‹ Molière sa vie et ses œuvresChapitre 27 sur 34 · I. Tome IV · texte numérisé non relu

I. Tome IV

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c'est i coup s3r l'oraison fan ibre que doui alloni

11 Cléante m'estant Tsnu voir le lendemain que Molière mourut, nous Wmoignâmes le regret que noua avione de ta perle, li me dit qu'il avoit envie de faire son oraison funèbre ;. je me moquaj de lay. Il me dit qu'il la feroit et qu'il la récileroit mesme devant ceux que je vaudroia. j'en demenray d'accord, et luj dis que j'avois f^t faire une Cbaise, parce que Molière devoit venir jouer le Malade Imaginaire chez moy, et qu'elle Iny serïiroil. Il m'a tenu parole e! nous allons voir s'il s'acquittera bien de ce qu'il m'a promis. Comme Ctéante estait nn homme fort enjoué et qui diver-

tous avec empressement dans U salk où on les attendoit : elle eatoit toute tendue de deuil et remplie d'écuasous aui armes du défunt. Clianle n'eust pas plutost appris que toute la compagnie avoit pris place, qu'ayant pris une robe noire, il

l'assemblée. II commença de la sorte :

• Ma feraiiK est motte, je ta pleut vivoil, nous nous querellerions (acte j l'Amour médecin, de VAaIheur dont non aujourd'hui la perlé). Quoiqu'il semb

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paroles ne conviennent pas au sujet qui m'a fait monter dans cette chaise, il faut pourtant qu'elles y servent : je sçaurai les y accomoder, et je suivray en cela l'exemple de bien d'autres. Répétonsles donc encor une fois, ces paroles, pour les appliquer au sujet que nous traitons : Ma femme est morte, je la pleure ; si elle vivait, nous nous querellerions. Molière est mort, plusieurs le pleurent, et, s'il vivoit, ils luy porteroient envie. Il est mort, ce Grand Réformateur de tout le genre humain, ce Peintre des Mœurs, cet Introducteur des Plaisirs, des Ris et des Jeux, ce Frondeur des vices, ce redoutable Fléau de tous les turlupins ; et pour tout renfermer en un seul mot, ce Morne de la terre qui a si souvent diverty les dieux« Je ne puis songer à ce trépas, sans faire éclater mes sanglots. Je sçay bien toutefois que vous attendez autre chose de moy que des soupirs et des larmes, mais le moyen de s'empêcher d'en répandre un torrent ! Que dis-je un torrent ! Ce n'est pas assez. Il en faut verser un fleuve. Que dis-je un fleuve ! Ce seroit trop peu, et nos larmes devroient produire une autre mer.

« ... Il faut passer à la division des parties de cet Éloge, dont le pauvre défunt ne me remerciera pas ; mais, avant d'entrer dans cette division, faisons une pose utile à nos santez, toussons, crachons et nous mouchons harmonieusement. Il faut quelquefois reprendre haleine, c'est ce qui nous fait vivre. »

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Cléante s'occupe alors de Molière auteur, puis

traits inMressants pour sa biographie :

Il Non-seukmen( , il jouoit bled la coniédie, mais eacore il ïfayoit bien la faire jouer, n

•c Si l'art qui approctie le plus de la nature est le plus estimé, ae devous-uous pas admirer les ouvrages du defun!? u

u H n'estoil pas seulement uu tiabile poète, mais encore un grand philosophe, n

II a joué les Jeunes, les Vieux, les Sains, les Malades, les Cocus, les Jaloux, les Marquis, tes Villageois, les Hypocrites, tus Imposteurs, les Campagnards, tes Précieuses, les FâcheuK, les AïocaW, les Ignorants, les Procureurs, les Mïsantropes, les Médecins, les Apoliquaires, les Chinirgiens, les Avares, les Bourgeois qui affectent d'estra de qualité, les Philosophes, les Aulheurs, les Frovinciaui, les faux Braves, les grands Diseurs de rien, lesGeasqui n'aiment qu'à contredire, les Coquettes,

Sergeus, les Archers et tous les Impertinens enfin de tous sens, de tout ^gc et de taule condition. Que tous ces noms m'ont altéra ! Je n'en puis pins,

pas achever ce que j'ay entrepris.

u En faisant voir des portraits de Pavarice, il a

sur les modes , il les a rendues plus sages. Ah ! combien de cocus a-t-il empeschés de prendre leurs gants et leur manteau en voyant entrer chez eux les galants de leurs femmes ? Combien a-t-il fait changer de langages précieux, aboly de turlupinades ? Combien-a-t-il redressé de marquis à gros dos ? Combien a-t-il épargné de sang à toute la France, en faisant voir ^inutilité des fréquentes saignées ?

(I Enfin, ajoute Cléante, toute la France lui est obligée de l'avoir tant fait rire. »

Voilà pour Vauteur. Voici pour l'acteur :

c( Il estoit tout comédien depuis les pieds jusqu'à la teste ; il sembloit quMl eut plusieurs voix, tout parloit en luy ; et d'un pas, d'un sourire, d'un clein d'œil et d'un remuement de teste il faisoit plus concevoir de choses que le plus grand parleur n'auroit pu dire en une heure. »

« Il faisoit jouer jusques aux enfans. On voit par là que ce n'est pas sans raison qu'il disoit qu'il feroit jouer jusques à des Fagots. »

 ce moment, dans la salle où Cléante prononçait son oraison, salle tendue de noir et ornée, on l'a vu, d'écussons aux armes du défunt, et parsemée de miroirs pour indiquer qu'il voyait tout, de singes, parce qu'il contrefaisait tout et de masques, parce qu'il démasquait tout, « deux marionnettes, dit le Mercure, paroissent aux deux coins de la chaise où est placé Cléante. » C'est Momus et Molière, et le dialogue suivant s'établit entre eux.

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MOMUS

« Que nous sommes obligés à la Mort, de nous avoir envoyé l'Illustre Molière dont le nom fait tant de bruit par tout le Monde !

« Vous voyez, cher Momus, je viens voir les Dieux et j'ay voulu jouer la Mort, afin qu'elle me prit, croyant se venger, et je l'ay trompée par ce stratagème.

MOMUS

« Vous ne me dites pas tout ; vous vous entendez avec la Mort et vous venez voir les défauts des Dieux pour en aller divertir les Mortels.

« Non , Momus, je ne puis plus retourner au monde.

MOMUS

« J'en suis fâché, car les dieux ne m'estimeront plus et vous les divertirez mieux que moy.

tt J 'espère les bien divertir.

MOMUS

« Il faut du temps pour les bien connoistre.

« Pas tant que vous pensez.

MOMUS

« C'est assez, vous pouriez vous échaper. Loin de

l6^ MOLIÈRE.

VOUS quereller allez songer à vous unir, pour bien divertir les dieux. »

La péroraison de cette oraison funèbre est pleine de la pompe du temps : c'est du Bossuet. excentrique :

« Âh ! remplissons toutes ces urnes avec l'eau de nos pleurs. Il nous en a fait répandre de joye, versons-en de douleur auprès de son tombeau; honorons-le de toutes manières. Riches, faites faire des statues à sa gloire. Beaux esprits, apportez des ouvrages qui ne chantent que ses louanges. Et vous, peuples, donnez-luy des larmes, si vous . ne les pouvez accompagner d'autre chose. Il est mort, ce grand homme, mais il est mort trop tost pour luy, trop tost pour les siens, trop tost pour ses camarades, trop tost pour les grands divertissements de son Prince, trop tost pour les Libraires, Musiciens, Danceurs et Peintres, et trop tost enfin pour toute la Terre. Il est mort, et nous vivons ; cependant il vivra après nous; il vivra toujours et nous mourrons; c'est le destin des grands hommes. »

« Cette oraison funèbre, ajoute le Mercurje galant f fut à peine achevée que chacun se leva et donna mille louanges à Cléante^ qui tourna luy mesme en plaisanterie ce qu'il venoit de faire. Comme il estoit desjà très tard, chacun se retira bientôt après. »

On a pu juger par cette oraison fort originale, étrange même^ et réimprimée ici pour la première

LES PORTRAITS DE MOLIÈRE. l6$

fois, — du bruit qu'avait fait, en mourant, le comédien et l'auteur de génie, que quelques envieux avaient osé déclarer inférieur à Scaramouche, son maître.

L'heure se fit attendre où Molière devait être loué, non pas seulement sur ce ton hyperbolique, demi-sérieux, demi-badin, par un bel esprit qui l'aimait à moitié, mais encore par le pays, par l'Académie, par la nation tout entière. « Je cherche dans Paris les statues de Corneille et de Molière, s'écriait Saint-Foix i. Où sont-elles? Oiî sont leurs mausolées? »

En 1778, l'Académie française avait fait placer chez elle le buste de Molière et Saurin avait écrit ce vers ;

Rien ne manque à sa gloire, il manquait à la nôtre !

En 1792, le 6 juillet, les administrateurs d'une section du quartier Montmartre firent déterrer le cercueil de Molière. La pierre tumulaire qu'Armande Béjart avait fait placer au cimetière Saint- Joseph fut transportée, par les ^oins d'Alexandre Lenoir, au Musée des Petits-Augustins, et on éleva un mausolée à Molière, au cimetière du Père-Lachaise, côte à côte avec La Fontaine. Plus tard on plaça l'image de Molière, rue de Richelien, près de la maison où il rendit le dernier soupir.

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