SCÈNE IX
MASCARILLE
Ne trouvez-vous pas la pensée bien^ exprimée dans le
chant? Au voleur/, Et puis, comme si l'on criait
bien fort : au^ auy au^ aUy auy au voleur/ £t tout d'un coup, comme une personne essoufflée: au voleur/
MADELON
C'est là savoir le fin des choses, le grand fin, le fin 5 du fin. Tout est merveilleux, je vous assure; je suis enthousiasmée de l'air et des paroles.
CATHOS
Je n'ai encore rien vu de cette force-là.
MASCARILLE
Tout ce que je fais me vient naturellement, c'est sans étude. 10
MADELON
La nature vous a traité en vraie mère passionnée, et vous en êtes l'enfant gâté.
MASCARILLB,
A quoi donc passez-vous le temps?
A rien du tout.
MADELON
Nous avons été jusqu'ici dans un jeûne effroyable de i; divertissements.
MASCARILLE
Je m'offre à vous mener Tun de ces jours à la comédie, si vous voulez ; aussi bien ^ on en doit jouer une nouvelle que je serai bien aise que nous voyions ensemble.
MADELON
Cela n'est pas de refus.
MASCARILLE
5 Mais je vous demande d'applaudir comme il fauf^ quand nous serons là; car je me suis engagé de^ faire valoir la pièce, et l'auteur m'en est venu prier encore ce matin. C'est la coutume* ici qu'à nous autres gens de condition les auteurs viennent lire leurs pièces noii-
10 velles, pour nous engager à les trouver belles, et leur donner de la réputation; et je vous laisse à penser si, quand nous disons quelque chose, le parterre* ose nous contredire. Pour moi, j'y suis fort exact; et quand j'ai promis à quelque poète, je crie toujours: «Vojlàqui est
15 beau,» devant que*^ les chandelles soient allumées.
MADELON
Ne m'en parlez point: c'est un <idmirable lieu que Paris; il s'y passe cent choses tous les jours qu'on ignore dans les provinces, quelque spirituelle qu'on puisse être.
20 C'est assez: puisque nous sommes instruites, nous ferons notre devoir de nous écrier comme il faut sur tout ce qu'on dira.