‹ Molière's Le médecin malgré lui;Chapitre 21 sur 55 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

LuciNDE, continue les mêmes gestes, Han, hi, hon, han, han, hi, hon.

Sganarelle. Quoi ?

LuciNDE. Han, hi, hon.

Sganarelle. Han, hi, hon, han, ha. Je ne vous en- 5 tends point. Quel diable de langage est-ce là?

Géronte. Monsieur, c'est là sa maladie. Elle est devenue muette, sans que jusques ici on en ait pu savoir la cause; et c'est un accident qui a fait reculer son mariage. 10

Sganarelle. Et pourquoi ?

Géronte. Celui qu'elle doit épouser veut attendre sa guérison pour conclure les choses.

Sganarelle. Et qui est ce sot-là, qui ne veut pas que sa femme soit muette? Plût à Dieu^ que la mienne eût 15 cette maladie! Je me garderais bien de^ la vouloir guérir.

Géronte. Enfin, monsieur, nous vous prions d'employer tous vos soins pour la soulager de son mal.

Sganarelle. Ah ! ne vous mettez pas en peine. Ditesmoi un peu, ce mal l'oppresse-t-il beaucoup? 20

Géronte. Oui, monsieur.

Sganarelle. Tant mieux. Sent-elle de grandes douleurs ?

Géronte. Fort grandes.

Sganarelle, à Lucinde, Donnez-moi votre bras. (-<4 25 Géronte,) Voilà un pouls qui marque que votre fille est muette.

Géronte. Hé! oui, monsieur, c'est là son mal; vous l'avez trouvé tout du premier coup.

Sganarelle. Ah ! ah ! 30

Jacqueline. Voyez comme il a deviné sa maladie!

Sganarelle. Nous autres^ grands médecins, nous

connaissons d'abord^ les choses. Un ignorant aurait été

embarrassé, et vous eût été dire:* C'est ceci, c'est cela;

mais moi, je touche au but du premier coup,^ et je vous

S apprends que votre fille est muette.

Géronte. Oui; mais je voudrais bien que vous me pussiez dire d'ob cela vient.

Sganarelle. Il n'est rien de plus aisé. Cela vient de ce qu'elle a perdu la parole, lo Géronte. Fort bien; mais la cause, s'il vous plaît, qui fait qu'elle a perdu la parole ?

Sganarelle. Tous nos meilleurs auteurs vous diront que c'est Pemgêchement de l'action de sa langue.

Géronte. Mais encore, vos sentiments sur cet em- 15 pêchement de l'action de sa langue?

Sganarelle. Aristote, là-dessus, dit . . . de fort belles choses.

Géronte. Je le crois.

Sganarelle. Ah ! c'était un grand homme.

30 Géronte. Sans doute.

Sganarelle. Grand homme tout à fait; (^levant le bras

\^ depuis le coude) un homme qui était plus grand* que moi

>de tout cela. Pour revenir donc à notre raisonnement, je

tiens que cet empêchement de l'action de sa langue est

35 causé par de certaines humeurs,* qu'entre nous autres^

savants nous appelons humeurs peccantes,* c'est-à-dire . . .

humeurs peccantes ; d'autant que les vapeurs formées par

les exhalaisons des influences qui s'élèvent dans la région

des maladies, venant . . . pour ainsi dire . . . à. . . . Enten-

30 dez-vous le latin .?

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