‹ Mollusques méditeranéens [!]; observés, décrits, figurés, et chromolithographiés d'après le vivantChapitre 13 sur 35 · TROISIÈME GENRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME GENRE

ARGONAUTE 4RGONAUT A. Lai.

Gmel., Montfort, Brug., Cuvier, Lamark, Oken, Leach, Poli, Ranzani, Risso, Sowerby, Delle Chiaje, Férussac, Rapp, Philippi, Cantraine. Nautile, Nautique, Nauplie, Pompille ou œuf de Poulpe. Aristote, Pline, Athénée, Oppien, Bellon, Gesner, Aldrovande, Rumphius, D’Argenville. Genre Cymbium, Gualtieri. Genre Ocythoë, Raffinesque.

Animal au corps gibeux et acuminé, ouvert jusqu’au dessus des yeux et muni d’un appareil constricteur; tête peu distincte et oblique; tube locomoteur très long ; bras insérés entre les yeux, et munis de deux rangées de cupules relevées, pédiculées, la 1. paire développée en large membrane ou palmure, qui embrasse la coquille, pendant la marche rétrograde; membrane ombellifère très-petite; muni d’une coquille externe.

48 CÉPHALOPODES Coquille, univalve, uniloculaire, involute, subnaviculaire, très-mince, à spire bicarinée : ou tuberculeuse , rentrante dans l'ouverture, mince, polie, d’un blanc de lait, à spire noirâtre.

N. 1. A. PAPYRACÉE. À. ARGO. Li. PI. 17. 18.

Linné, Syst. Nat. XII N.° 271.

Olivi, Zoo!. Adriat. pag. 129. Montfort, Buffon de Sonnini. Moll. 111. pag. 119. PI. XXVL. et XXXV. Poli, Mem. sul. Nautilo. Test. utriusq. Sicil. t. HE. pag. 1. tab. XL. a XLIIT. Delle Chiaje , Payraudeau, Risso, Rang, Guerin, Philippi, Cantr., Oper. cit. Féruss. et D'Orbigny, Monogr. Genre Argon. PI. 1 et 1 bis. PI. 6. fig. 1. 2. Nautile ou nautique. Aristote, Hist. Anim. t. IV. Cap. 1. 16. lib. IX. Cap. XX. 12. “Pompile et Nauplie. Pline, Æist. nat. lib. IX. Cap. XXIX et XXX. Nautilus. Bellon, Rondelet, Aldrovande, D'Argenville. Oper. cut. Rumphius, De nautilo velific. et remig. Miscell. cur. Dec. I. an. VI. 1688. Poulpe de l’argonaute. Blainville, Journ. de phys. t 86. pag. 366, 454, 447. Dict. des Se. nat. t. XLHL. PI. 1 bis. fig. 1. Mulac. PI. 1. Ocythoë tuberculata. Raffin., Précis. des découv. sémiol. 1824. pag. 19.

O. corpore ovoidali, acuminato, pileiformi, glabro: capite minimo , oculis proeminentibus, brachiis inaequalibus, superioribus in membranam amplam discoideam expansis, acetabulis elongatis ; wmbella minima.

Corps conique, un peu aplati latéralement, ample antérieurement, acuminé en arrière, à extrémité obtuse et recourbée en dessus, piléiforme, entièrement lisse. Ouverture large, béante , fendue sur toute la partie ventrale et latérale jusqu’au dessus des yeux ; appareil constricteur formé de chaque côté par un tubercule conique un peu recourbé en bas et placé sur la paroi interne du corps, et par une fossette profonde, qui se trouve à la base latérale du tube locomoteur.

Tête oblique, un peu repliée en dessus, très courte, entièrement lisse, peu distincte à la partie dorsale, par la raison qu’il n’y existe aucun étranglement postérieur, moins large que le corps. Yeux gros, très saillants, pouvant se recouvrir par les replis membraneux de la peau; placés presque à la base des bras latéraux, occupant les deux tiers de la hauteur de la tête.

Bras très-différents entre eux, les uns palmés, les autres libres; les supérieurs trèsrapprochés à leur base, naissants entre les orbites des yeux à la moitié de leur hauteur ; très déprimés latéralement à leur base, comprimés extérieurement, diminuant progressivement jusqu’à leurs extrémités , se repliant sur eux mêmes et formant une grande raquette, qui est occupée par une membrane vélifère, spongieuse, et élastique; laquelle prend naissance très près de la base dorsale, arrive en se dilatant jusqu à un tiers de la longueur de ces mêmes bras, à l’extrémité desquels elle se réunit en y faisant quelques replis. À la base dorsale de chacun de ces bras on voit une bride, qui les rattache au corps. La 2.° paire de bras est la moitié moins grosse que la 1°: elle est déprimée

OCTOPODES 49

latéralement à la base, très-comprimée à la face interne, se dilate de suite et considérablement du côté extérieur, au point où termine la dépression latérale, puis diminue progressivement jusqu’à son extrémité, qui est très fine. La 3. paire de bras est plus grêle et plus courte que la 2°; de même que la précédente, elle est déprimée à la base et ensuite comprimée.

La 4. paire de bras, presque aussi grosse que la 1.r, et plus longue que la 2, se termine en pointe filiforme; elle est déprimée latéralement dans toute sa longueur, et porte une membrane natatoire longitudinale dorsale, qui se termine à la base en une bride, soutenant la paroi supérieure du tube locomoteur.

Cupules en godet, très saillantes, pédiculées, espacées et disposées sur deux rangées distantes l’une de l’autre; sur la 1." paire elles sont quasi perpendiculaires, s’amoindrissent progressivement, et à mesure qu’elles diminuent de grosseur, leur base se raccourcit; elles sont parfaitement sessiles sur la partie des bras occupée par la membrane, et presque invisibles vers l’extrémité. Une membrane longitudinale transparente, très prononcée, lie entre elles les cupules de la rangée extérieure, et en embrasse toute la base: les cupules de cette rangée sont plus grosses que celles de la rangée opposée ; elles vont en augmentant de grosseur jusqu’à la 7, diminuent sensiblement après la 13.°, et se perdent à l’extrémité des bras. Sur ceux de la 2. et 5. paire elles sont presque couchées latéralement et inclinées vers l’extrémité: elles sont réunies par une membrane, qui se confond avec le bras, et en rattache toute la base: sur la surface interne ces cupules paraissent presque sessiles ; elles augmentent de grosseur jusqu’à la 8.°, et diminuent ensuite progressivement. Sur les bras .de la 4° paire, elles sont comme celles de la 2.° et de la 5.°; mais la membrane, qui les réunit, est plus prononcée sur la rangée externe que sur linterne: elle n’est visible que jusqu’à la moitié des bras. Les cupules sont au nombre d’environ 180 sur la 2.° paire de bras, de 160 sur la 3, et de 100 sur la 4. |

Membrane ombellifère, bien prononcée sur tous les bras, et se prolongeant très peu sur leurs côtés. |

Bouche entourée de deux lèvres, dont l’extérieure est lisse et l’intérieure comme festonnée.

Ouvertures aquifères, au nombre de deux, à l'angle postérieur de lœil, difficiles à apercevoir.

Tube locomoteur conique, très long. dépassant la tête et même la membrane ombellifére , fixé à la tête par deux brides latérales, qui le rattachent à la base des bras inférieurs.

Proportions du plus grand individu que j'ai eu.

Longueur totale . < : : à $ : : : : : 0,330

: Longueur du corps mesuré en dessus . à : : s ; : : : 0,100 Longueur du corps mesuré-en dessous À re 4e à = 0,080 Longueur de la tête . 5 - ; À 0,045 :

Longueur äu tube locomoteur > . ; : - 0,070

( 4. paire . : TR : 0,210

Longueur des bras mesurés de Ja bouche | n 0,190

Se ; ; : : : : 0,130

Première paire mesurée dans toute sa longueur . . : ; 0,260

Couleurs. M. Sangiovanni de Naples à donné; en 1829, dans les ann. des. sc. nat., une

description si minutieuse et si exacte de ce céphalopode, que je crois ne pouvoir mieux faire que de la placer en tête de mes observations.

« Partie inférieure et latérale du sac. Les parties inférieures et latérales du sac sont teintées d’une couleur d'argent bruni, qui, selon les différentes directions et la force des rayons {umineux, se couvrent tantôt d’une légère teinte bleue, semblable à celle de la mer, tantôt d’une teinte verte, enfin d’une couleur pistache. La nature a encore placé sur cette surface changeante une foule de petits globules brillants, les uns jaunes, les autres châtains, d’autres d’une couleur rosée; et plus il y a de mouvement, plus ces couleurs sont belles. Parmi ces globules les premièrs sont les plus nombreux, les autres sont en petit nombre, et les derniers sont très rares. L'ensemble de ces globules colorifères, repandu sur un fond argenté, donne à la peau de cette partie du corps une teinte rosée, composée de milliers de points colorés, au milieu de laquelle on en remarque quelquesuns plus grands, placés symétriquement d’espace en espace, et situés dans le centre d’une petite tache de couleur d’argent.

» Partie supérieure et latérale du corps. La partie de dessus du corps et la partie supérieure des côtés de l’Argonaute sont teintés d’une belle couleur verte, tirant sur le pistache, qui se montre ainsi, surtout sur les dernières heures du jour. La couleur d’argent des parties latérales inférieures, envoie ensuite des prolongemens dans le milieu des régions latérales supérieures, qui sont d’une couleur verdâtre, de manière qu’elles se pénètrent réciproquement; on pourrait comparer cette pénétration de couleurs vives et élégantes à un petit plan géographique qui représenterait des états, dont les limites seraient tellement voisines , que les couleurs des deux se confondraient. La nature a orné cette partie du corps de l’Argonaute de globules chromophores jaunes tirant sur la couleur d’ocre, et de globules châtains; ces deux ordres se rencontrent en grand nombre: l’on en voit quelques-uns d’un bleu couleur de mauve. Les globules des deux premiers-ordres sont en si grande abondance, que ces parties en sont presque entièrement couvertes; cependant on en voit encore, d'espace en espace, de plus grands, placés dans le centre de petites aires circulaires et limités par des globules de différentes couleurs, qui, Comme autant de rosettes, contribuent à orner ces régions.

» Entonnoir. L’entonnoir est parsemé de globules expansifs de couleur jaune ocre, et de couleur châtain; les premiers sont plus abondants que les seconds.

» Bras: 1." paire. La surface externe de la membrane des bras à voile est couleur d’argent brillant, légèrement teintée de couleur de rubis: la surface intérieure est blanche, comme tout le fond de la peau de ces animaux, quand d’autres couleurs ne le changent point. Les globules colorifères, qui couvrent en abondance la surface extérieure de la voile, sont de couleur châtain ; l’effet qu’ils produisent, lorsqu'ils brillent sur le fond argent poli, orné d’une teinte de rubis, devient surtout admirable et impossible à décrire, quand la voile est exposée à la lumière : la surface interne est pointillée de globules de la même couleur, mais de petit volume, qui vont jusqu’à la base des ventouses, qui en sont entourées. » 2 et 5 paire. La base de la 2. et 3. paire est couleur d’argent poli; le reste est

couleur naturelle. Les globules colorifères, qui ornent leur surface, sont de couleur jauneocre et châtain, en égale quantité.

OCTOPODES J|

» 4.e paire. Le côté antérieur des bras de la 4. paire est également de couleur d’argent » poli; mais, vers le milieu de la longueur, il est teint d’une couleur cinabre. Les globules » expansifs de ces bras, excepté quelques-uns qui sont châtains, sont tous de couleur jaune- » ocre; ils sont répandus en grande abondance surtout à la surface antérieure, et ils produisent » un très-bel effet, lorsque l’animal est exposé à la lumière, et qu’il est en mouvement.

» Jris. Enfin la membrane de l'iris de ce mollusque est ornée elle-même de globules » colorifères châtains, qui, dans leurs mouvements , alternent et augmentent leurs » couleurs ».

Un individu, très frais, m'a offert tout le corps, la tête, les deux faces des voiles, le bord des membranes ombellifères, d’un brillant d’argent, irisé d’une belle teinte rose plus ou moins vive, nuagé de bleuâtre, de vert, de jaune et de ronge, par l'effet de poirts chromophores; les orbites des yeux d’un beau bleu très brillant; l'iris vivement argenté et couvert de points chromophores ; la membrane longitudinale, qui réunit les rangées externes des cupules de la 1." paire de bras, transparente et sans points.

Un autre individu, très petit, était d’une teinte généralement blanchâtre; les reflets métalliques argentés ne brillaient que sur les deux côtés des voiles, le long des parties latérales des bras, sur le bord externe des membranes ombelliféres, et sur l'iris. Les côtés des orbites des yeux, sur le bord supérieur desquels, étincelait une tache dorée, étaient d’un beau bleu d’outremer. Vu la transparence, le corps était teinté de rose, de bleu, de jaunâtre et de verdâtre; il était couvert de très petits points chromophores ‘clair-semés et d’une teinte neutre : près de l’ouverture du corps sur les côtés, on voyait des points bleus outre-mer très brillants; toute la partie dorsale du corps et de la tête était couverte de points plus gros et plus rapprochés, d’une teinte neutre plus obscure. Sur les parties latérales, se nuagaient d’autres points rouge-jaunàtre, gros et clair-semés : sur la partie inférieure de de la tête et sur l’entonnoir, les points chromophores étaient comme sur le reste du corps, fins, clair-semés; mais plus gros et plus rapprochés sur le bord de lPentonnoir, où ils passaient au rougeûtre.

La surface externe des bras en voile était toute couverte de très petits points chromophores d’une teinte neutre ; à leur base on en voyait de plus gros, mais rouge-ocreux ; et le long de la base de la membrane longitudinale, qui rattache les cupules, brillaient des points chromophores bleus outre-mer. La face interne des bras était couverte de points d’une teinte neutre et très obscurs, très rapprochés vers la base, et s’étendant jusque sur le pédicule des cupules : ces points diminuaient de grosseur, étaient plus elair-semés sur la voile et manquaient presque entièrement vers l’extrémité ; cependant cette partie était parsemée de taches oscillées, formées par la réunion en cercle de points de la même couleur. Les bras latéraux étaient couverts de points d’une teinte neutre, et vers leur base de petites taches jaune-ocreux, formées par la réunion de plusieurs points de cette couleur : ces bras inférieurs ne différaient point des précédents : sur les parties latérales, les taches ocreuses passaient au cinabre très vif.

Les bras, à l’intérieur, étaient couverts de points très-fins laque ; les lèvres et les membranes ombellifères , à l’intérieur, blanches et sans points.

La coquille de l’Argonaute papyracée est si connue et si bien décrite et figurée dans tous les ouvrages de malacologie, que je crois superflu d’en parler.

52 CÉPHALOPODES Rapports et différences.

Le caractère des bras supérieurs, développés en membrane vélifère; ou ‘large palette membraneuse, fait au premier coup d’œil trop bien reconnaitre ce mollusque, pour qu'il soit nécessaire que j’entre dans d’autres détails comparatifs. |

L’Argonaute papyracée se rencontre dans toute la Méditerranée, dans l’Adriatique, la Mer rouge, au Cap de Bonne Espérance, dans l’Inde, aux Canaries et aux Antilles: elle se présente accidentellement, et dans toutes les saisons, sur les parages de la Ligurie, et de la Provence ; en Sardaigne, en Algérie et en Sicile elle est plus commune; et très abondante dans le golfe de Tarente. Je n’ai jamais surpris l’Argonaute nageant à une certaine profondeur dans l’eau, embrassant sa coquille avec les palmures des bras (PI. 18. fig. b), ainsi que la observé M. Rang, et que l'ont vérifié bien d’autres naturalistes: mais je Pai vue nager à la surface de l’eau avec les bras ‘palmés, non déployés en voile, mais s’en servant comme de puissantes rames, qu’il plongeait et retirait en partie de l’eau alternativement, s’aidant aussi des autres bras, qu'il n’en retirait jamais. C’est par un temps très calme et au coucher du soleil, que je vis ce mollusque s'approcher de la terre, où je le saisis quand il fut à ma portée. Il avait, dans 12 à 15 minutes, parcouru sous mes yeux un espace d'environ 20 mètres.

Une autre fois les pêcheurs m'en apportèrent un petit qui, pendant plus d’une heure encore, se joua à la surface de l’eau, dans le baquet où il était déposé puis tout-à-coup; il appliqua les palmures des bras supérieurs sur les parois externes de la coquille, refoula le reste du corps au dedans, et se laissa couler au fond du vase: là, peu-à-peu il rentra entièrement dans la coquille, ne fit plus aucun mouvement , et au bout de deux jours je le trouvai mort. Ce genre de navigation a déjà été décrit par Pline, qui cite le récit de Mucianus, témoin oculaire de ce spectacle ; par Rumphius ; et M. D’Orbigny, dans ses savantes recherches, l’a trouvé confirmé dans l'Encyclopédie Japonaise.

La navigation à voile de l’Argonaute, décrite par Aristote, répétée par les naturalistes, qui le suivirent, «amplifiée et divinisée par les poètes, n’est que la répétition d’une fable populaire et le résultat d’une confusion, qui à eu lieu entre l’Argonaute pompile des anciens, mollnsque , et le Pompile, poisson sacré. En lisant sans préoceupation la plus grande partie des citations, on voit clairement qu'elles appartiennent au poisson Pompile, non au Nautile pompile. La citation suivante d’Oppien, que nous trouvons dans la monographie des cépha- Jopodes (pag. 111), en fournit une preuve évidente. l

» On voit aussi le Callichte, ou le poisson sacré, le Pompile, honoré des navigateurs, qui » l'ont ainsi nommé, parcequ’il les accompagne dans leurs voyages. Entrainés par la joie » la plus vive à la vue des vaisseaux, qui sillonnent les mers, les Pompiles les suivent en » foule à l’envi, sautant et se jouant à la poupe, à la proue, sur les flancs, tout autour » de ces chars maritimes. Leur passion pour eux est si ardente, qu’on dirait qu’ils cèdent » moins à une impulsion libre et volontaire qu’à des liens, qui les enchainent aux bâtiments » et qui les forcent d’en suivre ia marche.

OCTOPODES D9

» Comme on voit un prince qui vient de prendre une ville, comme on voit un homme » vainqueur dans les jeux publics, le front ceint d’une couronne de fleurs nouvelles, » autour desquels se presse un peuple immense, enfans, jeunes-gens, vieillards, qui les » accompagnent, qui sont toujours après eux, jusques aux portes de leur habitation, et » ne se retirent qu'après les avoir vus pénétrer dedans: ainsi les Pompiles vont toujours » en foule à la suite des navires, tant qu’ils ne sont pas troublés par la crainte du voi- » sinage de la terre; sitot qu'elle’n’est plus éloignée, car elle leur est odieuse, ils se retirent » et abandonnent les vaisseaux. Leur retraite est un indice certain pour les nautonniers, » qu'ils approchent du continent. O poissons justement chers aux navigateurs! Ta présence » annonce les vents doux et amis, tu ramènes le calme et tu en es le signe ».

Avec toute l’indulgence que peuvent mériter les licences poètiques, il est impossible d'admettre qu’un Argonaute puisse suivre un navire, sauter, se jouer à sa proue, à sa poupe, sur ses flancs, etc.; et toute personne, qui à fait un voyage daus l'Océan et même dans la Méditerranée, et aura rencontré (ce qui est très facile), quelque bande de Pilotes, en lisant cette belle description, reconnaitra justement et dès le premier abord, le poisson Pompile, Naucrates ductor, de M. Cuvier et Valenciennes, et verra qu’il n’y a rien d’exagéré, Déjà dans sa faune Italienne, le Prince de Canino à émis l’opinion que le Pompiie des anciens est le Vaucrates ductor, et non le Centrolophus pompilius. Dans la citation ci-dessus nous voyons que les Pompilius vont toujours en foule, ce qui est très vrai pour le Vaucrates, et faux pour le Centrolophus, poisson qui vit isolé, a de grandes profondeurs, ne s’y. prend que rarement, n’approche jamais de la terre et n’a jamais été vu à la suite des navires. Dans l’histoire des poissons de M. Cuvier et Valenciennes (vol. 8. pag. 229), cette opinion est aussi partagée par ces savants, comme le prouvent les paroles suivantes, « il » nous paraît, comme à M. Schneider, que notre pilote était le Pompile des anciens ». Enfin dans la description du Pompile, dans Rondelet, ou le Centrolophus est figuré parfaitement, quoique d’une manière bien grossière, nous voyons que les anciens confondaient déjà ces . deux poissons. Il est désormais impossible de prendre le Pompile poisson pour le Pompile inollusque après la citation ci-dessus ; et je crois inutile de chercher d’autres preuves.

La grande question du parasitisme de l’Argonaute a été très savamment exposée dans l’article Argonaute de la monographie des céphalopodes par M. D’Orbigny, et dans le 11 volume de la seconde édition des animaux sans vertèbres de M. Lamark, par M. Deshayes , et enfin dans les ouvrages de M. Delle Chiaje. Leur opinion a été appuyée par des argumens si puissants qu’il est impossible de la mettre jamais en doute; tous ceux qui, comme moi, ont recueilli beaucoup d’Argonautes, vu la proportion de la coquille avec lanimal et sa parfaite conservation, nous n’avons jamais pu en douter, quoique le mode de formation de la coquille fut pour nous un mystère.

Cependant, depuis que j’ai eu l’occasion de vérilier les données de M.* D'Orbigny et Deshayes, ayant eu un Argonaute, avec les bords de la palmure des bras engorgés, el pleins de granules calcaires blancs, qu’on sentait même sous les doigts, je suis convaincu que la coquille est secrétée, comme ces Messieurs l'ont avancé, par le bord de la membrane vélifère de la 1.° paire de bras: et je crois que cette savante discussion, malheureusement basée plus sur les écrits anciens que sur les faits anatomiques, est aujourd’hui résolue irrévocablement.

n4 CÉPHALOPODES

Une nouvelle question, celle de la reproduction, s’est présentée : mais comme elle est basée sur des faits anatomiques, elle sera bientôt éclaircie et décidée. A l'exception de M. Leach, qui assure avoir eu un Argonaute mâle, tous les observateurs et anatomistes n’ont rencontré que des Argonautes femelles; et les études anatomiques détruisent l'opinion de Mad. Power, qui les croit hermaphrodites. M. Koelliker de Zurig , actuellement professeur à Würtzhurg, a fait des recherches anatomiques sur l’hectocotyle, que M. Delle Chiaje avait observé sur l’Argonaute, et il l'a reconnu aussi sur le Trémoctope, mollusque qu’on a jusqu’à présent toujours trouvé mâle. Il a constaté que l’hectocotyle de l’Argonaute diffère de celui du Trémoctope ; qu’ils sont tous mâles ; qu’ils ont des veines, des artères et un cœur; que leur organisation correspond à celle des céphalopodes, que les spermatosoaires des hectocotyles sont égaux à ceux des autres céphalopodes ; enfin que M. Maravigna et Mad.° Power , examinant le développement des œufs de l’Argonaute, ont vu se former et sortir des hectocotyles ; et il en a conclu que les hectocotyles sont les mâles des céphalopodes, qui les portent. M. le Docteur Krohn, pendant son séjour à Messine, a fait aussi quelques observalions anatomiques sur l’hectocotyle et partage l'opinion de M. Koelliker. Attendons encore; et nous verrons si se confirmera un fait aussi extraordinaire, et aussi disparate entre des genres de céphalopodes, qui diffèrent si peu les uns des autres.

Histoire.

L’Argonaute a été connue des anciens, et par eux regardée comme sacrée. Aristote parle le premier de ce céphalopode et rapporte les récits populaires de sa navigation à voile. Pline, négligeant les fables, rapporte les observations faites par Mucianus, qui l’a vu dans la Propontide, nageant sur la surface de l’eau à l’aide du vent, qu’il reçoit dans sa coquille, et se servant de ses bras comme gouvernail et conime rames. Athénée, Oelien, Oppien, en parlent en poètes. Bellon figura le premier ce céphalopode, mais au lieu d’un Argonaute il représenta un Eledon. Rondelet, Gesner, Aldrovande, Scarabelli, Lorenzo Legato , tombèrent dans le même erreur, parce qu’ils étudièrent sur les livres et non sur la nature. Rhumphius , témoin oculaire, fournit des renseignemens sur la navigation de l'Argonaute, qui coïncident avec ceux de Mucianus, et le figure assez bien. Linné établit le genre Argonauta, qui fut adopté par Cuvier et Lamark. Montfort en donna une bonne figure accompagnée d’une meilleure description. Raffinesque l’indiqua sous le nom générique d’Ocythoë, qui a été adopté par Leach, et par Say. Le fondateur de la science malacologique, le Prof. Poli dans son ouvrage classique a décrit, anatomisé et figuré l’Argonaute : induit en erreur par les pêcheurs, il l’a placé en sens inverse; dans la coquille. M. Delle Chiaje, son digne continuateur, a complété les observations de Poli en y ajoutant bien de faits nouveaux. M. Sargiovanni a donné la première description minutieuse et très exacte, faite sur l’animal vivant. Pendant son séjour en Algérie, M. Rang fit des observations importantes et trés justes, observations, qui ont préparé la solution du grand problème du parasitisme. M. De Férussac par ses divers écrits, et M. D’Orbigny, dans la monographie des céphalopodes, ont résumé tous les travaux connus, le fruit de leurs recherches et de leurs vastes connaissances n’ont laissé à résondre à leur successeurs que le problème de la reproduction. M. Delle Chiaje

OCTOPODES 35 dans son grand ouvrage, M. Deshayes dans la seconde édition de Lamark, ont fait aussi un savant résumé historique et décidé irrévocablement la question du parasitisme. Enfin M. Koelliker offrit au congrès de Gênes le résultat de ses recherches sur l’hectocotyle, qui, si

elles étaient définitivement constatées, compléteraient la connaissance de ce mollusque extraordinaire. |

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