‹ Molière's Le médecin malgré lui;Chapitre 17 sur 55 · ACTE n, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈNE II

Géronte. Ce Léandre n'est pas ce qu'il lui faut; il n'a pas du bien comme l'autre.

Jacqueline. Il a un oncle qui est si riche, dont il est hériquié.

GÉRONTf. Tous ces biens à venir me semblent autant 5 de chansons. Il n'est rien teP que ce qu'on tient; et l'on court grand risque de s'abuser, lorsque l'on compte sur le bien qu'un autre vous garde. La mort n'a pas toujours les oreilles ouvertes aux vœux et aux prières de messieurs les héritiers; et l'on a le temps d'avoir les dents longues,^ 10 lorsqu'on attend, pour vivre, le trépas de quelqu'un.

Jacqueline. Enfin, j'ai toujours ouï dire* qu'en mariage, comme ailleurs, contentement passe richesse.'* Les pères et les mères ant cette maudite couteume de demander toujours: Qu'a-t-il? et qu'a-t-elle? Et le compère 15 Piarre a marié sa fille Simonette au gros Thomas pour un q uarquifé de vaigne*^ qu'il avait davantage que le jeune Robin, oli aile avait bouté son amiquié; et v'ià que la pauvre creyature en est devenue jaune comme un coing et n'a point profité tout depuis ce temps-là. C'est un bel 20 exemple pour vous, monsieu. On n'a que son plaisir en ce monde; et j'aimerais mieux bailler à ma fille un bon mari qui li fût agriable que toutes les rentes de la Biauss e.*

Géronte. Peste! madame la nourrice, comme vous dégoisezl Taisez-vous, je vous prie. 25

Lucas, frappant^ à chaque phrase quUl dity sur la poitrine de Géronte. Morgue!^ tais-toi, t'es une impertinente. Monsieu n'a que faire de', tes discours, et il sait ce qu'il a à faire. Monsieu est le père de sa fille ; et il est bon et sage pour voir ce qu'il li faut. 30

Géronte. Tout doux! Oh! tout doux!

Lucas, frappant encore sur P épaule de Gérante, Monsîeu, je veux un peu la mortifier, et li apprendre le respect qu'elle vous doit.

Géronte. Oui; mais ces gestes ne sont pas néces- 5 saires.

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