ACTE II, SCÈNE IV
Gêronte. En aucune façon.
SgànarellE) se levant brusquement. Vous n'entendez point le latin ?
Géronte. Non.
Sganarelle, en faisant diverses plaisantes postures, 5 Cabricias^ arci thuram^ caialamus^ singulariter^ nominativoy haec musa, la muse, bonus, bona, bonum, Deus sanctus, estne oratio latinas^ Etiam, oui. Quare, pourquoi? Quia substantivo, et adjeciivum concordat in generiy numerum, et casus, 10
Géronte. Ah! que n*ai-je étudié!^
Jacqueline. L'habile homme que v'ià!
Lucas. Oui, ça est si biau que je n'y entends goutte.*
Scan AR ELLE. Or, ces vapeurs, dont je vous parle, venant à passer du côté gauche oli est le foie, au côté 15 droit oh est le cœur, il se trouve que le poumon, que nous appelons en latin armyan,^ ayant communication avec le cerveau, que nous nommons en grec nasmus, par le moyen de la veine cave,* que nous appelons en hébreu cubile, rencontre en son chemin lesdites vapeurs qui remplissent 20 les ventricules de l'omoplate ;• et parce que lesdites vapeurs. . . . Comprenez bien ce raisonnement, je vous prie; et parce que lesdites vapeurs ont une certaine malignité . . . Écoutez bien ceci, je vous conjure.
Géronte. Oui. 25
Sganarelle. Ont une certaine malignité qui est causée. . . . Soyez attentif, s'il vous plaît.
Géronte. Je le suis.
Sganarelle. Qui est causée par l'âcreté des humeurs engendrées dans la concavité du diaphragme, il arrive 30
que ces vapeurs. . . . Ossabandus^ nequeis, neçuer, potarinum, quipsa milus. Voilà justement^ ce qui fait que votre fille est muette.
Jacqueline. Ah ! que ça est bian dit, notre homme ! 5 Lucas. Que n'ai-je' la langue aussi bian pendue!
Géronte. On ne peut pas mieux raisonner, sans doute.
Il n'y a qu'une seule chose qui m*a choqué: c'est l'endroit
du foie et du cœur. Il me semble que vous les placez
autrement qu'ils ne sont ; que le cœur est du côté gauche,
lo et le foie du côté droit.
Sganarelle. Oui, cela était autrefois ainsi ; mais nous avons changé tout cela,* et nous faisons maintenant la médecine d'une méthode toute nouvelle.
Géronte. C'est ce que je ne savais pas, et je vous 15 demande pardon de mon ignorance.
Sganarelle. Il n'y a point de mal ; et vous n'êtes pas obligé d'être aussi habile que nous.
Géronte. Assurément. Mais, monsieur, que croyezvous qu'il faille faire à cette maladie?
20 Sganarelle. Ce que je crois qu'il faille faire ?
Géronte. Oui.
Sganarelle. Mon avis est qu'on la remette sur son lit, et qu'on lui fasse prendre, pour remède, quantité de pain trempé dans du vin.
25 GÉRONTE. Pourquoi cela, monsieur?
Sganarelle. Parce qu'il y a dans le vin et le pain, mêlés ensemble, une vertu sympathique qui fait parler. Ne voyez- vous pas bien qu'on ne donne autre chose aux perroquets, et qu'ils apprennent à parler en mangeant de cela? 30 Géronte. Cela est vrai. Ah I le grand homme ! Vite, quantité de pain et de vin.