‹ Molière: son théatre et son ménageChapitre 4 sur 10 · CHATEAU PORT · texte numérisé non relu

CHATEAU PORT

a Mais je te demande où va le chemin quetusui^

« Il ne va pas, il ne bouge.

CHATKAUrORT.

tPauvre runrtl... Ce n'est pas cela que je veux savoir... Je te demande si tu as encore bien du chemin ii faire aujourd'hui.

■ Nani da! je le trouverai tout fait. ■ 11 fout dter encore ce raisonnement par lequel Gareau prétend établir qu'il adroit i la iu»io'>(success{on)de Nicolas Girard, « le père de ce petit Louis Girard qui éiet si sémillant. ><

s Ne vous sauriai-vous recorder? C'est ly qui s'allit neyer à la grand'mare. bian, son père est mort, et si je l'avons conduit en tarre, s'il a plu à Guieu, «msreproche, dit l'autre. Ce pauvre guiebe étet allé dénicher des pies sur l'orme de la commère Massée. Dame! comme il étctau

SON th£a.tre et son ménage. 55

cppiau, le vrà, bredi breda, qui commence à griller tout avau les branches et cheit une grande escousse, pouf! à la renvarse.

Guieu bénit la crésquianté 1 je crois que le cœur li escarbouillit dans le ventre, car oui ne sonit jamais mot, ne grouillit, sinon qu*il grimonit en trépassant. Guiebe set de la pie et des piaux! O donc, là ly étet mon compère, et sa femme ma commère. Or ma commère, pisque commère il y a, auparavant que d'avoir épousé mon compère, avet épousé en premières noces le cousin de la bru de Piarre Olivier, qui touchet de bian près à Jean Hesnault, de par le gendre du biau*frère de son onque.

Or cely^ci, retenez bian, avet eu des en«> fants de Jacqueline Brunet qui mourirent sans enfants; mais il se trouve que le ne-* veu de Denis Gauchet avet tout baillé â sa femme par contrat de mariage, à celle fin de frustiser les hériquiers de Thomas Plancon qui devaient y rentrer, pisque sa mère grand n'avet rian laissé aux mineuxde Denis Vanel Taîné. Or il se trouve que je sommes parents en queuque magnière de la veuve de Denis Venelle jeune, et par conséquent ne devons^e pas avoir la sussion de Ni«>

6o MOLIÈRE

colas Girard?... Cest une petite sussion, qui est vraiment bian grande da »

Mais Châteauneuf déclare qu'il ne voit vraiment goutte en Taffaire.

' GAREAU

ff Oh! Monsieur» je m^en vas vous Té* claircir, aussi finement claire que la voix des enfants de chœur de notre village.

Acoutez donc. Il faut que vous sachiais que la veuve de Denis Vanel le jeune, dont je sommes parent en queuque magnière, étet fille du second lit de Georges Marquîau, le biau-frère de la sœur du neveu de Piarre Bru net, dont j 'avons tantôt fait mention. Or, il est bian â clair que si le cousin de la bru Piarre Olivier, qui touchet de bian près à Jean Hesnault, de par le gendre du biau-frère de son onque, étet père des enfants de Jacquelaine Brunet, trépassés sans enfants, et qu'après tout ce tintamarre-là on n'avet rian laissé aux mineux de Louis Vanel le jeune, j'y devons rentrer, n'est-ce pas? i

Ce n'est-ce pas est un coup de maître...

Et voilà comment Molière, encore au collège â dix-huit ans, s'essayait par amuse-

SON THÉÂTRE ET SON MéNAGE. 6l

ment dans ce grand art où bientôt il dé* passera tous les maîtres, et où déjà il se montre si supérieur au camarade Cyrano.

Car Cyrano, quoiqu'il eût alors vingt ans, était loin de cette franchise et de cette plénitude de style qu'il n'eut, du reste, jamais. Il aura plus tard des traits de génie; il n'a encore que la plaisanterie ; il n'a que le mof, comme on dirait aujourd'hui, celui-ci, entre autres, au premier acte :

c La première objection que je fais (à votre mariage avec ma fille}, c'est que yous êtes Normand : Normandie, c'est-à-dire venu du Nord pour mendier. »

OQUELiN sortit des Jésuites à dix-neuf ans. Son grand-père était mort ily avait trois ans déjà ; son père se trouvant infirme, il fut obligé d'exercer pendant quelque temps sa charge de tapissier-valet de cham-

bre du roij et d'accompagner Louis XIII a Narbonne. Dans ce voyage, au mtiiea d'un monde de courtisanS) il avait i'hoaneur d'aider, quelquefois, à préparer le lit de Sa Ma)esté« Quelle oomédielquelchamp d'observadons 1 Mais, quoique jeune, il était déjà moins attentif aui choses da dehors, souvent trompeuses, qu'à celles qui se pouvaient passer ou fond des cœurs.

Après ce voyage, qui dura près d'un an, la plupart des biographes laissent une lacune de trois années, durant lesquelles, suivant quelques-uns, le jeune Poquelin serait allé fiiire son droit à Orléans.

Mais cette hypothèse a été dans ces derniers temps anéantie, grâce aux recherches de l'archiviste rouennaîs M. E. Gosselin.

Il résulte, en efifet, d'un acte authentique découvert par M. £. Gosselin, que Molière, dès Tannée i643,^*est-à-dire à l'âge de vingt et un ans, faisait partie d'une troupe dramatique qui avait pris d'abord le titre de c les Ênfiints de famille » ; mais au moment oti nous y trouvons Molière, elle venait de changer ce nom contre' celui de c l'Illustre Théâtre ». Le directeur de la troupe s'appelait Denis Beys, et Mo*

lièit aTsdt là ponr compagnoos Gcmain Clérin» Joseph Béjart, Nicolas Bonenfuit, Geoi^ics Piiiel, MadckÎQC Béîart, Made^ leine Malingre, Catherine des Urleis, Ge»

neviève Bëyart et Catherine Bourgeois.

« Tous associes pour fimre ht comédie sous le titre de FUlustre Théâirtj » dit l'acte rctronvé par M. Gossdin.

M. Gosselin a publié l'acte tout entier^ tTCc fae^miU des signatures, dans la R8-»

yuede la Normatidie^ du mois d'avril 1 870; je n'en citerai que les premières lignes :

« Du mardy après midy troisième jour àt novembre XVI c quarante-trois, de* Tant M* Cave, notaire royal à Rouen.

• Furent présents Denis Beys, Jemn' Bapîîête Pequelin^ Germain Clérin »

Et tous <mt signé ; la signature de Jean* Baptiste Poquelin, au milieu des antres, apparaît superbe çt presque monumentale ; elle rappelle par sa vigueur et sa netteté celle de François Rabelais, que Montpellier ecmserve avec tant de soin.

Le contenu de l'acte, a part les signatures et la date, a peu d'importance; il s'agit de faire exécuter par un certain Noël Gftlois, propriétaire d'un jeu de paume à

Paris, des réparations qu'il avait promises* Mais il faut prendre garde à la date et bien remarquer que la troupe ambulante est présente à Rouen le 3 novembre. Le 3 novembre, c'est le moment où se tenait, où se tient encore à Rouen, chaque année, la célèbre foire du Pardon. Nos jeunes comédiens ne s'y seraient-ils pas établis?

Le futur auteur du Misanthrope et de Tot'" tuffe n'aurait-il pas fait ses premiers dé* buts à cette foire de Rouen ?

Si Ton veut bien se rappeler ce qu'était le théâtre à cette époque, on verra combien il est vraisemblable que la troupe naissante, dirigée alors par Denis Beys, soit venue faire ses débuts en province à la foire de Rouen, une des plus célèbres d'alors et des plus fréquentées par les théâtres de toutes sortes. Nous savons d'ailleurs que la ville de France où l'on aimait le plus la comédie, c'était la patrie de Corneille.

Quoi de plus naturel qu'une troupe alors inconnue, inexpérimentée, vînt s'essayer dans un tel pays, qui d'ailleurs était si peu éloigné de Paris ?

Dans tous les cas, une chose en ceci reste incontestable, c'est la présence de

Molière à Rouen, au milieu d'une troupe de comédiens, le 9 novembre 1 643.

N'oublions pas d'ailleurs que Perrault, dans ses Hommes illustres^ parlant des pérégrinations de Molière en province, le fait d'abord aller à Rouen.

Nous savons donc maintenant ce que notre jeune Parisien étudia au sortir du collège : ce ne fut ni le droit ni la médecine, ni même la théologie, comme quel* ques biographes l'ont imaginé ; il étudia l'art dramatique, dans lequel, après seize années de préparation, il devait devenir un si grand maître.

N 164$, à vingt-trois ans, nous le retrouvonsà Paris, à la Portede-Nesle, au milieu d'une troupe bourgeoise organisée depuis peu par les deux frères Béjart et leur sœur Madeleine. La comédie^ pour les )éunes

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geos d'alors, était un divertissement fort en vogue. Ceux-ci s'étant bien divertis, ayant pris goût à ce jeu et se croyant devenus, en quelques mois, des acteurs consommés, s'imaginèrent de tirer profit et gloire de leurs représentations, et d'ouvrir leur théâtre au public. Le projet était sérieux, si sérieux, qu'ils s'établirent 4^s le îcu de paume de la Croix«-Blandie, au faubourg Saint -Germain, où les voilà )ouam, tant bîea que mal, les chc&KL'œu* vre du temps.

Cris, emportements, reproches de b famille. Père, frères, beauHErères, oncles, cousins, grandes tantes, tous se scandalisèrent. Il allait les déshonorer, ternir â tout jamais leur nom, leur beau nom de tapissiers, de juges, de consuls. Il leur laissa leur nom, prit son nom de Molière; ils dirent et firent ensuite tout ce qu'ils voulurent.

N'avaitoil pas pour lui, au fond de sa tombe, son vieux grand-^^ère ? N'était-ce pas là toute sa âunille ? Qui s'était intéressé à lui^ si ce n'est son grand-rpère? Et n'e'tait-ce pas son grand-père lui«*mème qui l'avait induit, encouragé à se plaire eic ce

noble métierj comme disait M. Corneille dftns sa belle comédie de Vllhision?

Un jour que son père avait gronde le bonhomme de mener si souvent son fils au spectacle :«-Avez-vous envie, lui dit-il, d'en âdre un comédien? — Plût à DieUj avait répondu le grand-père, qu'il fût aussi bon comédien que Bellerosel

Eh! que lui fallait-^il davantage ? Ajouterai-je avec Corneille, que tous les bons esprits commencent â se tourner du côté du théâtre, que Richelieu lui-même, cardinal et ministre, avait écrit pour le théâtre?

A présent le théâtre

Est en un point si hant que chacun Tidolfttre.

disait Corneille. Toutes les jeunes âmes étaient emportées par le succès du Cid, De plus, le roi avait publié, en 1641, une déclaration par laquelle il défendait que l'état de comédien pût être désormais imputé à blâme, et préjudiciât à la réputation du comédien dans le commerce public. Il n'en fallait paâ tant pour affermir nos jeûnes gens dans leur résolution. Ils s'établirent donc sous le nom de r Illustre Théâtre.

Mais ils ne s'illustrèrent qu'en se faisant

siffler ; ce qui n^arriva, disent les biographes, que parce qu'ils ne voulurent pas suivre les conseils de Molière, qui avait pourtant de bien meilleures vues qu'eux sur leur art. Heureusement, le gouvernement de la troupe, après cet échec, passa dans ses mains ; et, sous sa direction, l'on s'en alla jouer en province (1644).

Caravane joyeuse ! un peu folle peutêtre; mais quel chef ils avaient! Habile, méditatif et sérieux. Ils allèrent de ville en ville et de châteaux en châteaux, jusqu'auic extrémités du royaume, si mélangé alors de provinces, de mœurs, de langages. Ils portaient avec eux le génie de la France, et ils adoucirent, au fond de leurs donjons, ces vieux tyrans de nos provinces lointaines.

« Nous jouâmes un mois devant cette noblesse^ dit une comédienne dans le jRoman comique^ le baron nous faisait manger à sa table; ses gens nous servaient avec empressement, et nous disaient souvent qu'ils nous étaient obligés de la bonne humeur de leur maître, qu'ils trouvaient tout changé depuis que la comédie l'avait humanisé. >

Ace qui précède il faut ajouter un seul point, maïs essentiel. Molière^ dit-on, en formant sa troupe^ lia une forte amitié avec la Béjart,., C'était une femme spirituelle, vive, active, entendue, mais qui manquait des grâces naïves qu'il eût fallu pour charmer Molière. Mais Madeleine avait auprès d'elle une petite sœur. Molière, devant cette enfant, se prenait à rêver...

Cheminant en voiture, assis au milieu de ses décorations de théâtre, tout pensif, il tenait la petite sur ses genoux. . . . Quelle était alors sa préoccupation secrète, mystérieuse, outre ses essais comme acteur et auteur? C'était de se faire une famille, un ménage^ une innocente vie. Mais dans quelles régions trouverait- il une femme selon son cœur, pauvre comédien qu'il était, rebuté de sa propre famille ?... Chaque Jour il se plaisait davantage aux sourires de la petite Armande (c'était son nom) ; et l'enfant, de son côté, n'était heureuse qu'avec Molière. Elle n'avait pas dans la troupe d'autre famille que lui. Lui seul, en effet, semblait veiller sur elle.

i Cette petite fille, accoutumée avec

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Molière qu'elle voyait continuellement, dit Grimarest, l'appela son mari dès qu'elle sut parler, et, â mesure qu'elle croissait, ce nom déplaisait moins â Molière. »

On a peu de détails sur les cinq premières années de ses pérégrinations en province; on sait seulement qu'il passa par Bordeaux, qu'il fut dans cette ville favorablement accueilli par M. d'Epernôn, gouverneur de Guyenne, et qu'il y représenta une tragédie de sa façon, intitulée /a Thébàtde^ la même dont il donna plus tard le plan â Racine.

En 1650 il apparaît un moment ft Nafbonne, puis, après ces cinq années de courses, il revient à Paris, et s'y essaye de nouveau par quelques repré^ntationsches le prince de Conti, le frère du tout puis* sant Condé.

C'était la Fronde, c'était le règne des Matamores, des Jodelets et des Capitans. Scarron, l'écrivain comique â la mode, dut Voir Molière, en entendre beaucoup par<« 1er tout au moins. D'ailleurs, il comment çaît à être bruit de la troupe ambulante; Molière surtout attirait l'attention par sût esprit, par son noble savoir-vivre et par

SON THÉÂTRE ET SON MéNAGE. 7I

sa probité. Mille anecdotes bizarres se ré* pandaient de leurs cinq années de vie aven* tureuse. Scarron ne puisa^^t-il point là ridée de son Roman comique? Je ne sais, mais il me semble retrouver dans l'esquisse inachevée du comédien Destin^ quelques traits épars du caractère élevé de Molière.

« 11 était excellent comédien, vaillant, honnête homme, entendu.... fort amoureux. Cependant il vivait avec la Létoile dans le plus grand respect du monde.

Destin avait de Tesprit et faisait voir qu'il avaitété bien élevé.... Parlant peu, gêné* reux autant qu'on peut Tètre, etc.»

Une conversation sur les femmes a es« prit qu'il lui faSx avoir dans une hôtellerie du Bas-Maine, avec un conseiller au parlement de Rennes, semblerait vraiment indiquer une conversation de Molière luimême, occupé déjà des Précieuses,

Nos comédiens, cependant, ne restèrent point à Paris. Qu'était-il besoin d'eux dans cette comédie de la Fronde où l'on avait pour bouffons les plus grands per* sonnages? Ils t'en retournèrent en pro* vince, et de nouveau les détails manquent

jnsqu'en 1659; mais on sait bien positivement que Molière demeura toute cette année-là à Lyon, qu'il y eut le plus grand succès, qu'il y mit à bas deux autres troupes dont les meilleurs le suivirent, tels que Lagrange, Ducroisy, Duparc, ^iiM Debrie et Duparc, et qu'il y donna VEtourdi,

On voit dans cette pièce combien Molière, en province, organisa ses comédies en vue des populations au milieu desquelles elles devaient être représentées, et combien, pour réussir, il était attentif à tout. Lyon était alors, en grande partie, une colonie florentine. Pour plaire aux Italiens qui peuplaient cette ville, il plaça son action à Messine.

Au sortir des Jodelets de Scnrron, quel charme, pour les contemporains, dut avoir Mascarille ! Jodelet était

Un misérable

Qui préfère Tail à l'honneur.

Mascarille, au contraire (et ce rôle était rempli par Molière lui-même), Mascarille est plein de finesse : il gouverne son maître, remue tout à force d'esprit, et, dans ses

fourberies, lui, c'est la gloire qui le pousse,

Si fe suis maintenant ma juste impatience.

On dira que je cède à la difiSculté.

Qne je me trouve à bout de ma subtilité!

Et que deviendra alors cette publique estime •

Qui te vante partout comme un fourbe sublime ?...

L honneur, ô Mascarille!

... Je veux que Ton s'apprête A me peindre en héros, un laurier sur la tête. Et qu'au bas du portrait on mette en lettres d'or : Vtvat Mascarillus fourbum imperatorl

Le rôle se terminait par ces vers rîsibles, qui pourtant allaient bien a Mo- Hcre :

• . , . . N'est-il point quelque fille Qtti pût accommoder le pauvre Mascarille?

A voir chacun se joindre à sa chacune ici, *^\ des démangeaisons de mariage aussi,

74 yOTjftRfi

A troupe, après s^être fisiît applaudir dans rEtourdi, quitta Lyon; nos comédiens se rendirent â Montpellier, auprès du prince de Conti, qui tenait là les États du Languedoc ; ils y donnèrent le Dépit amoureux. Le succès fut complet, et Monsieur le Prince, pour son compte, en fut si charmé, qu'il confia â Molière la direction des spectacles et des plaisirs dont il régalait la province pendant les États.

Mais bientôt Molière lui parut un garçon si intelligent, si honnête, qu'il le voulut faire son secrétaire.

C'était un très grand honneur pour un pauvre comédien de campagne ; cependant Molière pria, avec 'respect, Monsieur le Prince de permettre qu'il ne l'acceptât pas, et qu'il restât à la comédie, qui était, disait-il, sa véritable vocation. Ses amis le

SON TUéATRE ET SON MÉNAGE. 75

blflmérent d^ refuser un emploi si avantageux ; il leur répondit que chacun avait son rôle en ce monde, que le sien était d'amuser le peuple, de cUvertir les princes, mais non de les servir, c Mon humeur sombre, capricieuse^ m'enlève la flexibilité qu'il faut pour servir chez les grands, D'ailleurs, ces pauvres gens que j'ai amenés si loin, que deviendraient*ils ? )e ne les abandonnerai pas. »

Et puis, comment quitter Madeleine Béjart et la petite soeur Armande?

D'autres raisons encore l'empêchaient d'accepter : il aimait le théâtre, il se sentait roi dans sa petite république, il se plaisait à faire des harangues, à former, à élever des âmes. Nous le verrons faire l'é* ducation de sa femme, l'éducation de sa troupe, l'éducation de Baron. Aurait-Ufait l'éducation du prince de Conti? Mais, outre ces motife, comment était mort le dernier secrétaire du prince, le poète Sarrasin ? Des suites d'un coup de pincettes que M. de Conti lui avait donné à la tempe. Cela ne rendait pas la place très enviable.

Il continua donc les représentations du

Dépit amoureux. Cette pièce est moins que VEtourdi mêlée dlntrigues, de récits, d'aventures, msîs, en revanche, les coeurs s'y montrent mieux. Molière s'était dit qu'il fallait mettre plus en relief les passions de ses personnages, et entasser sous leurs pas moins d'aventures romanesques.

Il sentit que la vraie comédie ne se contente pas d'aventures risibles ; qu'elle doit surtout reproduire la comédie intérieure, bien autrement comique que l'autre ; aussi les détails extérieurs iront-ils se simplifiant de plus en plus dans ses pièces, tandis qu'au contraire les inextricables péripéties du dedans s'y produiront chaque jour davantage. Cependant, une partie du comique dans le Dépit amoureux repose encore sur les saillies des valets. L'intérêt naissait, dans VEtourdi^ de niille contretemps inattendus. On est charmé, dans le Dépitj par les propos de Marinette et de Gros-Réné. Quant à l'amour, voilà ce que Molière y sut peindre en maître, et c'était aussi la chose qu'il connaissait bien alors.

Il avait été quelque temps touché des charmes de Madeleine, mais chaque jour il s'apercevait davantage qu'il ne trouve*

rait pas en elle la femme qu'il avait rêvée.

Au temps où nous voici parvenus, la petite Armande, grave déjà dans son maintien, pleine de grâces et d'attraits dans ses yeux, dans sa voix, touchait à sa dixième année; c'est pour elle, dont il faisait Tinstruction, qu'il avait élevée, aimée dès le berceau, qu'il s'éprit alors d'une passion si étrange. Molière, dans le Dépit amoureux^ joua le rôle d'Albert; pourquoi plus celui de Mascarille ou de Gros-Réné? Afin de permettre à deux de ses camarades de faire valoir leurs talents comme valets. Le rôle de Gros-Réné fut même écrit exprès pour Duparc, qui venait de se joindre à la troupe. Il lui donna ce nom de Gros-Réné, parce qu'en effet cet acteur était gros et très large des reins ; de là ce vers :

Je sais homme fort rond de toutes les manières.

Au comédien Lespy, qui avait une voix de stentor, il donnera le nom de Gorgibus.

De Montpellier, nos comédiens retournèrent à Lyon, d'où ils allèrent à Avignon, à Pezénas, à Narbonne ; et partout

sur leur passage ils laissèrent des souvenirs charmants de leur aménité, de leur franchise, de leur cordialité joyeuse. Molière surtout plaisait par sa dignité, par son bon sens. On se sentait avec eux comme en famille. Etant repassé par Avignon, en 1657, Molière y trouva Mignard qui revenait d'Italie, où il ét;ait resté vingtdeux ans, et ils lièrent ensemble une amitié qui dura toute leur vie.

Ces pérégrinations, ces succès en province durèrent treize années (tout le temps de la Fronde), après quoi Ton commença à se rapprocher de Paris. Molière voyait sa troupe assez formée pour oser la produire devant la cour. Il comptait, d'ailleurs, sur la recommandation de M. le prince de Conti. Toutefois, il ne se hâtait pas trop, il n'était pas fâché d'étudier à fond la province : il sentait combien il pouvait, par ces' gentilshommes de campagne, donner à rire aux Parisiens. Il visita Béziers, Vienne, Limoges, patrie de Monsieur de Pourceaugnac.

Il alla même, avant son voyage à Béziers,

chez messieurs les Bretons ; mais il se

rtrouva là en concurrence avec un mon-

treur de marionnettes; et il ne put lutter.

Cest peut-être une réminiscence de ces spectacles, si goûtés en province, qui lui inspira ces vers du rôle de Dorine dans Tartuffe-.

Là dans le carnayal voas pourrez espérer

Le btl et la grand* bande, à savoir deux musettes,

Et parfois Fagotin et les marionnettes.

Qui n'eût voulu le voir avec sa troupe et tout son attirail de théâtre : costumes, décorations^ enf^ins de toutes sortes, voyageant par le coche, à pied, â cheval, en t>ateau, quelquefois en charrette, par les chemins et les campagnes d'alors, faisant remarque de tout sur son passage, et apprenant jusqu'aux patois des pays qu'il traverse ? A chaque nouvelle ville, nouveaux rôles : comédies, tragédies, tout y passait; un public à haranguer, des acteurs à instruire, une troupe à conduire !

Et Plante, et Térence, et Ménandre,* et toute l'antiquité qu'il fallait étudier. Ce fut en courant, au milieu du bruit et des embarras, dans les hôtelleries, qu'il écrivit J^ Etourdi, le Dépit ^ et vingt autres pièces : le$ Trois Docteurs rivaux, le Maître

8o MOLIÈRE

d'Ecole^ Gor gibus dans le sac^ le Médecin volant^ le Grand Benêt de Fils^ le Docteur amoureux. Malgré cela, doux et sociable envers tous, misanthrope avec lui seulement, bon, généreux, infatigable, il trouvait encore des heures de causeries -à donner à ses camarades, à Madeleine, à Mignard, et des journées entières pour la petite Ârmande.

Partie du Languedoc, la troupe s'arrêta à Grenoble, y joua pendant le carnaval, puis revint à Rouen. Molière comptait bien que de là leur renommée ne manquerait pas de s'étendre à Paris, et même de les y faire désirer.

Les commentateurs ont regretté souve'nt de n'avoir aucune indication des autres villes que visita la troupe ambulante, ce qui eût permis d'y faire quelques recherches locales. Cependant, si l'on y regardait bien, peut-être trouverait-on sur ce point quelques renseignements dans les propres œuvres de Molière. S'il n'a pas laissé trace de son passage dans les villes qu'il a visitées, soyez certain que ces villes ont laissé leurs traces dans son esprit. De partout il emportait quelque chose. Il em-

SON THEATRE ET SON MÉNAGE. 8l

porta de Rouen le bon huissier à verge^ dont il imita si bien, dans Tartuffe^ la prononciation lourde et traînante :

Je m'appelle Loyal, natif de Normandie, Et suis haîssier à verge en dépit de Tenvie, J'ai, depuis quarante ans, grâce au ciel, le bonheur D'en exercer la charge, avec beaucoup d'honneur, Et je vous viens, monsieur, avec votre licence. Signifier l'exploit de certaine ordonnance...

Peut-on douter que de même qu'il a trouvé M. Loyal en Normandie, il n'ait trouvé M. de Pourceaugnac â Limoges ?

Eût-il aussi bien décrit toute la ville, s'il ne Tavait connue ? Mais nous trouvons dans ses œuvres d'autres indications encore. Molière n'observait pas seulement les usages, l'esprit et les mœurs des populations qu'il visitait, il apprenait leur langage; il reproduit dans ses pièces les dialectes de plusieurs provinces; ces provinces sont, n'en doutez pas non plus, celles qu'il a visitées; ainsi, dans cette même comédie de Pourceaugnac, il met en scène une Languedocienne de Pezénas ; c'est un souvenir de voyage ; il oppose à cette baragouineuse du Midi une taragouineuse du Nord : « Tout Chin Quentin

a assisté à no noche. » Or, s'il sait si bien ce joli dialecte picard, n'est-ce pas qu'il Taurait, comme le languedocien, appris sur les lieux mêmes? Qu'on cherche â Sâint-Quentin', et Ton y pourra trouver quelque trace du passage de Molière.

Voici, toujours dans Pourceaugnae^ un autre provincial :

c Moutsir, afec le fôtre permission, je suisse un trancher'marchand flamane, qui f oudroit bienne fous temandair un petit nouvel. >

Cherchez du côté de la Flandre, messieurs les commentateurs, vous y pourrez trouver quelque petit document qui vous permettra d'établir que l'auteur des Femmes savantes voyagea de ce côté-là, et si vous êtes membres de quelque académie flamande, cette découverte pourra servir â votre avancement dans le monde.

Attendez! voici de nouveaux baragoui' neitrs :

c — Allons, dépêchons, camerade ; li faut allair tous deux nous à la Crève pour regarter un peu chousticier sti mousieu de Porcegnac, qui Ta été contané par ordonnance à l'être pendu par son cou.

c — Si faut nous loêr un fenêtre pour foir sti choustice.

c — Li disent que l'on fait téjà planter un grand potence tout neuve pour li accrocher sti Porcegnac. »

Ceci ne doit-il pas appeler quelques investigations vers Besançon ou Nancy ? Ce serait parÊiitement mon avis ; mais je n'ai à m*occuper ici que du séjour à Rouen.

Grande fut la joie de Molière en apprenant que le théâtre où il allait jouer Ni" comède était dans le voisinage même de la rue où demeuraient Pierre et Thomas Corneille, qui justement restèrent toute cette année-là à Rouen. On devine si les visites furent fréquentes entre les trois poètes. Corneille avait cinquante-deux ans, son frère Thomas en avait trentedeux et Molière trente-six. Que de conseils demandés et reçus! Quelle bonne fortune pour Molière, au moment de s'établir à Paris, d'avoir en quelque sorte ces six mois de tète à tète avec le plus grand et le plus expérimenté des maîtres ! Ce fut sa préparation définitive. Molière, à Rouen, acheva d'organiser sa troupe et de la porter à un degré de perfection qui jamais

n'avait été égalé, et qui, peut-être, ne l'a pas été depuis. Le nombre de ses comédiens, lorsqu'il partit de Rouen, s'élevait à quarante.

Ces relations de Molière et des frères Corneille à Rouen sont chose si bien établie que, dans le temps, les faiseurs de chroniques prétendirent que Pierre et Thomas n'étaient point insensibles aux charmes d'une jeune actrice de la troupe de Molière. La seule chose surprenante serait qu'ils n'eussent pas été sensibles aux charmes et aux talents de toute cette troupe. On pourrait, sans crainte de se tromper beaucoup, affirmer que peu de représentations furent données à Rouen par Molière sans que les deux Corneille y assistassent. On a retrouvé dans ces derniers temps l'exemplaire de Nicomède qu avait servi à Molière pour la distributioa des rôles (on voit qu'il y jouait celui de Persée); des vers y ont été corrigés ; ces corrections n'auraient-elles pas été faites par Molière, d'accord avec Corneille? Les érudits décideront.

Ce qu'il importe ici de constater, c'est que Molière ne prit vraiment son 'grand

vol, ne commença lui-même la série de ses chefs-d'œuvre qu'après le séjour à Rouen, c'est-à-dire après les six mois passés en compagnie de Corneille.

Bientôt ils se retrouveront à Paris, et jusqu'à la fin de leur vie ils resteront fidèles l'un à l'autre. Corneille, devenu vieux et fort solitaire, ne sortira plus que pour aller, de temps en temps, dîner chez Molière. L'auteur du Cid ne consentira à travailler en collaboration qu'avec Molière (dans Psyché).

Ce séjour au milieu des Normands dura tout l'été de 1658.

Selon quelques commentateurs, la troupe ambulante voyageait à cheval, et l'on donnait aux acteurs un cheval pour trois, aux actrices un cheval pour deux. Molière, en sa qualité de directeur, avait un cheval pour lui seul.

Les choses ne se passaient pas aussi réglementairement que ceîa; on allait comme on pouvait : les uns à cheval, les autres en charrette, avec tout l'attirail des décors et machines; les autres sur de simples mulets, sur des bourriques ou à pied. Ils voyageaient en bateau, lorsqu'un

jour Molière, dans le Languedoc, s'aperçut qu'on lui avait volé sa valise. Dassoucy raconte qu'il a navigué sur le Rhône avec Molière et sa troupe.

Du reste, leur manière de voyager a été on ne peut mieux dite par Scarron dans le Roman comique. C'est là aussi qu'il faut voir la joie qu'ils causaient à leur entrée dans les villes ; aussi nos ancêtres durentils garder le plus excellent souvenir de ce joyeux été de 1658, où pour la première fois ils virent jouer l'Étourdi y le Dépit amoureux, le Médecin volant, de Molière, et Nicomède^ de Pierre Corneille.

Durant ce séjour à Rouen, Molière iit plusieurs voyages, seul, à Paris, pour s'y préparer la protection de Monsieur.

Cette protection, par l'entremise du prince de Conti, lui ayant été assurée, il rentra à Paris au mois d'octobre de la même année, et sa troupe, présentée au roi par Monsieur, fut admise à l'honneur d'une représentation devant la cour.

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E théâtre, comme décorations et machines, était alors dans tout son éclat, depuis Corneille et Richelieu; mais c'était encore chose nouvelle. En eflfet, « j'ai ouï dire à des gens àgez, raconte Perrault, qu'ils avoient veu le théâtre de la comédie de Paris de la mesme structure et avec les mesmes décorations que celui des danseurs du Pont-Neuf; que la comédie se jouoit en plein air et en plein jour, que le bouffon de la troupe se promenoit par la ville avec un tambour pour avertir qu'on alloit commencer. Les pièces qui nous restent de ce temps-là sont de la mesme beauté que le lieu où l'on en faisoit la représentation. Ensuite on les joua à la chandelle, et le théâtre fut orné de tapisseries qui donnoient des entrées et des

sorties aux acteurs par Tendroît où elles se joîgnoîent l'une à l'autre.

c Ces entrées et ces sorties estoient fort incommodes, et mettoient souvent en désordre les coeffures des comédiens, parce que ne s'ouvrant que fort peu par en haut, elles retomboient rudement sur eux quand ils entroient ou quand ils sortoîent. Toute la- lumière consistoit d'abord en quelques chandelles dans des plaques de fer blanc attachées aux tapisseries; mais comme elles n'éclairoient les acteurs que par derrière et un peu sur les côtés, ce qui lesrendoit presque tout noirs, on s'avisa de faire des chandeliers avec deux lattes mises en croix, portant chacun quatre chandelles, pour mettre au-devant du théâtre. Ces chandeliers, suspendus grossièrement avec des cordes et des poulies apparentes^ se haussoient et se baissoient sans artifice, et par main d'homme, pour les allumer et les moucher. La symphonie estoit d'une flûte et d'un tambour, ou de deux méchants violons au plus. »

Molière et les Béjart, en province, avaient joué bien des fois dans des loges du genre de celles que nous décrit Perrault; mais

ce fut au Louvre, sur un théâtre dressé par les ordres du roi, qu'eut lieu ce début devant Leurs Majestés.

Ils avaient choisi, pour cette circonstance, Nicomède^ de Corneille, et ils s'en acquittèrent aux applaudissements de la cour. Après la tragédie, Molière, qui aimait la harangue, s'avança sur le bord du théâtre, salua avec une grâce infinie, fît un discours au roi, à toute l'assemblée (c'était l'usage), et demanda la permission de représenter un de ces petits divertissements à la manière des Italiens Le discours fut charmant , plein d'adresse , et plut beaucoup.

Cette première représentation se termina donc par le Docteur amoureux.

Après avoir montré tant de bonne grâce dans le petit discours, Molière fut ravi de paraître sous l'accoutrement du docteur.

Il y eut un si grand succès que le roi, dès ce jour-lâ, le prit en estime. Le discours, d'ailleurs, plein d'une flatterie fine, l'avait charmé. Aussi donna-t-il des ordres pour que la salle du Petit-Bourbon fût mise a la disposition des nouveaux comédiens ; et ils y jouèrent alternativement avec les Ita«

liens jusqu'en 1660, époque à laquelle ils s'e'tablirent au Palais-Royal, sous le titre de Comédiens de Monsieur.

Molière, jusqu'ici, avait marché dans les voies de ses devanciers et contemporains.

Il s'était conformé au genre un peu factice du temps : des amoureux sous le balcon d'une belle, à la manière espagnole, puis des valets rusés jouant mille bons tours à de risibles Gérontes, leur enlevant filles, nièces, etc. Ce sont des comédies amusantes, pleines de verve et bien inventées, mais ce n'est point la vie. Tout cela, c'est l'extérieur de l'homme ; et il y a en lui de bien autres comédies, pensait Molière, c Je ne comprends pas, disait-il un jour à ses camarades, en Languedoc, comment des personnes d'esprit prennent du plaisir à ce que je leur donne ; mais )e sais bien qu'à leur place je n'y trouverais aucun goût. » Il sentait combien son art était encore au-dessous de son cœur. Oh !

s'il venait jamais à exprimer ce cœur, on verrait ce que c'est que la vraie comédie l

Dès son établissement à Paris, il s'essaye dans des voies nouvelles ; il donne les Précieuses, Son premier coup d'œil dans

SON Th£a.TRE et ÇON MéNAGG. 91

ce beau monde avait été pour les femmes.

La fausse éducation qu'on leur donne et leur désœuvrement le frappèrent. A quoi donc passez-vous le temps ^ mesdames? leur demandait-il dans le rôle de Mascarille.

A rien du tout^ répond Cathos. Leurs minauderies, leur jargon inintelligible, le pathos des pédants, furent à jamais couverts de ridicule.

On s'étouffait aux premières représentations: il fallut doubler, tripler le prix des places pendant quatre mois. On accourait de vingt lieues. Du milieu du parterre un vieillard s'écria: Courage^ courage^ Molière ! voilà la bonne comédie! Ménage s'en prétendit guéri du style amphigourique.

Ici plus d'intrigues, plus de saillies ; mais seulement la conversation reproduite des sociétés du temps; or la conversation, dans le beau monde où l'on avait pour règle de parler autrement que le peuple, en était arrivée à un degré de puérilité difficile à croire. Les objets les plus simples, une chaise, un chou, ne s'appelaient plus par leurs noms. On avait donné à tout des appellations merveilleuses. Dire « un lave-

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ment » eût fait frémir ; on inventa comme plus décent a le bouillon des deux sœurs».

Les noms propres eux-mêmes, ceux des rues et ceux des personnes, n'avaient point été respectés. On leur substituait des noms de roman.

On disait la place de Délos^ pour Tîle Notre-Dame ; le quartier des Scholies^ pour le Marais. Madame Daligre et madame Daragonnais, grandes précieuses, étaient devenues Thélamireei la princesse Philoxène; Sarrasin, Conrard, Saint-Aignan, c'étaient Polyandre^ Théodamas^ Artaban. Godeau, le petit évêque de Grasse, s'appelait le Mage de Sidon ou le Nain de Julie (à cause de ses relations avec Julie d'Angennes). Catherine de Rambouillet, la reine de ce monde, ne fut-elle pas louangée en chaire, par Fléchier, sous le nom de VIncomparable Arthénice ?

« Cathos et vous Madelon, disait

Gorgibus.

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