SCÈNE XI
MASCARILLE
Ne vous étonnez pas de voir le Vicomte de la sorte: il ne fait que sortir^ d'une maladie qui lui a rendu le visage pâle comme vous le voyez.
JODELET
Ce sont fruits^ des veilles de la cour et des fatigues de la guerre. 5
MASCARILLE
Savez-vous, Mesdames, que vous voyez dans le Vicomte un des vaillants hommes du siècle? C'est un brave à trois poils.*
JODELET
Vous ne m'en devez rien,* Marquis; et nous savons ce que vous~savez faire aussi. 10
MASCARILLE
Il est vrai que nous nous sommes vus tous deux dans l'occasion.*
JODELET
Et dans des lieux oti il faisait fort chaud.
MASCARILLE, Us regardant toutes deux.
Oui; mais non pas si chaud qu'ici. Hai, hai, hail
JODELET
Notre connaissance s'est faite à l'armée; et la pre- 15 mière fois que nous nous vîmes, il commandait un jiÊgiment de cavalerie sur les galères de Malte.*
r ' / .,/ MASCARILLE.
Il est vrai; mais vous étiez pourtant dans l'emploi avant que j'y fusse; et je me souviens que je n'étais que petit officier encore,^ que vous commandiez deux mille chevaux. * i*^
JODELET
5 La guerre est une belle chose; mais, ma foi, la cour récompense bien mal aujourd'hui les gens de service^ comme nous.
MASCARILLE
C'est ce qui fait que je veux pendre l'épée au croc.
CATHOS
Pour moi, j'ai un furieux tendre^ pour les hommes 10 d'épée.
MADELON
Je les aime aussi; mais je veux que l'esprit assaisonne la bravoure.
MASCARILLE, ^^ '^'^ '^- 'j Â-i^^^^-^K
Te souvient-il. Vicomte, de cette demi-lune que nous emportâmes sur les ennemis au siège d'Arras?^
JODELET
5 Que veux-tu dire avec ta demi-lune? C'était bien une lune toute entière.*
MASCARILLE
Je pense que tu as raison.
, JODELET
Il m'en doit bien souvenir, ma foi: j'y fus blessé à la jambe d'un coup de grenade, dont je porte encore les