‹ Mollusques marins des îles Açores (volume 2)Chapitre 5 sur 41 · Tl r r:llir · texte numérisé non relu

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tièrement de côté cette partie de mon exploration, pour ne m'occuper ici que des mollusques marins.

Les conchyliologues remarqueront sans doute une certaine analogie entre la faune des Açores et celles de la Corse, de la Sicile, du golfe de Naples, et il leur suffira, pour apprécier ces rapports, d'ouvrir les catalogues de Payraudeau, de Requien, de Philippin de Maravigna et de Scacchi.

11 sera facile également de se convaincre que la plupart des espèces mentionnées dans notre opuscule se retrouvent soit dans la Méditerranée, soit aux îles Canaries, soit enfin dans la mer des Antilles, fait que la position des Açores, intermédiaire entre ces différents points, explique parfaitement.

D*un autre côté, on sera surpris peut-être de trouver cette faune moins riche que celles des régions que je viens de citer, moins riche aussi que celles des côtes du midi de la France, de la Sardaigne, du golfe Adriatique, et de plusieurs autres contrées analogues par leur constitution géologique et leur latitude. Spécialement, elle est plus restreinte que celle des Iles Canaries, où Ton trouve, selon M. d'Orbigny, 196 espèces de mollusques, dont 139 marines et 57 terrestres ou fluviatiles, tandis que notre catalogue ne comprend que 75 espèces marines, dont cinq seulement sont nouvelles (1); mais Tarchipel canarien, par sa proximité du tropique et du continent

(1) L*ouvrage de M. Morclet comprendra rindication de 70 espèces envirun de mollusques terrestres, dont près de 30 sont iniédites !

africain, se trouve évidemment dans des conditions plus heureuses.

En outre, je n'ai observé aucune des espèces rares du Portugal, telles que le Fusus contrarius, le Priamus stercuS'puKcum, le Donax fragilis, le Panopœa Aldrovandi, et plusieurs autres qui se rencontrent quelquefois sur les côtes occidentales de la Péninsule, et que j'avais Tespoir de retrouver dans l'archipel aço- • réen ; en6n, il n'y a point d'huître dans ces parages, taodis qu'on en trouve au moins deux ou trois sur les côtes de Portugal, et deux aussi aux Canaries : les Ostrea cochlear et crisla-galli,

A quoi donc attribuer le peu de développement de la vie malacologique (s'il est permis de s'exprimer ainsi) dans l'océan qui baigne des rivages enveloppés par un ciel si doux?... Est-ce à la nature des roches, qui sont toutes basaltiques et trachytiques, ou bien à la profondeur énorme de la mer le long des côtes, ou bien à la conformation même de ces côtes, qui sont accores , presque toujours à pic et sans plage, ou bien encore, et surtout, à la violence continuelle des vagues qui battent sans cesse les rivages avec une fureur extrême ?. . . Sont-ce toutes ces causes réunies qui produisent ce résultat?... Je ne saurais me prononcer ; mais je ne puis mieux comparer la rareté de la vie animale sur les côtes de cet archipel qu'à celle reprochée, par M.deQuatrefages, à certains points de la Sicile (1). J'ai quelquefois parcouru plusieurs lieues de côte et des plages d'une

(1) Souvenir» d'un naturaliste. Paris, 1854; 2 vol. in-18; pasiim.

certaine étendue sans voir une seule coquille, soit vivante, sur les rochers, soit morte, sur le sable, apportée par les flots.

Cependant la température de la mer est extrêmement douce et égale dans ces parages, et elle est encore entretenue dans cet état par le passage du Gulf-stream, dont la présence a été signalée au nord et à Touest de l'archipel (1).

J'avais d'abord pensé au manque de végétation sous-marine comme pouvant être une des causes de la rareté des mollusques dans ces localités. Mais j'ai bien vite abandonné cette idée quand j*ai songé aux masses énormes de Fucus dont on a constaté l'existence dans ces mers (au point de les faire nommer mar de Sargasso!)^ et quand j'ai pu vérifler moimême ce fait autour des iles de Florès et de Corvo, où la mer est littéralement couverte d'algues à certaines époques de l'année (2).

Peut-être aurais-je fait une moisson plus abondante si j'avais pu mettre à proflt la rencontre que je fis de

(1) Voyez : de Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent; Tableaux de la Nature, etc. — J'ai recueilli, sur les (rôles de Florès, des graines de Mimosa scandens charriées par ce courant depuis rAmérique tropicale.

(2) Les Açoréens donnent le nom de Sargasse à plusieurs plantes marines de la famille des Algues et de l'ordre des Fucus, parliculièremenl aux Sargassum vu/gare Ag., bacciferumkg. et stenophyllum Mari. Dans les parages de Florès et de Corvo, la mer est quelquefois couverte d'une telle quantité de ces Fucus, que les insulaires l'ont appelée mer de Sargasse (mar de Sargasse; c'est ce que les anciens navigateurs espagnols nommaient des j^rairte^ ; praderias de yerva). C'est avec ces plantes, de petits coquillages et des fragments de polypiers que les jeunes

ces prairies de la mer, comme les appellent les anciens auteurs espagnols, et si j'avais pu porter mes investigations à une certaine profondeur. Malheureusement, les circonstances ne m*ont pas servi pour tout cela, et mes recherches ne se sont guère étendues qu'aux espèces qui habitent le littoral.

Je me suis adressé aux pêcheurs, qui sont nombreux, notamment dans les îles de San-Miguel et de Pico; mais leur concours a été, je puis le dire, on ne peut pas plus faible. Ils ne comprenaient pas qu'on pût venir de si loin pour ramasser de semblables choses, et je n'ai jamais pu les décider, ni pour or ni pour argent, à me rendre, sous ce rapport, de véritables services. Ils n'aiment pas, d'ailleurs, à rien changer à leurs habitudes. C'est un pécheur de Pico qui, me voyant déployer une certaine ardeur à la recherche des petits mollusques terrestres, dit un jour confidentiellement à mon muletier : « C'est bien dommage, mais ce seigneur français est pris de là ! » et en disant ces mots, il se touchait le front d'une manière très-significative.

Au reste, il faut bien le reconnaître, pour étudier convenablement la conchyliologie marine, il est indispensable d'habiter longtemps une contrée. Ce n'est pas au bout de quelques mois de séjour et de recherches plus ou moins suivies, qu'on peut se flatter de connaître la faune d'une région un peu éten-

fllles de Payai (lesquelles, pour le dire en passant, sont avec celles de San-Miguel les plus industrieuses el les plus adroites deTarchipel) composent, avec inûniment de goût et d'habileté, des groupes très-remarquables par Theureuse combinaison des couleurs et la délicatesse des matériaux.

dae, surtout d'un archipel. L'on pourra signaler les espèces vulgaires et sédentaires, mais combien d'espèces rares ou voyageuses vous auront échappé ! II est donc nécessaire de ne considérer ce catalogue que comme un premier essai, un premier jalon planté sur la route, indiquant les mollusques marins les plus communs des Açores, et je ne serais point étonné si le nombre en était un jour doublé. D'ailleurs, j'aurais pu enrichir ma liste de plusieurs autres espèces signalées dans des régions voisines et analogues ; mais je ne l'ai pas voulu faire, me bornant à indiquer ce que j'ai moi-même observé.

Quoiqu'il en soit, il est à remarquer que certaines espèces prédominent dans ces parages, et reparaissent fréquemment sur les côtes au préjudice ou à l'exclusion de toutes autres. Elles y sont presque toujours réunies par groupes assez nombreux, et depuis longtemps déjà les indigènes ont tiré parti de ces espèces sédentaires, dont la prise de possession des localités est parfaitement assise et assurée, au point de vue de l'alimentation .Telles sont, par exemple, le PateUa erenala (et les autres espèces du genre, qui peuvent être regardées comme les mollusques essentiellement prédominants sur les côtes açoréennes ! ), le Bcdanus tintinnabulum , le Purpura hœmasloma, le Littorina siriata, toutes édules, et très-abondantes sur presque toutes les côtes de l'archipel; telles sont encore VÀnatifa IcBvis et les Blalioiis^ non moins répandues que les précédentes ; et enfin, les Pecim pusio, Cardium fasdatum et Columbella rusliea, qui pullulent également sur le littoral de plusieurs fies.

D'autres , au contraire , sont fort rares et ne se rencontrent pour ainsi dire qu'accidentellement,

amenées de lointains rivages par les courants, ou soulevées des profondeurs de TOcéan par la tempête. Tel est le cas, par exemple, du Carinaria fragilis^ dont on ne connaît guère qu'une capture ou deux prés de l'archipel, du Janthina exiguay du Solarium luleum, du Nassa Deshayesii, des Liiiopa nùidula et Gratelupeanaj du Solen marginaluSy et de quelques autres encore, qui ne sont que de passage ou accidentelles, si Ton peut s'exprimer ainsi.

Cependant, de la rareté des mollusques en général, il ne faudrait pas conclure à la complète extinction de la vie animale dans la mer des Âçores et sur ces côtes éminemment volcaniques, trop souvent éprouvées par des tremblements de terre.

C'est ainsi que Ton rencontre fréquemment dans ces parages plusieurs grands mammifères de l'ordre des Cétacés, notamment le Catodon macrocephalus (ou cachalot), qui fait l'objet d'une pêche active et étendue de la part des baleiniers américains, le Phocœna communis (marsouin) qui est abondant, et d'autres espèces des genres Delphinus, Physeler et Balœnoptera. Une centaine environ de bâtiments croisent annuellement dans la mer des Açores pendant la belle saison, c^est-à-dire depuis le mois d'avril jusqu'en novembre, et se livrent exclusivement à celte pêche, ou plutôt à ce genre de chasse, qui a ses dangers.

L'on pêche souvent, et l'on mange une tortue d'assez forte taille et de grands crustacés correspondant à nos homards et à nos langoustes.

Les poissons sont nombreux en espèces et extrêmement abondants en individus. C'est la base de la nourriture de toutes les classes, riches et pauvres, et la profession de pêcheur est, entre toutes, celle qui

compte le plus de représentants. Chaque malin, des centaines de barques s'éloignent de la côte et vont demander aux innombrables phalanges qui sillonnent l'Océan un pain quotidien. Quelquefois la pêche a lieu pendant la nuit, surtout pour les tortues, les langoustes et les homards, et. plus d'une fois j'ai vu les côtes éclairées, de distance en distance, par des feux dont la signification m'était d'abord inconnue, mais que le navigateur voit toujours avec plaisir. — (c II n'est pas un voyageur, dit M. Berthelot, qui, en traversant l'Atlantique, n'ait observé comme moi ces brillantes coryphènes et les bonites légères qui se jouent dans le remou, les poissons pilotes qui s'attachent au vaisseau et se plaisent dans son écume, les légions de thons, dont la pèche providentielle fait la joie de l'équipage, et ces dauphins navigateurs que le marin signale de loin comme un heureux présage : avant-coureurs d'un vent frais, ils arrivent du bout de l'horizon, bondissent sur la lame comme pour saluer le navire, plongent sous sa quille, le croisent dans sa marche, s'éloignent et reviennent dans un clin-d'œil pour recommencer vingt fois leurs évolutions. Et le terrible requin, aux sinistres traditions, toujours de l'arrière, prêt à engloutir ce que la fatalité, le hasard ou la ruse viendront offrir à sa voracité (i). d — Ces poissons paraissent appartenir plus particulièrement aiix genres ZeuSj Mugily ThynnuSy Zigornùy Xiphias, Serranus, Scomber, Caranx, Sparus, Boops, etc. Je me souviens d'en

(1) De la Pêeke sur la côte occidentale d'Afrique, par Sabin Berthelot. Paris, 1840; în-8% page 57.

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