PARIS . A. H. BÉCUS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
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N 1 8 5 2 , lorsque parut la première édition, très incomplète encore, de cet Essai sur Molière, on y lisait dans une courte préface :
€ Le faux dévot serait plein d'espérances ! Mais, depuis trois siècles, la France l'a trop de fois affligé. .. Le xvi« siècle (Rabelais) le voue au ridicule, le xviii« (VoN taire) lui arrache ses dernières victimes...
Molière^ entre les deux, lui trouve son vrai nom : Tartuffe!
( Molière, âme Vraiment loyale, ne put
s'accoutumer au faux ' personnage qull voyait en tous Ikux se xépandr^. Hypocrisie de langage {dans. :ies' Précieuses)^ hypocrisie d'éducation (dans VÉcole des Femmes) y hypocrisie d'amour (dans Don Juan) , hypocrisie religieuse (dans Tartuffe)^ il le poursuivit: partout avecr.tf ne verve qui ne fit que s*accroître y^squ'à la mort. Son indignation fut au comble lorsqu'il vit V Imposteur s'impatroniser au ibyex , do* mestique : pour le chasser, il devint plus puissant que le roi, et obtint une autorisation qui devait paraître impossible.
c La gloire de Molière, c'est d'avoir fait Tartuffe, Avec ses autres pièces, son nom serait resté celui d'un grand artiste ; mais, par Tartuffe^ il est devf nu^îeluid'un grand homme.
€ Il y aurait, sur le Tartuffe de Molière et sur le Tartuffe étemel de l'histoire, à disserter utilement ; je ne l'ai pas fait. J'ai raconté sans observations, sans réflexions, la vie domestique de Molière, ses troubles et ses souffriinces ; mais de quelle manière le grand écr^v&in dramatique fut préparé en lui par les influences lointaines 4u Théâtre Antique, et du Théâtre Espagnol,
comment ce drame de Tartuffe devait naître au xyii<' siècle dans Tâme de Molière ; comment, il mit fin aux ténèbres du moyen âge ; comment, après Rabelais, il prépara lé siètle de Voltaire. Voilà ce qu'il eût fallu dire. »■
Pour qu'une telle protestation contre rhypocrisie fût devenue nécessaire, il fallait que rhypocrisie fût devenue inquiétante par ses développements.
Le xvn» siècle fut, en effet, le siècle le plus hypocrite qu'ait eu notre histoire. •
Réactioil terrible contre- la Renaissance et contre la Réforme qui avaient éclaté au siècle précédent, il fut un temps essentiellement faux. Bien sentir et flétrir cette fausseté devait être la tâche d'un esprit ferme et droit.
On s'est souvent demandé quelle avait pu être la pensée philosophique de Molière.
Celui qui sut si bien faire agir et parler tant de personnages divers n'a que très peu parlé pour son propre compte. Quel put bien être son sentiment intime des choses de ce monde ? Peut-être qu'en ccMisultant le cercle de ses relations, en se rendant compte de ce que furent ses amis, en
les interrogeant sur le grand comique et sur eux-môines, nous pourrons nous en faire, une ide'e. On sait le. proverbe : t Dismoi qui tu hantes. . . » Voyons donc quels furent les amis de Molière. C^est un point capital. Il ne s'agit pas de montrer que Molière, dans ses relations d'amitié, fut le plus excellent des hommes ; cela, tout le monde le sait. Tout le monde sait que chez lui la bonté fut égale au génie. On ne re* dira donc pas ici sa cordialité, sa générosité, les secours de tous genres, le bon accueil, les judicieux conseils qu'en toute circonstance reçurent de lui ses amis. Il Vest fait sur tout cela de véritables légendes, et ces légendes nous expliquent la vénération que les familiers de Molière eurent pour sa mémoire. Louis XIV, demandant un jour à Boileau quel avait été le plus grand homme de son siècle, le célèbre satirique, sans aucune hésitation, répondit :
C'est Molière. Cette vénération fut partagée par ses camarades eux-mêmes, et, depuis Lagrange, qui fut le premier de ses comédiens, qui passa avec lui toute sa vie, qui publia la première édition de ses œuvres complètes, elle s'est transmise sans iater-
ruption parmi les acteurs de la Comédie- Française.
L'un des plus célèbres, il y a cinquante ans, Batiste aîné, discutant avec un de ses camarades, tout à coup s'écria : « Crois-tu que Molière n*était qu'un homme ? »
Depuis cette époque, les travaux, les recherches et les découvertes dont Molière a été l'objet sont venues de plus en plus confirmer ce qu'on savait sur cette âme si fière et si tendre.
Jules Levallois nous a montré Molière payant au vieux Corneille 2 ,000 livres pour satragédiede Tite et Bérénice. 2,000 livres pour une tragédie, même très bonne , était alors une somme considérable. Or, Tite et Bérénice ne pouvait avoir et n'eut aucun succès.
Mais ce n'est point de ce côté qu'ici nous envisagerons Molière.
Ce sont ses rapports intellectuels avec ses amis qui vont nous occuper. Quelle influence son entourage put-il avoir sur la disposition de son esprit ? Molière n'a parlé en son propre nom au public que dans de courtes préfaces ; partout ailleurs il fait parler des personnages imaginaires;
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