‹ Mollusques méditeranéens [!]; observés, décrits, figurés, et chromolithographiés d'après le vivantChapitre 16 sur 35 · CINQUIÈME GENRE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME GENRE

ROSSIE. ROSSIA. Owen.

Owen, Voyage du Capit. Ross. hist. nat. pag. 93. PI. B. fig. 1. et PI. C. Sepiola. Delle Chiaje.

Animal au corps ovalaire, court, tronqué en avant, arrondi en arrière, détaché de la tête, portant de chaque côté une nageoire presque circulaire : appareil constricteur formé d’une crête oblongue, surmontée d’un sillon sur le bord interne du corps et d’un sillon bordé d’un bourrelet sur la base du tube locomoteur. Tête aussi large que le corps, munie d’yeux un peu latéro-supérieurs et couverts d’une membrane transparente, percée d’un très petit trou ; couronnée de dix bras, dont deux tentaculaires et rétractiles dans une cavité sous orbitaire. Bouche protégée par deux lèvres et par une membrane buccale , attachée aux bras par six brides, dont quatre aux bras latéraux, une au point d'union des bras supérieurs, et l’autre à celui des inférieurs. Osselet interne corné, flexible, petit et légèrement spatulé.

N. 1. R. MACROSOME. R. MACROSOMA. D'Ormieny. PI. 23. fig. a. b.

Féruss. et D'Orbigny, Genre sépiole. PI. 4. fig. 12. 24.

Sepiola macrosoma. Delle Chiaje, Mem. t. LXX. Anim. invert. t. 1. tab. 11. fig. 11. Philippi, Enum. moll. Sie. pag. 203. N° 2.

Gervais et Vanbenneden , bul. de l’ac. des sc. de Brux. (indiquée). Verany , fableaux des céphal. fig. 22.

Corpore laevi, ovali rotundato, antice truncalo, margine dorsali sacci libero et angulato , inferiori truncato: alis subrotundis.

Corps lisse, bursiforme, cylindrique et légèrement oblong, arrondi postérieurement, tronqué en avant; partie supérieure, formant un angle peu saillant; nageoires latéro-dorsales, situées un peu vers la partie postérieure du corps, presque cylindriques et fortement échancrées , à leur point d'attache supérieur.

Tête presque aussi large que le corps, courte, déprimée; globe des yeux, bombés. La membrane transparente, qui couvre ces yeux, forme une espèce de paupière opaque, qui est la continuation de la peau; et la pupille est en outre protegée par une paupière en croissant, formée par un repli de l'iris, qui se prolonge sur lui.

Bras sessiles courts, conico-subulés , et comprimés latéralement ; ceux de la 4.re paire, les plus courts, sont, à partir de la bouche, de la moitié de la longueur de tout le mollusque, non compris les bras tentaculaires ; ceux de la 2. paire sont plus longs que les premiers; ceux de la 4. le sont un peu plus que les seconds; et ceux de la 3.° sont les plus longs de tous. Ils sont garnis sur la moitié inférieure de leur longueur de deux rangées de cupules alternantes, la moitié supérieure en porte quatre rangées. Les Cupules sont globuleuses,

un peu déprimées en dessous; leur ouverture est oblique, petite et bordée d’un cercle corné; ces cupules sont situées sur un pédoncule conique, à extrémité filiforme et courte. Les cupules augmentent de grosseur jusqu’à la moitié des bras, puis diminuent insensiblement. Celles des rangées internes sont plus petites ; elles sont généralement plus grosses sur les bras latéraux que sur les bras inférieurs et supérieurs; à la moitié des rangées externes de la 3. paire, elles sont très souvent deux fois plus grosses que sur les autres bras. Bras tentaculaires contractiles, deux fois et quelquefois trois fois plus longs que les bras latéraux ; ils sont très grèles et cylindriques ; leur extrémité est développée en fer de lance, la quelle extrémité porte sur sa surface inférieure d’innombrables petites cupules globuleuses et pédonculées, tandis qne la surface supérieure est garnie d’une crête natatoire.

Membrane de l’ombrelle, nulle entre les bras de Ia 4.° paire, très visible sur ceux de la 1.®, un peu plus marquée entre la 1." et la 2°, bien développée entre la 2.° et la 3.°, assez large entre la 5.° et 4°; elle se prolonge jusqu’au tiers de la longueur des bras de la 3.° paire et jusqu’à la moitié de ceux de la 4.°

Tube locomoteur petit, n’arrivant pas au tiers de la hauteur des globes des yeux.

Lame cornée, linéaire, lancéolée, légèrement spatulée longue de la moitié du corps.

Encre noire, donnant légèrement sur le bistre.

Proportions.

Longueur totale . s ; : : 0,150 Longueur totale non compris les bras tentaculaires . : 0,112 Longueur du corps partie supérieure . : : : s - ; 0,040 Longueur du corps partie inférieure . ; | ; : ; : s 0,036 Largeur du corps et de la tête . - à - : 0,035 Largeur des nageoires . : 3 : : : 0,015 Hauteur de la nageoire au centre s + : 0,021 Hauteur de la nageoire au point d'attache . : ; : : : 0,015 { maximum 3. paire . 0,062 Longueur des bras + 3 = | minimum {. paire . : : : : 0,050 Longueur des bras tentaculaires . à : : : : - À : 0,098 Longueur de la lame dorsale : ; s : - : ; à : 0,022

Couleur. Dans l’état de vie, la Rossia est d’une teinte générale rose-vineux, nuagée de bleuâtre et de jaunâtre sur la partie supérieure, et d'un rose livide sur linférieure ; les yeux sont fortement colorés de bleu et brillent d’un reflet vert très vif ou argenté: elle est couverte sur toute la partie supérieure de points chromophores irréguliers, rouge-anglais passant au laque: ces points sont plus clair-semés et plus régulieres sur la partie inférieure, et manquent entièrement sur le bord des nageoires, sur la partie inférieure de la tête et sur l’entonnoir. Quelques points de la même couleur, mais très fins, se voient aussi sur les côtés des bras sessiles et sur la massue des tentaculaires. L’iris, qui est argenté, est couvert de ces mêmes points.

Après la mort de ce mollusque , les points chromophores deviennent presque tous égaux, et se colorent d’un rouge uniforme.

Conservée dans l'alcool, la Rossia est d’un vineux uniforme, sur lequel on distingue encore les points chromophores.

Rapports et différences.

Ce céphalopode se distingue au premier abord de la sépiole, avec laquelle elle pourrait se confondre, par son corps détaché de la tête et par sa taille, qui est toujours beaucoup plus grosse : elle se distingue aussi de l’autre espèce de la Méditerranée par Ja taille et la forme arrondie de son corps, mais surtout par la face inférieure du corps, qui, dans la dispar, se prolonge beaucoup en avant sur la tête.

Habitation et mœurs.

Ce mollusque habite sur les fonds vaseux de 200 à 300 mètres de profondeur, d’où il est ramené en très petite quantité et en toute saison par les traines, en même temps que des masses d’'Eledons Aldrovandi, en société desquels il paraît vivre. Comme sa chair est assez flasque, il ärrive presque toujours mourant, parcequ’il est , pour ainsi dire, écrasé par le poids des poissons et des Eledons, qui sont pris avec lui: aussi ne m’a-t-il jamais été possible de lavoir en assez bon état, pour l’examiner dans toute sa vitalité. M. Delle Chiaje le dit très rare dans le Golfe de Naples; M. Philippi est du même avis. Il parait que M. Cantraine ne l’a pas vu. M. Risso l’a cité dans son catalogue nominal, et je l'ai trouvé dans sa collection. Je l’ai eu en février à Nice, et assez fréquemment sur le marché de Gènes pendant tout l'hiver, quand les pêcheurs favorisés par le clair de lune s’écartent davantage de la terre et vont faire leur pêche sur des points connus. Les pêcheurs le confondent avec la sépiole et leur donnent le même nom.

Histoire.

M. Delle Chiaje a fait connaitre le premier ce céphalopode intéressant, qu’il ne crut pas à propos de rapporter à un genre nouveau; il le figura dans son ouvrage sous le nom de Sepiola macrosoma, et en envoya quelques exemplaires à Paris. M. le Prof. Philippi la recueilli, et l’a cité dans son Ænum. Molluse. Sicil. MS Gervais et Vanbenneden en ont fait mention dans leur note sur le genre Sepiola. M. D'Orbigny, profitant du travail de M. Richard Owen, qui avait établi le genre Rossia pour les sépioles à corps détaché de la tête, y rapporta cette espèce, qu'il figura genre sépiole PI. 4. fig. 13-14. Me trouvant dans l’impossibilité d'établir la priorité du nom générique de Rossia donné à ce mollusque par M. Owen en 1854, sur celui de Rossia, donné à un oiseau, de l’ordre des palmipèdes,

je conserve le nom actuel.

QU

DÉCAPODES | 6 N. 2. R. DISPARATE. À. DISPAR. Rurreu. PI. 95. fig. d. À. Sepiola dispar. Rupp. Lettre à M. le Prof. Cocco. Giorn. di Gabinetto di Messina.

Corpore laevi, ovalr, antice truncato, margine dorsali sacci libero et laeviter anqulato, inferiori, valde producto et bilobato ; alis subrotundis, posticis.

Corps lisse, bursiforme, cylindrique, ovale, tronqué en avant, partie supérieure, détachée de la tête et légèrement arrondie; partie inférieure, formant un ovale presque complet, la partie antérieure étant très prolongée en avant et légèrement échancrée au centre et presque bilobe. Nageoires latéro-dorsales, presque arrondies, fortement échancrées à leur point d'insertion supérieur, implantées sur la partie postérieure du corps, dont elles dépassent

l'extrémité.

Tête aussi large que le corps, arrondie, un peu comprimée ; globe des yeux proéminents: œil légèrement latéro-supérieur , très grand, couvert d’une membrane transparente. Dans l’état de vie, la cornée est très convexe: et l'iris, d’un beau brillant argenté, forme une espèce d’entonnoir, portant à son extrémité la pupille.

Bras sessiles conico-subulés et comprimés latéralement; la 1.'e paire la plus courte, la 2.° plus longue, la 3° presqu’égale à Ja précédente, et la 4° paire un peu plus courte. Ces proportions offrent quelques variétés. Tous ces bras sont munis d’une double rangée de cupules alternantes, globuleuses, placées sur un tubercule conique et tronqué, et portées par un petit pédoncule filiforme. Ces cupules sont légèrement comprimées du côté de l'ouverture, un peu échancrée sur le point d'attache; et l'ouverture est munie d’un cercle corné sans dents: elles sont au nombre de 24 à 50 sur chaque bras, très visibles, et suivies de quelques-unes très fines et imperceptibles. Sur fa 1.'e et la 2.° paire, elles vont en augmentant jusqu’au premier tiers, et diminuent ensuite très régulièrement. Sur la 3. paire, elles augmentent jusqu'aux deux tierstde la longueur: sur ces bras, elles sont souvent moins nombreuses, mais excessivement grosses. Sur la 4.° paire enfin, elles augmentent jusqu’à la moitié de leur longueur. Les bras tentaculaires. entièrement rétractiles, plus de deux fois plus longs que les bras sessiles, sont creusés en gouttière sur toute leur longueur (d’après les individus conservés dans l’alcool) et sont garnis à leur extrémité, qui est très légèrement lancéolée d’une infinité de cupules très petites, à peine perceptibles, au moyen d’une forte loupe.

Membrane de l’ombrelle très prononcée entre tous les bras, plus grande entre la 3° et la 4° paire, se prolongeant le long de cette dernière, presque jusqu’à son extrémité: cette membrane manque entiérement entre les bras de la 4.° paire.

Tube locomoteur petit, couvert en partie par le lobe du corps, arrivant au point d’attache des bras de la 4.° paire. |

Contracté dans l'alcool, le corps devient ovale allongé; les nageoires se retirent et ne dépassent plus l'extrémité du corps.

Proportons.

Longueur totale . : - 0,084 Longueur totale sans bras tentaculaires . ; ; ; . ; : : 0,060 Longueur du corps en dessus . : ; ; : . ; 0,030 Longueur du corps en dessous . 4 ‘ : ; k * : : ; 0,040 Largeur du corps : 5 : RS: 0,027 Largeur. des nageoires . : À . : : : : 5 à ; : 0,021 Hauteur des nageoires . , . 5 : s 0,024

f- Æ à S paie. : : 0,015 Longueur des bras | de ; ; ; ; : : : > 0,023

| +. : ; - : ; 0,019 Longueur des bras tentaculaires . . 0,035

Couleur. Dans l’état de vie, tout le corps est rose, ou blanc livide à reflets argentés, irisé d'azur et de vert, couvert de petits points chromophores d’une teinte neutre, lesquels points disparaissent sur les nageoires, qui sont très transparentes. (PI. 22. fig. d. e. f.)

Après la mort de ce mollusque, tout le corps, ainsi que le tube locomoteur, se couvrent de points rouge-anglais, dont quelques-uns sont assez gros; les nageoires et la partie inférieure de la tête en manquent seules. |

Rapports et différences.

Cette espèce se distingue au premier abord de la Sepiola par son caractère générique ; de la Rossia macrosoma par sa taille, par le prolongement antérieur du sac à la partie inférieure, et par ses grandes cupules: elle ne peut se confondre avec la Rossia Owenii et Jacobei de M. Ball, vu que dans ces espèces les cupules sont disposées sur trois rangées,

et que dans la dispar elles le sont constamment sur deux.

Cette espèce, découverte à Messine par M. Ruppell et recueillie en assez bon nombre par M. Krohn dans le même port, n’a été encore trouvée sur aucun autre point de la Méditerranée. M. le Baron Pirayno de Mandralisca de Céphalù , conchyliologiste bien connu, fait connaitre , dans une note qu’il m'a communiqué, que ce mollusque se pêche aussi dans ce port avec le nonnato, Atherina nana, Risso, dans le mois de févriér et mars. et qu’il y porte le nom de Tarantulicchi.

Histoire.

C'est à M. Ruppell que nous devons la première notice sur cette nouvelle espèce, qu'il fit connaitre, dans sa lettre à M. le Prof. Cocco, par la description suivante. « La sépiole dispa- » rate se distingue par les quatre ventouses de la paire latérale des tentacules, qui sont » dix fois plus grandes que sur les autres. Chaque tubercule a 15 à 20 paire de ventouses.

» Les deux tentacules allongés sont assez fins et ont à leur extrémité, sur l’espace de » deux lignes, beaucoup de ventouses quasi microscopiques. Les membranes natatoires sont » rondes, et surpassent la moitié de la longueur du sac viscéral, Sur lanimal moribond. » le sac et les huit tentacules se colorent de rouge obscur, tandis que les membranes » natatoires et les deux tentacules latéraux restent blancs, avec quelques petites taches » rousses. La longueur totale de l’animal est de trois pouces et demi ».

M. Ruppell, regardant comme caractère spécifique celui des grandes cupules, donna à cette espèce le nom de dispar: en examinant plus tard tous les individus, qu'il avait rapporté de Sicile, et en observant beaucoup avec les cupules régulières, mais avec tous les caractères de la dispar, ce savant naturaliste me communiqua l'idée qu’il avait d’en créer une nouvelle espèce, sous le nom de À. affinis, et d'adopter à cet effet le nom générique , établi par M. Owen. M. le D. Krohn, pendant son second voyage à Messine , y receuillit pour moi une quantité de À. dispar ; il eut l’obligeance d’accompagner l'envoi du dessin, au trait pris sur le modéle vivant de ce céphalopode (PI. 23. fig. d.e. f). I me communiqua plus tard que tous les individus de cette espèce, qu'il a observés avec des grandes cupules, étaient femelles, et ceux à cupules de grosseur ordipaire, tous mâles.

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