QUATRIÈME GENRE
SÉPIOLE. S£PIOLA. Lracu.
Sepiola Rondeletii. Boussuet, Aldrovande, Delle Chiaje, Risso, Cantraine, Philippi, Férussac et d'Orbigny.
Animal au corps ovalaire, court, tronqué en avant, arrondi en arrière, uni à là tête par un large ligament et portant de chaque côté une nageoire presque circulâire. Appareil constricteur formé par une fossette profonde, bordée d’un bourrelet, placée de chaque ‘côté à la base du tube locomoteur. Tête aussi large que le corps, couronnée de dix bras, dont deux tentaculaires et rétractiles, dans une cavité orbitraire. Osselet interne , corné, flexible, très petit et faible, long de la moitié du corps et en forme de glaive.
N. 1. S. DE RONDELET. $. RONDELETII. Gesner. PI. 22.
Gesner , de aquat. lib. IV. pag. 855.
Delle Chiaje, Mem. tab. LVIIL. fig. 50. Anim. invert. tab. 12. fig. 30. Risso, Cantraine, Philippi, Bouchard Chanterau. Oger. cit. Gervais et Vanbenneden, Not. sur les malac. du genre Sépiole. Buletin de l'Ac. Roy. de Brux. t. V. N° 5. pag. 8.
Joshua Alder, À cat. th. moll. os. Nortumb. ad Durh. pag. 13. Féruss. et D'Orbigny, Monogr. Genre Sépiole PI. 1, 5. fig. 6, 9. pag. 230. De Sepiola. Rondelet, De piscib. libr. XVIL. Cap. X. pag. 519. Srpia Sepiola. Linné, Syst. nat. ed. 12. pag. 1096. N.0 5. Cur. Gmel. pag. 3151. Loligo Sepiola. Lamark, Mem. et anim. sans. vert. 2.2 édit. t. 11. pag. 568. Cuvier, Carus, Payraudeau. Oper. cit.
Sepiola Grantiana. Féruss., Monogr. Genr. Sép. PI. 2. fig. 5, 4. Mag. de zool. 1855. pag. 66. Sepiola Desvignana? Gervais et Vanbenneden. Loc. cit. Delle Chiaje, PI. 177. fig. 14.
Corpore levi, oblungo globoso, antice truncato margine dorsali sacei cotlo adnato, alis rotundatis. |
Corps lisse, bursiforme, légérèment oblong, cylindrique, arrondi postérieurement, tronqué en avant; partie inférieure légèrement échancrée sur le milieu; ouverture très grande, s'étendant en dessus et comprenant même les globes des yeux.
Nageoires latéro-dorsales, situées au milieu de la longueur du corps, presque circulaires, un peu échancrées et presque pédonculées à leur point d’attache.
Tête aussi large que l’ouverture du corps, courte, un peu déprimée; globes des yeux bombés ; œil saillant, couvert par une membrane transparente formant à la partie supérieure une espèce de paupière opaque et découpée en croissant; pupille protégée en outre par une espèce de fausse paupière à bord argenté, qui n’est qu’un repli de l'iris.
Bras sessiles courts, conico-subulés, un peu déprimés. La 2, et la 3° paire sont les plus longues; la 1." et 4.°, les plus courtes. Les bras sont presque tous égaux en grosseur, sauf la 3.° paire, qui est beaucoup plus grosse à sa base. Ils sont garnis de deux rangées régulières de cupules globuleuses, alternantes, percées obliquement, un peu déprimées en arrière, et portées par un pédoncule filiforme, implanté sur un tubercule oblong: leur ouverture est armée d’un cercle corné, et non denté. Les cupules commencent un peu en dessus de la base des bras, augmentent de grosseur jusqu’à un tiers de leur longueur -et diminuent ensuite assez régulièrement sur les bras supérieurs, mais très irrégulièrement sur les inférieurs: surtout sur ceux de la 5.° paire, sur lesquels on en voit quelquefois de très grosses à la moitié des bras, et souvent aussi non symétriques avec celles du bras de la même paire. Bras tentaculaires contractiles, ordinairement deux fois plus longs que les sessiles, rarement trois fois plus, très grêles, cylindriques et un peu développés en fer de lance à leur extrémité; cette partie est légèrement carénée en dessus et pavée en dessous d’une masse de très petites cupules globuleuses et pédonculées à peine perceptibles à la loupe.
Membrane de l’ombrelle nulle entre les bras inférieurs, apparente entre les supérieurs , très visible entre la 1", la 2.° et la 5. paire, fortement prononcée entre la 3.° et la 4.° paire, et se prolongeant très visiblement le long de ces derniers.
Tube locomoteur gros, très conique, assez long, arrivant presque à la hauteur des globes des yeux. :
Osselet interne linéaire, légèrement lancéolé et n’occupant que la moitié intérieure de la longueur du corps.
Encre d’un noir bistre.
Proportions.
variété fig. a, b. c, d, e.
Longueur totale y compris les bras tentaculaires . : - 0,180 0,080 Longueur du corps: . : : À : ; ; - à 0,040 0,027 Largeur du corps et de la tête . : : : 0,032 * 0,020 Largeur des nageoires . . : 5 : . à : : 0,020 : 0,012 Hauteur des nageoires au centre . : ; à 0,022 é 0,012 Hauteur des nageoires au point d'attache . +. : : 0,015 : 0,009 1. et #. paire . ; ; ; 0,042 : 0,027
Depnenr ns bee M M MR 2 De po 008
Couleur. Dans l’eau, vivante et en état de tranquillité, la Sépiole est d’un rose tendre, transparente; la partie médiane dorsale du corps est colorée par une grande tache irrégulière et bleuâtre, produite par les organes intérieurs, qu’on aperçoit à travers Îa peau. Les globes des yeux sont vivement nuancés de bleu en dessus; au milieu de cette nuance brille un reflet irisé d’or et d’émeraude. Les nageoires sont très transparentes, el sur aucune partie du corps on ne voit des points chromophores. (PI. 22. fig. e).
Ordinairement la Sépiole est d’un rose rougeâtre ; toute la partie dorsale du sac et de la tête est d’une teinte rouge-jaunâtre sale, couverte de points chromophores d’une teinte neutre foncée, et de grands points rouges-vineux, qui, se répandant sur les parties latérales du corps et le long des bras, couvrent presque les nageoires et disparaissent vers leurs bords. La partie inférieure du corps, nuagée de bleuâtre, de jaune et de rose, par les organes intérieurs, est couverte, ainsi quexla tête, de points chromophores très rapprochés rouge-laque brillante: vers l'extrémité du corps, ces points sont inégaux et clair-semés. Le bord de l’ouverture du sac présente toujours à l'extérieur une espèce de bourrelet, sans aucun point chromophore. La partie inférieure des globes des yeux est fortement irisée, par des reflets métalliques; le tube locomoteur ne porte aucun point; les bras tentaculaires n'en ont que sur la massue. (PI. 22. fig. a. b).
On rencontre souvent la Sépiole d’un rose passant au bleuâtre, avec des reflets métalliques argentés, qui brillent sur la partie supérieure et inférieure da corps et des globes des yeux, sur la tête et le long des bras supérieurs ; ces reflets sont irisés d’un vert métallique et d'un rose très vif. Tout le corps est couvert de points chromophores d’une teinte neutre très foncée ; l’entonnoir seul en est dépourvu; ces points, les uns très fins, les autres un peu plus gros et agglomérés forment, sur la partie dorsale, des petites taches irrégulières. Le jeu de ces points n’est pas très actif: ils se contractent peu et disparaissent lentement après la mort.
Cette variété ne dépasse jamais les 0,080. (PI. 2. fig. e. d).
Rapports et différences.
La Sépiole ne peut se confondre avec aucun autre genre ; car elle est le seul des Décapodes, sauf le Crangia dont les nageoires sont terminales, et qui ait le corps réuni extérieurement à la tête. Il a beaucoup de rapports avec la Rossia, dont il a même le facies ; mais celle-ci a la tête détachée du corps.
Habitation et mœurs.
Les Sépioles vivent sur toutes nos plages. La variété a. b. se rencontre, le plus souvent, sur les fonds vaseux de 30 à 100 brasses de profondeur (60 à 200 mètr.), où elle vit, dans la société des eledons. La variété e. d. se rencontre plus communément sur les fonds sabloneux, auprès des rochers couverts d’algues ; quand la mer est très houleuse, on en prend même dans le port de Gènes ; elle parait sédentaire et ne pas voyager par bandes, car jamais on n’en pêche des quantités, et on la trouve dans toutes les saisons de l’année. Elle vit assez longtemps en captivité; elle nage avec beaucoup de” grâce, à
l’aide de ses nageoires, qu'elle emploie comme des palettes, leur donnant à volonté le mouvement progressif ou rétrograde; mais jamais elle ne se sert de ses bras pour aller en avant, comme le fait la sèche. Quand elle nage tranquillement, les bras tentaculaires sont entièrement contractés, et la tête est en grande partie refoulée dans le sac, dont elle ferme l’ouverture (PI 22. fig. ec). |
On ne voit jamais une quantité de Sépioles sur les marchés ; leur chair est délicate et estimée : elle porte le nom de Sponcia courrenti, et malnascui à Gènes, ceux de Babuccia en Sardaigne, de Sicciteddi di nunnata en Sicile, de Sepieta en Italie, et de Supieta à Nice.
Histoire.
Rondelet est le premier, qui ait figuré et décrit la Sépiole ; Boussuet, Aldrovande, Jonston et Ruysch. n’ont fait que copier cet auteur. Linné rangea ce mollusque parmi les sèches et en fit la Sepia sepiola. Pennant et Schneider suivirent son exemple. Lamark la classa parmi les calmars, et en fit son Loligo sepiola. Guvier, Blainville et Carus adoptérent cette classification. Leach créa le genre Sepiola et adopta pour nom spécifique celui de l’auteur, qui, le premier, avait parlé de ce céphalopode. Depuis lors, presque tous les naturalistes ont reconnu cette dernière classification. M. D'Orbigny a malheureusement laissé inachevée la monographie des céphalopodes, et il est fort à regretter qu’il n’ait pas définitivement établi les caractères des espèces qu’il admet; quant à la note sur le genre Sepiola de M.'S Gervais et Vanbenneden, elle ne remplit pas cette lacune. Les descriptions en sont trop peu détaillées et manquent de figures.
Quant aux deux espèces de la Méditerranée, dont ils parlent, je ne saurais les accepter que comme des variétés ; car j'ai maintes et maintes fois observé l’analogie, qu’il y a de l’une à l’autre. Je dois avouer cependant que je n’ai jamais vu ma variété ce. d. (Desvignana) arriver à 0,100: je l’ai trouvée généralement avec les bras tentaculaires proportionellement plus courts que dans l’autre variété: il n’est pourtant point rare d’en trouver avec les bras longs. On rencontre près de la terre le deux variétés; mais les grands individus de la variété a. 6. ne se tiennent jamais qu'à une certaine profondeur , et constamment sur les fonds vaseux.
Je dois ajouter qu’à ce sujet M. Peters de Berlin, et M. Milne Edwards, pendant un assez long séjour qu’ils ont fait à Nice, se sont occupés de recherches anatomiques très minutieuses, afin de découvrir quelque caractère spécifique constant: ils m'ont assuré que leurs études n’ont eu aucun succès. M. Delle Chiaje, dans sa PI. 177. fig. 14, donne un dessin de la Sepiola Desvignana : il est a regretter que ce savant naturaliste n’ait pas encore publié ses propres observations ; car je ne saurais supposer qu'il ait admis cette espèce sur la foi d'autrui.
M. Risso, dans son catalogue nominal, en cite trois espèces : la Rondeletii. Lamark, la macrosoma. Delle Chiaje, l’elegans. Nobis. N'ayant vu dans la collection de cet auteur, aucune sépiole portant ce dernier nom, il m’est impossible de donner quelques détails sur cette nouvelle espèce.