourin posé sur une soutane offre à l'œil une dissonance intolérable ; ce n'est pas de l'élégance, mais une caricature, une pantalonnade indigne du caractère sacerdotal. Les censures de l'Église ont jadis proscrit les per* ruques des prêtres, elles devraient maintenant frapper sur leurs tambourins.
Les Provençaux, les Normands surtout dactylisent admirablement. Si les Anglais possèdent un avantage aussi précieux, c'est à nous qu'ils le doivent : ils tiennent le sdrucciolo des compagnons de Guillaume-le-Batard. Les Normands et les Provençaux auront civilisé poétiquement l'Angleterre, ritalie, peut-être TEspagne, et Paris n'aura d'autre soin que de priver la France des trésors qu'elle a fait rayonner jusqu'au delà des Alpes et des mers ! Paris logera, paiera des académies pour fausser, énerver, aplatir l'idiome français, pour le déshériter des richesses qu'il a prodiguées à nos voisins! Mais Paris, cette Béolie élégante et musquée de la Gaule, n'est pas la France entière, et c'est fort heureux pour la nation. Le premier duc d'Ëpernon se moquait à bon droit du langage mou, décoloré, trainant de la cour. Il aurait plutôt choisi de perdre sa fortune, que de renoncer à ses dactyles gascons, à son accent d'une poétique et musicale énergie. Il y mettait son honneur, comme un Espagnol à conserver sa moustache.
— L'accent est l'ame du discours, il lui donne le sentiment et la vérité. Se piquer de n'en point avoir, c'est se piquer d'oter aux phrases leur grâce et leur énergie. L'accent ment moins que la parole. C'est peut-être pour cela que les gens bien élevés le craignent tant. C'est de l'usage de tout dire sur le même ton qu'est venu celui de persiffler les gens sans qu'ils le sentent A l'accent proscrit succèdent dèS^ manières de prononcer ridicules, affectées, et sujettes à la mode, telles qu'on les remarque surtout dans les jeunes gens de la cour. Cette affectation de parole et de maintien est ce qui rend généralement l'abord du Français repoussant et désagréable aux autres nations. Au lieu de mettre de l'accent dans son parler, il y met de l'air. Ce n'est pas Iç moyen de prévenir en sa faveur. »
Vous possédiez l'accent et vous l'avez proscrit; la cour et les académies ont dégradé le français, au point d'en faire un animal sans vertèbres. Voilà ce que vous dit le même Jean- Jacques Rousseau, qui d'abord avait refusé l'accent à cet
idiome. Si des littérateurs, privés du sens auditif, ont méconnu, condamné, banni, cette harmonieuse puissance, les musiciens la rétabliront. Sans accent, point de rhythme possible dans le chant vocal; et sans rhythmot 1& musique n'est plus qu'une traînante psalmodie*
— Ennemie de la médisance et de la moquerie , M** la dauphine de Bavière ne pouvait supporter ni comprendre la raillerie et la malignité du style de la cour, d'autant moins qu'elle n'en entendait pas les finesses. En effet , j'ai vu les étrangers, ceux môme dont l'esprit paraissait le plus tourné aux manières françaises, quelquefois déconcertés par notre ironie continuelle; et M"* la dauphine de Savoie, que nous avions eue enfant, n'a jamais pu s'y accoutumer : elle disait assez souvent à M"" de Maintenon , qu'elle appelait sa tante par un badinage plein d'amitié : «^ Ma tante , on se moque do tout ici. » Smwmirs de M"^ de Caylus,
— L'accent de la langue française a changé sous les deux derniers règnes ; la cour de Louis XIV était galante, avait un ton chevaleresque ; sous Louis XV on imitait faiblement les manières nobles et les grâces de l'ancienne cour, enfin le langage des courtisans de nos jours (1788) n'est presque point accentué , et le bon ton consiste à n'en avoir aucun. Doit-on inférer de là que la musique a changé avec l'accent ? Non ; le cri de la nature ne change point , et c'est lui qui constitue la bonne musique. » Grétry, Essais sur la Unsigue,