‹ Molière's Les précieuses ridiculesChapitre 22 sur 46 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

MADELON

/ AManzor, dites aux gens de Monsieur qu'ils aillent - quérir des violons, et' nous faites venir ces Messieurs et ces Dames d'ici près, pour peupler la solitude de notre bal.

MASCARILLE

Vicomte, que dis-tu de ces yeux? S

JODELET

Mais toi-même, Marquis, que t'en semble?

MASCARILLE

Moi, je dis que nos libertés auront peine à sortir d'ici les braies nettes.^ Au moins, pour moi, je reçois d'étranges se cousse s, et mon cœur ne tient plus qu'à un filet. 10

MADELON

Que tout ce qu'il dit est naturel I II tourne les choses le plus agréablement du monde.

CATHOS

Il est vrai qu'il fait une furieuse dépense en esprit.

MASCARILLE

Pour vous montrer que je suis véritable,^ je veux faire un impromptu là-dessus. 15

CATHOS

Eh ! je vous en conjure de toute la dévotion de mon cœur: que nous ayons quelque chose qu'on ait fait pour nous.

JODELET

J'aurais envie d'en faire autant; mais je me trouve un peu incommodé de la veine poétique, pour la quantité^ des saignées que j'y ai faites ces jours passés.

A^VSCARILLE.

Que diable est cela? Je fais toujours bien le premier 5 vers; mais j'ai peine à faire les autres. Ma foi, ceci est un peu trop pressé: je vous ferai un impromptu à loisir, que vous trouverez le plus beau du monde.

JODELET

Il a de l'esprit comme un démon.

MADELON

Et du galant, et du bien tourné.

MASCARILLE

10 Vicomte, dis-moi un peu, y a-t-il longtemps que tu n'as vu la Comtesse?

JODELET

Il y a plus de trois semaines que je ne lui ai rendu visite.

MASCARILLE

Sais-tu bien que le Duc m'est venu voir ce matin, et 15 m'a voulu mener à la campagne courir un cerf avec lui ?

MADELON

Voici nos amies qui viennent.

Page 1