LAZARILLE
Ce ne sont que des os, Et je crois que bien tost, plus secs que vieux squelettes, On s'en pourra servir au lieu de castagnettes ' !
Quelle lâcheté dans l'attaque et quelle méchanceté préméditée ! Molière mourant n'est pas respecté, si je puis dire, dans son râle. Molière malheureux le sera-t-il dans son foyer? Écoutez :
I. On retrouve là, dans les questions incessantes d'Élomire \.Lazarille, ai- je pas le teint blesme? etc., la première idée du fameux : Demandez plutôt â Lazarille ! qu'une farce, le Pied de Mouton de Martainville, rendit populaire près de deux siècles plus tard.
Chez le grand Scaramouche il va soir et matin. Là, le miroir en main, et ce grand homme en face, Il n'est contorsion, posture ny grimace.
Que ce grand écolier du plus grand des bou£fons Ne fasse et ne refasse en cent et cent façons ; Tantost pour exprimer les soucis d'un ménage. De mille et mille plis il fronce son visage; Puis joignant la pâleur i ces rides qu'il fait, D'un mary malheureux il est le vray portrait.
Voilà le trait lancé, il est entré dans la plaie ; il ne s'agit plus que de le tourner et de le retourner dans la blessure. Ce B. de Chalussay s'y entend à merveille. Il s'amuse, il ricane, il s'écrie :
Et l'on croit, tant ses yeux peignent bien cet affront, Qu'il a la rage au cœur, et les cornes au front.
C'est l'insecte vil rendant le lion furieux. Ailleurs, l'auteur d'Elomire hypocondre fait à Molière un grief de sa principale gloire; il lui reproche d'avoir fait succéder la farce et le tabarinage à la noble tragédie d'autrefois. L^acteur Florimont, dans Elomire, parlant de ce héros qui a purgé la scène et corrigé le théâtre, — c'est de Richelieu qu'il s'agit et non, comme on le pourrait croire, de Corneille, — ce Florimont dit que depuis Molière :
Ces vers pompeux et forts, ces grands raisonnemens, Qu'on n^écoute jamais sans des ravissemens, Ces chefs-d'œuvre de l'art, ces grandes tragédies Par ce bouffon célèbre en vont estre bannies ;
Et nous, bien tost réduits à vivre en Tabarins, Allons redevenir l'opprobre des humains.
Pauvre sot qui ne voit pas que le rire clair de Molière chasse, comme un rayon les hibous, toutes les pompeuses et poudreuses tragédies! — Mais la haine littéraire ne dicte pas seule à Le Boulanger de Chalussay ses odieuses attaques. Lui aussi, l'auteur d'Elomire hypocondre se mêle d'être dévot et de vouer Molière au bûcher. Il le menace même charitablement de l'enfer, il lui parle avec malédictions de son salut :
ÉLOMIRE
Mon salut ? Je suis donc dans un péril extrême !
FLORIMONT
Oui, grâce aux saletez de ta Tarte à la crime; Grâce à ton Imposteur, dont les impietez T'apprêtent des fagots déjà de tous costez.
ÉLOMIRE
Hé! ce sont des cotrets.
FLORIMONT
Trêve de raillerie ; Le cotret pourroit bien estre de la partie *.
Arrêtons-nous. Voilà, ce me semble, assez d'injures et assez de fange. Ce qu'a supporté Molière peut nous rendre patients aujourd'hui, dans nos