‹ Molière's Les précieuses ridiculesChapitre 17 sur 46 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

MASCARILLE

Je ne sais si je me trompe, mais vous avez toute la mine d'avoir fait quelque comédie.

MADELON

Eh! il pourrait être quelque chose de ce que vous dites.

MASCARILLE

Ah! ma foi, il faudra que nous la voyions. Entre 5 nous, j'en ai composé une que je veux faire représenter.

CATHOS

Hé, à quels comédiens la donnerez-vous ?

MASCARILLE

Belle demande! Aux grands comédiens.* Il n'y a qu'eux qui soient capables de faire valoir les choses; les autres sont des ignorants qui récitent comme l'on parle; 10 ils ne savent pas faire ronfler les vers, et s'arrêter au bel endroit: et le moyen de connaître où est le beau vers, si le comédien ne s'y arrête, et ne vous avertit par là qu'il faut faire le brouhaha?

CATHOS

En eflFet, il y a manière de faire sentir aux auditeurs 15 les beautés d'un ouvrage; et les choses ne valent que ce qu'on les fait valoir.

Que vous semble de ma petite-oie?* La trouvez-vous congruante' à l'habit?

CATHOS

Tout à fait.

MASCARILLE

Le ruban est bien choisi.

MADELON

Furieusement bien. C'est Perdrigeon* tout pur.

MASCARILLE

Que dites-vous de mes canons?

MADELON

5 Ils ont tout à fait bon air.

MASCARILLE

Je puis me vanter au moins qu'ils ont un grand quartier^ plus que tous ceux qu'on fait.

MADELON

Il faut avouer que je n'ai jamais vu porter si haut l'élégance de l'ajustement.

MASCARILLE

lo Attachez un peu sur ces gants la réflexion de votre odorat.

Ils sentent terriblement bon.

CATHOS

Je n'ai jamais respiré une odeur mieux conditionnée.

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