‹ Molière. PréfChapitre 2 sur 58 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

de la place était un chantier abandonné aux entrepreneurs de maçonnerie, aux tailleurs de pierre, aux menuisiers, peintres de larchitecte C. Garnier. A un signal donné, une grande porte cochère ouvrait ses deux battants, toutes ces personnes assemblées s'engouffraient sous sa voûte, puis lentement, prudemment, les unes étonnées, les autres anxieuses, descendaient un, puis deux, puis trois escaliers et s'arrêtaient devant une cave. Le gaz flambait et alors apparaissait une coquette salle, véritable bonbonnière décorée avec grand art et un goût raffiné. Au bout, on apercevait une petite scène, avec une petite rampe éclairée; — dans le fond de la scène se dressait un orgue qui laissait supposer qu'on y faisait de la musique; plus près, au premier plan, une petite table, avec son petit verre d'eau classique, attendait un conférencier. Cette salle s'intitulait V Athénée, et le public descendu dans cette cave tapissée de velours rouge venait assister à un tournoi oratoire.

Deux hommes, anciens élèves de l'École

PREB'ACE. III

normale, dont l'un fut un éminent professeur, s'étaient entendus pour y établir des conférences régulières. Dans les années qui avaient suivi le coup d'Etat, M. Deschanel avait fait avec grand succès des conférences à Bruxelles, il avait rapporté à Paris l'expérience du métier : un art merveilleux de bien dire, un grand savoir, une connaissance des détails matériels de l'entreprise et de la direction, un grand flair de son public \ Il trouva dans M. Yung un auxiliaire précieux. M. Eugène Yung, écrivain distingué, possédait deux grandes qualités, véritables dons de nature : il savait manier la publicité et donner une direction aux foules; il possédait en outre les qualités d'un administrateur. Tous deux adressèrent un appel aux personnalités de grand renom et de grand talent, et firent de la presse et du public leurs complices. On décida qu'il y aurait trois soirées par semaine, chaque soirée se partage-

1. M. E. Deschanel avait déjà, en 1861, organisé avec l'aide de M. Lissaguaray « les Conférences de la rue de la Paix ».

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