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LA T&OUPB DE MOLIÈRE

PRÈS avoir parlé de Molière, il est juste de parler un peu de ses collaborateurs^ j'entends des comédiens qui partagèrent avec lui le^ fatigues des premières années de luttes et les succès des années de gloire. Les ouvrages excellents de MM. Bazin, Soleirol, Hillemacher, fournissent sur les acteurs de la troupe de Molière des détails intéressants et bons à retenir. M. Ch. Louandre, dans l'édition qu'il a donnée des œuvres de Molière (Bibliothèque-Charpentier), a consacré une longue note à la troupe du grand comique. Mais c'est surtout au volume (avec figures) de M. F. Hillemacher qu'il faut demander des renseignements en un tel sujet i.

I. Galerie historique des portraits des comédiens de la troupe de Molière (Lyon, Nicolas Scheuring, in-8. 1S69, 2e édit.).

Lortqui Molière parcourait la proiiacc, sa troupe, qu'il esc bïea difficile de reconstituer pour cette époque de débuta, comprenait, d'aprèi Grimarest, les deui frères Jacques et Louii Béiart, Madeleine Béjart, femme entendue et véritable directrice, qui remaniait parfois les piices selon les nécessité de la mise en scène, Du Parc, dit Gros-René, et la Du Farc, la de Brie et son mari, en outre le fameux pitissier-poiile de la rue Saint-Honoré, François Hagueneau, que d'Assoucy a raillé comme faiseur de petits pâtis et moucheur de chandelles. On a irouy* encore, à

distribution des rôles da la tragédie d'Andromède (de Corneille), liste écrite de la main mSme de Molière et qui atait appartenu à Pont de Vesle. Cette liste nous apprend que Du Parc, de Brie, l'Éguisé, Béjart, de Vaucelles, Dufresne, Molière, Cliaateauaeuf et l'EsUng, puis M"" Béjarl, de Brie, Hervé, Menou, Magdelon et Vfluoellea, faisaient, vers ifiso, partie de la troupe ambulante de Molière.

Mais, pour nous en tenir i ce qu'on pourrait appeler la troupe fixe de Molière, la troupe da Falais-Royal , nous allons donner rapidement quelques détails sur les comédiens et les comédiennes qui en firent partie.

BiiAnT (Joseph), l'aîné (i6^%.i6ss), le frère ■ aîné des sceurs Béjart. — Joua avec Molière et Du Parc au Jeu de Paume de la Croii-Blanche, sur

V Illustre-Théâtre. Joseph Béjart était bègue. Il joua le rôle de Pandolfe dans VEstourdy»

BÉJART (Louis), le cadet, dit l'Éguisé (1645- 1678). — Dans le tragique, il jouait les troisièmes rôles, dans le comique les pères et les seconds valets. Il joua la Flèche dans VAvare, Oronte dans M, de Pourceaugnac, et, chose plus singulière pour nous, mais toute naturelle alors. Madame Femelle dans Tartuffe. Comme son frère était bègue, Louis Béjart était boiteux. Il avait reçu un coup d'épée en séparant deux de ses amis qui se battaient en duel sur la place du Palais-Royal.

Du Fresne (Ch.) (164S-KÏ80). — Comédien de V Illustre - Théâtre et peintre du roi. On le trouve à Lyon, à Narbonne, à Toulouse, avec la troupe de Molière.

Du Parc (René Berthelot), dit Gros-René (164S- 166$). — Un des fondateurs à^V Illustre-Théâtre, fils de bonne bourgeoisie entraîné par le goût de la comédie. Jouait Gros-René dans le Dépit amoureux et dans Sganarelle.

De Brie (Edme Villequin ou Wilquin) (i6^y 1676). — Créa, entre autres choses, M, Loyal dans Tartuffe, le maistre d'armes dans le Bourgeois gentilhomme et Diafoirus père dans le Malade imaginaire.

Brécourt (Guillaume Marcoureau, sieur de).— Comédien excellent, auteur médiocre ; Louis XIV disait de lui : « Cet homme-là ferait rire des pierres ! » Brave et excellent, il écrivit VOmhre de

Molière, imprimée à la suite des œuvres du maître. Il joua Jodelet des Précieuses ridicules, Alain de V Ecole des femmes, Pancrace an Mariage forcé.

La Grange (Charles Varlet, sieur de), né à Amiens, mort en 169a. — ' Intelligent acteur qui devait, avec un ami de Molière, Vinot, donner au public la première édition des Œuvres de Molière (Paris, Thierry, i632). — Représenta nombre de personnages dans les comédies de Molière, entre autres Valère dans VEscole des maris. Don Juan dans Don Juan, Valère dans Tartuffe. Fort honnête homme et très-estimé. La publication de son y^eg-t^^re depuis si longtemps annoncée par M. Éd. Thierry sera un événement véritable.

Du Croist ( Philibert Gassot, sieur ), gentilhomme beauceron et comédien excellent. — Il eut Fhonneur de créer le personnage de Tartuffe, Quitta le théâtre en 1689 et mourut en 1695 ; son ami, le curé de Conflans-Sainte-Honorine, près de Paris, n'eut pas le courage de l'enterrer ; il pria un confrère de le faire à sa place.

Jodelet ( Julien Bedeau , dit ). — Un des meilleurs comédiens du xvii® siècle, un vrai bouffon, appartint à la troupe du Marais et de VHôtel de Bourgogne: Scarronle goûtait fort; il ne joua qu'un seul rôle dans les comédies de Molière, le rôle du vi(ïomte de Jodelet dans les Précieuses ridicules, rôle que reprit Brécourt. Consulter sur Jodelet les Historiettes de Tallemant des Réaux et la Galette de Loret.

l80 MOIIÈRE.

Hormis qu'il parlait mieux du nez...

Il fut un comique agréable.

L'EsPY (Bedeau, sieur de), frère de Jodelet,

quitta la troupe du Marais pour entrer, en 1659,

dans la troupe de Molière. Joua Gorgibus dans

les Précieuses ridicules et Chrysale de VÉcole des

femmes.

Beauval (Jean Pitel, sieur de). — Honnête homme, talent modeste ou médiocre, jouait cependant avec succès les rôles déniais, Diafoirus fils, par exemple, dans le Malade imaginaire.

LoNGGHAMP (Henri Pitel, sieur de), son frère cadet, marqua assez peu dans la troupe de Molière, joua plus tard les Crispins.

La Thorillière (François Le Noir, le père,

' sieur de). — Gentilhomme et capitaine de cavalerie,

mordu du démon du théâtre. Fort bel homme, bon comédien quoique Collé, dans son Journal, le traite de grimacier. Il faisait Philinte dans le Misanthrope, Trissotin dans les Femmes sçavantes, Jupiter dans Amphitryon, etc.

Hubert (André), acteur du Marais, engagé par Molière, joua les travestis, M™" de Sottenville, M™* Femelle, M"« Jourdain, d'autres encore.

Vécut jusqu'en 1700.

Baron (Michel Bayron, dit). — On Pa appelé le comédien le plus surprenant de la scène française (M. Hillemacher). Michel Baron disait de luimême : « Il faut cent ans pour faire un César ;

APPENDICE. iKl

mais il faudrait dix siècles pour faire un comédien tel que moi ! » Excellent dans les rôles tragiques, il fut l'élève de Molière. Ce Baron « l'homme à bonnes fortunes » est celui-là même qui allait réclamer son bonnet chez une grande dame qui semblait le méconnaître après avoir passé la nuit avec lui. Il joua Octave . dans les Fourberies de Scapin et Âriste dans les Femmes sçavantes. Le beau petit baron , comme on disait, avait aussi représenté l'Amour dans Psyché.

La Thorillière (Pierre Le Noir, le fils) ne figura guère dans la troupe de Molière que pour jouer un petit Amour dans Psyché.

LuLLi. — S'étonnera-t-on de trouver le compositeur Lulli parmi les acteurs de la troupe de Molière? Non-seulement Lulli dansa souvent dans les ballets ou cérémonies de Molière, mais, pour amuser le roi et désarmer sa défaveur, Lulli joua le rôle de M, de Pourceaugnac et réussit à faire rire Sa Majesté. M. Hillemacher \t catalogue bouz le pseudonyme de Giam. Battista Chiacchiarone *.

I. A propos de Lulli, je trouve, dans une publication entreprise par feu Quérard, le bibliographe, et intitulée h Quérard (tome II, p. 640), un renseignement qui vaut d'être recueilli sur un factum curieux : Requeste du sieur Guichard contre les sieurs J.-B. Lully, Sébastien Âuhry et consorts, touchant les prétendus empoisonnements supposés contre le dit Guichard. Il est question là, non seulement de Lulli, mais de la femme de Molière. A propos de Lulli, le factum s'exprime ainsi :

« Cet homme n'est pétri que d'ordure et de boue... Le

l8a MOLIÈRE.

MoLiER.. •— C'est le nom d'an danseur qui représenta an Maure dansant dans les Plaisirs de Vlsle enchantée de Molière.

BÉJART (Marie-Magdcleine), l'aînée des trois filles de Joseph Béjart. — Parisienne, née en i(Si8 et morte en 1672, an an avant Molière. Jouait Marinette dans le Dépit amoureux, Gcorgette dans

hasard le jeta dans le commun de Mademoiselle parmi I les galopins ; il sut adroitement se tirer de la marmite

! avec son archet... Les gazettes étrangères, au sujet d'un

I méchant feu d'artifice qu'il s'avisa de faire vis-à-vis sa

I maison en l'année 1674, publièrent partout que, s'il n'a-

\ voit pas réussi dans ce feu là, on réussiroii mieux en celui

■ qu'il avait mérité en Grève. »

■ Et i propos de la femme de Molière :

î « La Verdier, la Brigogne, cette prostituée, chanteuse

de l'Opéra, la Molière, cette comédienne de tous les théâtres^ estoient des créatures publiques de toutes les manières.... »

A la suite de ces citations, je rencontre encore dans le Quérard (p. 641) une note sous forme de lettre, qu'il est peut être bon de citer ici :

Molière copiste. — 'A Monsieur Quérard. — Monsieur, les curiosités littéraires sont de votre domaine ; en voici une qui ne vous paraîtra peut-être pas dépourvue d'intérêt.

« Tout le monde connaît le vers de Molière qui termine la fameuse scène de V École des femmes^ entre la jeune Agnès et Amolphe, qui apprend d'elle que le galant s'est introduit dans la maison :

... C'est assez ; Je suis maître, je parle, allez, obéissez!

« Mats ce qui n'a été remarqué par aucun commenta-

VEscole des femmes, Dorine dans Tartuffe, Nérine dans M. de Pourceaugnac. On la voit aussi raccommodant les pièces, par exemple Don Quichotte (30 janvier 1666. Registre de Lagrange). £lle représentait à la fois les reines dans la tragédie et les soubrettes dans la comédie.

Hervé-Aubry (Geneviefve Béjart), sœur des Béjart^ femme du sieur Léonard de Loménie de la Villaubrun, Limousin commç Pourceaugnac; remariée à Aubry, auteur de Démétrius. Née en 1624, elle survécut à Molière (morte en 167^), Elle ne se distingua que rarement, mais se distingua réellement dans le rôle de Bélise des Femmes sçavantes,

teur et ce qui m'a frappé à la lecture, c'est que ce vers, et même la finale du précédent, se retrouvent mot pour mot dans la 6« scène du ^e acte de Sertorius de Pierre Corneille. — Il est très-probable que Molière, qui jouait le rôle d'Amolphe, a reproduit cette apostrophe véhémente pour imiter ou même parodier le comédien du théâtre du Marais qui y faisait effet*. La similitude complète des deux vers, qui ne sont pas ce qu'on appelle vers de remplissage, et la coïncidence des dates (Sertorius et VÉcole des femmes parurent la même année) ne paraissent pas pouvoir s'expliquer par le pur hasard.

« Agréez l'expression de tous mes sentiments distingués.

ff Frédéric Hillemachbr. »

Paris, 5 novembre 1856.

* Voir ce que nous avons dit du talent d'imitation de Molière au chapitre intitulé Molière comédien.

184 MOLlèRE.

De Brie (Catherine Le Clerc du Rozet, demoiselle), une des maîtresses de Molière. Elle avait épousé Edme Villequin. Actrice d'un talent rare, elle )ouait Agnès de VEscole des femmes d'une façon admirable et les applaudissements ne tarissaient pas. Mourut en 1706; Elle jouait aussi Mariane dans VAvare et Armande dans les Femmes sçavantes»

Du Parc (marquise Thérèse de Gorlas, demoiselle), tragédienne, comédienne et danseuse. — - M. Ch. Louandre cite le Mercure de France de 1740, qui dit qu'elle faisait certaines cabrioles remarquables pour le temps, qu*on voyait ses jambes au moyen d*une jupe qui était ouverte des deux côtés, avec des bas de soie, attachés au moyen d'une petite culotte, ce qui était alors une nouveauté. Racine l'enleva à Molière pour lui faire jouer Andromaque. Elle créa Elvire dans Don Juan et Arsinoé dans le Misanthrope, etc., etc.

La Grange (Marie Ragueneau, demoiselle). — C'est la fille du pâtissier-poëte. Elle était fort laide. Joua Béline dans le Malade imaginaire.

Du Croisy (Marie-Claveau, demoiselle), femme de Du Croisy. — Actrice médiocre ; quitta le théâtre de bonne heure. Sa fille, ou plutôt une de ses filles, joua une des Grâces dans Psyché, mais n'entra dansla troupe qu'après la mort de Molière.

Molière ( Armande -Grésinde-Claire-Élisabeth Béjart, demoiselle), la plus jeune des filles de Joseph Béjart. — Née vers 1543, morte le jonovem-

bre 1700. Elle ne joua, sans doute, la comédie qu'après son mariage quieul lieuleiofévrier lûûï, LeRegistreie Lagrange mentionne «on nom potr )a première fois ie 9 juin de celle même annie, Grésinde, nom emprunté à un roman, fut son nom de théâtre, o Elle avoit la laille médiocre, mais an air engageant, » dit M"' Poisson, en parlant d'elle. Lorsque Molière fut mort, abreuvé de chagrins, la Molière éponsa, quatre ans après, '.(l ji mai !&■}■}, un certain Isaac-François Guériii, sieur d'Estrichè on du Triche!, acteur deUtroupe du Marais alors rénuie  la troupe dn Palais- Royal. Elle eipia par lui les légèretds coupables de sa jeunesse. L'enfani qu'elle eut de ce Gufrin mourut comme ceux qu'elle avait eus de Molièrt. La fille de Molière, Madeleine-Esprit, qui survécut cependant à sa mère, ■ personne grande, bien faite et peu folie, n se laissa, dit M. Em, RajmoDd, enlever par M. Claude Kachet de Montalant qui l'épousa et vécut avec elle à Argenteuïl, où elle mourut le ij mai ifaj.

Beaupré, actrice cre comédienne, mus eilremement jolie, et, dit te gazelier Robinet, puceUe au par-dessus, joui Georgelle de VÉcoIe des femmes et la comtesse de la Comtesse d'EscarbagnaS. M"* Marotte ayant eu une querelle avec une antre actrice, M"" Catherine Désurils, Sauva) raconte qu'elles se battirent en duel, l'épée à la miàa : il a m le dael, dit-IL

l86 MOLIÈRE.

Beauval (Jeanne-Olivier Bourguignon, demoiselle). Hollandaise abandonnée par ses parents, élevée par une blanchisseuse, mariée à Beauval, applaudie à Paris, morte à soixante- treize ans, après avoir eu vingt-quatre enfants. Joua, entre autres rôles, Nicole du Bourgeois gentilhomme et Ze?binette des Fourberies de Scapin,

Dancourt (Thérèse Le Noir de la Tborillière, demoiselle), fille de La Thorillière, créa (Bgiale dans Psyché.

Poisson (Marie -Angélique Gossot du Croisy, demoiselle). Fille de Du Croisy, femme de Paul Poisson. Reprit le rdle d'Agnès après M^^* de Brie, qui le jouait encore à soixante ans sonnés. Ses Lettres au Mercure de France (1673, i/aa et 1740) sont curieuses pour l'histoire de Molière.

Beaubourg (Louise Pitel de Beauval, demoiselle). — C'est la fille de Beauval. A huit ans, elle joua la petite Louison du Malade imaginaire.

Barrillonet (mademoiselle). — M. Hillemacher ne donne que son portrait, qui est celui d'une femme fort jolie.

 cette liste, où j'ai omis Goudan, qui jouait le petit comte dans la Comtesse d'Escarbagnas, M. F. Hillemacher ajoute encore le comédien Ragueneau, sieur de l'Estang (né à Paris en x($i7, hiort à Lyon en 1654), puis Croisac, Prévost, figurant, et sa femme, receveuse des billets ; Phlipote, gagiste qui joua sous son propre nom dans Tartuffe; Chastcauneuf, qui créa Ârgatiphontidas

APPENDICR.

dans Amphytrion; le petit Barillonet ; Bonneau ; Boalonnais ; Finet et Martine, servante de Molière. Toutes ces personnes jouèrent quelque rôlet çà et là. Puis on pourrait citer les personnages de la cour et de la noblesse qui ont figuré dans les divertissements de Molière, et tout d'abord le Roy qui dansa en Egyptien dans le Mariage forcé et en Maure de qualité dans le Sicilien, et Monsieur le Grand, et Madame, et le marquis de Villeroy et M^« de la Vallière et M"" de Brancas, et le duc de Guise et le duc de Noailles, et le comte d'Armagnac et M. d'Artagnan, etc., etc. Puis d'autres acteurs encore, chanteurs ou danseurs de profession, M^'* Hylaire, Chicanneau, Beauchamp, Destival,Mayeu, Magny, Noblet, Joubert, Renier, Rebel. La liste serait trop longue. Ce ne sont plus là d'ailleurs que des comparses.

Le lecteur connaît, par ce qu'on a dit plus haut, la composition de la troupe de Molière.

iRB MOLIÈRE.

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