‹ Molière. PréfChapitre 39 sur 58 · L'Avare, Acte IV, se. vu · texte numérisé non relu

L'Avare, Acte IV, se. vu

faux sur notre théâtre : on le représente en

barbon. On se trompe, Arnolphe n'est pas un

barbon; il a quarante ans, et à quarante ans on

n'est pas absolument sexagénaire; c'est dit

dans la pièce. C'est un homme d'esprit, un

homme intelligent, il a d'excellentes relations

mondaines; il ne faut donc le jouer ni en barbon

ni en burlesque; on peut le jouer en comique,

mais non pas en burlesque.

Arnolphe, comme je viens de le dire, n'est

pas l'homme le plus intéressant du monde. Il a

pris une pauvre fille qui lui a été confiée, il Ta

fait élever au village, et comme il est engoué

de ce système qu'une femme doit être sotte,

comme il veut la garder pour lui seul, il compte

abuser de sa simplicité pour l'épouser. S'il est

très épris de la jeune fille, sa passion n'est

pas du tout intéressante, elle est absolument,

constamment bestiale. Il s'exprime, pendant

tout le temps de la pièce, de la façon la plus

bestiale :

Ce mot et ce regard désarment ma colère, Et produit un retour de tendresse de cœur, Qui de son action m'efface la noirceur.

Chose étrange d'aimer, et que pour ces traîtresses Les hommes soient sujets à de telles faiblesses! Tout le monde connaît leur imperfection; Ce n'est qu'extravagance et qu'indiscrétion ; Leur esprit est méchant et leur âme fragile; Il n'est rien de plus faible et de plus imbécile, Rien de plus infidèle; et, malgré tout cela, Dans le monde, on fait tout pour ces animaux-là^ !

Une passion qui s'exprime ainsi ne nous captive pas précisément; elle porte Arnolphe à tant de lâcheté et à tant de bassesse, qu'il va jusqu'à dire à Agnès, si elle veut consentir à l'épouser :

Ta forte passion est d'être brave et leste; Tu le seras toujours, va, je te le proteste; Sans cesse, nuit et jour, je te caresserai. Je le bouchonnerai, baiserai, mangerai.

Tout comme tu voudras tu pourras te conduire; Je ne m'explique point, et cela c'est tout dire 2.

Il est impossible de s'avilir davantage. Voici les quatre vers qui terminent ce morceau; le comique et le tragique y sont tellement enche-

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