‹ Mollusques vivants et fossilesChapitre 11 sur 46 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Modification des organes des Céphalopodes, comparés aux fonctions qu'ils doivent remplir, et causes d'erreur dans la détermination des espèces.

La consistance de l’ensemble des céphalopodes varie on ne peut plus, suivant leurs moyens de natation et leurs habitudes côtières. Les uns ont une enveloupe membraneuse transparente dont les couches musculaires sont peu apparentes! ; les autres, avec une diaphanéité complète, ont un réseau de puissantes fibres musculaires , croisées en tous sens autour du corps, de consistance presque coriace?. Cette force musculaire paraît toujours être en raison de la vie active des espèces.

La forme générale des céphalopodes est très-variable ; 1ls

sont généralement oblongs ou allongés, mais cet ensemble se

compose d’un corps très-développé, et d’une petite tête, ou d’un petit corps et d’une tête volumineuse. Les Ommastrephes, les Loligo appartiennent à la première série, tandis que les

1 Chez les Loligopsis, les Cranchia.

? Les Ommastrephis, les Onychoteuthes, les Sepia.

Octopus dépendent de la seconde. Ces différences sont encore par les exigences vitales.

Le corps est bursiforme, très-élargi postérieurement chez les Octopus ; il s'acumine un peu chez les Sepiola, devient ovale et déprimé chez les Sepia , puis il passe à la forme allongée

cylindrique, acuminé postérieurement chez les Ommastrephes et les autres genres voisins. Le corps étant le plus puissant agent de la locomotion des céphalopodes, en se remplissant d’eau dans les aspirations et l’expulsant avec force par le tube locomoteur au moyen de la contraction de ses parois musculaires, on doit croire, que son volume et sa forme sont toujours relatifs aux exigences habituelles de la natation. Les Octopus, les plus côtiers, souvent cachés dans le creux d'un rocher, ont le corps le plus petit, tandis que les Ommastrephes, toujours pélagiens, et les meilleurs nageurs ont le corps volumineux, cylindrique et très-aigu en arrière. On peut juger, pour ainsi dire d'avance, de la vélocité de la nage rétrograde des céphalopodes, par la forme et par le volume extérieur du corps : par la forme, puisqu'il fendra plus facilement les eaux lorsqu'il sera cylindrique et acuminé en arrière ; par le volume, parce que, petit, il doit contenir moins d’eau à repousser que lorsqu'il est très-grand. La forme cylindrique ou déprimée du corps tient à d’autres habitudes : lorsqu'il est CY- Iyndrique, arrondi, il dénote des animaux pélagiens, tels que les Onychoteuthis et les Ommastrephes, qui ne s’approchent pas des côtes, tandis que, chez les Sepra, il est déprimé, afin de permettre à l'animal de se reposer sur le sol, sur un large point d'appui. En résumé, le plus ou moins de volume du corps est relatif aux exigences de la natation ; sa forme courte ou allongée dénote le plus ou moins de force ou de vitesse de cette natation; tandis que sa dépression ou sa forme cylindrique tient aux habitudes pélagiennes ou côtières.

La téte est très-variable sous le rapport du volume, les bras compris. Par la grande longueur de leurs bras, les Octopus ont, de tous les céphalopodes, l’ensemble céphalique le plus vo-

lumineux, quoique leur tête proprement dite soit de moyenne taille. La proportion varie ensuite, elle diminue de plus en plus chez les décapodes, et finit par être très-petite chez les animaux pélagiens. Le volume de la tête, les bras compris, est donc toujours en raison inverse de celui du corps : ainsi elle est d'autant plus restreinte que le corps est plus grand. Le volume comparatif de la tête et des bras paraît dépendre aussi des habitudes de reptation ou de natation des espèces : les bras sont volumineux chez les Octopus , qui rampent souvent, tandis qu'ils deviennent courts chez tous les céphalopodes nageurs.

La tête est généralement placée dans la direction de l'axe longitudinal de l’ensemble de l'animal, chez tous les céphalopodes sans coquille; elle forme un angle avec l'axe du corps, en | se reployant et se raccourcissant en dessus, chez l'Argonauta, pourvu d'une coquille externe. Ces deux modifications, en apparence peu importantes, le deviennent quand on les rapproche des | habitudes des céphalopodes. Un animal appelé à nager rapidement au sein des eaux a besoin d’avoir toutes ses parties dans : la direction de l'axe de la longueur ; dansle cas contraire, il n'y. a plus de nage exécutable, car l'angle formé par le corps et par | la tête y scrait un obstacle invincible. Il en résulte que l'animal | de l'argonaute, ne pourrait nager d'aueune manière s'il devait | vivre Hibrement , tandis que la forme du corps et de la tête sont en rapport avec sa position dans une coquille, et sa natation | lorsqu il y est logé. |

Le volume des yeux détermine la largeur de la tête. Chez les décapodes, la tête est appelée à fermer hermétiquement Fouverture antérieure du corps; aussi est-elle du même diamètre | que la partie antérieure sur laquelle elle s'appuie dans la natation; elle suit la forme déprimée ou ronde de l'extrémité anté- | rieure du corps.

On ne remarque en arrière des yeux, sur la partie cervicale, aucun pli charnu chez les octopodes; chez les décapodes, au contraire, il y à des genres qui en ont toujours, tandis que d’autres en sont dépourvus. Les Seiches, les Sépioles, les Rossies,

les Calmarets, manquent de ces plis; 1ls sont transversaux, un de chaque côté, chez tous les calmars et les sépioteuthes , où ils forment une véritable crête auriculaire ; ils sont longitudinaux,

au nombre de trois, chez les ommastrèphes, bien plus nom-

breux chez les onychoteuthes, pouvant toujours, indépendamment des autres caractères, être considérés comme spécifiques, et même génériques dans leur forme et dans leur position. Peutêtre ces plis sont-ils destinés à protéger et à garantir, dans certaines circonstances, l’orifice auditif externe; car ils renferment toujours, dans leurs contours, l'organe extérieur de l'audition.

La peau des céphalopodes est plus ou moins épaisse, plus ou moins coriace, suivant les espèces, les genres et les habitudes. Les calmars, les sépioteuthes, les sépioles, les rossies, les argonautes, presque tous les ommastrèphes, les onychoteuthes, les philonexes et les loligopsis, ont un épiderme on ne peut plus uni, d'une finesse extrême, sans aspérité aucune, sans tubercules ni cirrhes charnus ; chez eux la contraction dans l'alcool n'apporte pas de modification extérieure à la peau, pas plus que les diverses impressions qu'ils ressentent à l'état de vie, le changement de couleur dû au jeu des globules chromophores étant alors le seul signe extérieur de ce qu'ils éprouvent; aussi, vivants ou morts, leur peau présente-t-elle toujours le même aspect extérieur.

Les poulpes offrent, avee une peau sans tubercules constants, un caractère singulier qui, peu connu, a fait multiplier outre mesure le nombre des espèces. En effet, tous ces animaux, suivant les impressions qu’ils éprouvent à l’état de vie, sont entièrement lisses ou couverts de tubereules élevés, de cirrhes charnus et saillants. Un Octopus, dans le repos, a la peau la plus unie; l'irrite-t-on? son corps, sa tête, ses bras même, se couvrent subitement de tubercules coniques arrondis, de cirrhes disposés régulièrement sur les diverses parties, aux endroits où , quelques secondes avant, il n’y en avait aucune trace. Par une suite de l’extrème mobilité de ces parties, suivant l’état de langueur ou d'irritation de l’animal au moment de sa mort,

suivant le degré de force de la liqueur dans laquelle on le dépose pour le conserver, la peau est entièrement lisse, couverte ! de tubercules arrondis, de tubercules coniques , ou hérissée de cirrhes longs et saillants. Chaque espèce pouvant, sur divers individus, montrer successivement toutes les modifications que je viens d'indiquer, il s'ensuit que les tubercules et les cirrhes, ne doivent jamais être considérés, chez les céphalopodes, comme des caractères spécifiques.

Deux autres genres de modifications extérieures de la peau sont permanents et offrent, au contraire, des signes constants auxquels on pourra recourir avec certitude, pour la détermination des espèces. La première consiste en des tubercules placés symétriquement et formés par un amas de matière colorée, contenu dans une poche saillante à l'extérieur et ayant une organisation singulière, puisque chacun d'eux est pourvu d’un pédoncule qui pénètre dans la peau, et quelquefois dans le tissu musculaire !. La seconde modification extérieure de la peau, également permanente, consiste en tubercules cornés, simples ou divisés en pointes plus ou moins nombreuses, qui couvrent les côtés inférieurs du cou de la Sepioloidea lineolata, le sommet de tous les tubercules qui ornent les parties inférieures du Philonexis tuberculatus , les parties inférieures et latérales du corps de la Cranchia scabra, et qui forment deux lignes longitudinales, une de chaque côté, en dessous du corps du Loligopsis quitata; toutes, excepté la première espèce, évidemment pélagiennes.

On voit, par ce qui précède, que les tubereules, les cirrhes, susceptibles d’une érection volontaire, ne se retrouvent que chez les acétabulifères côtiers, tandis que tous les tubercules invariables ne se remarquent que chez les espèces des hautes mers; que les tubercules charnus non permanents ne doivent être pris qu avec beaucoup de réserve pour caractères spécifi-

1 Ontrouve ce caractère chez l'Histioteuthis Bonelliana, chez l'Ommastrephes pelagica, dans le genre Enoploteuthis.

ques, tandis que les tubercules cornés ou non contractiles offrent , au contraire, le moyen le plus certain de reconnaître les espèces; enfin, que les tubercules, les cirrhes charnus et érectiles se trouvent plus particulièrement sur les parties supérieures du corps et de la tête, tandis que les tubercules cons-

tants se remarquent , au contraire, seulement aux parties infé-

rieures des animaux qui en sont pourvus.

Quant à l'utilité des cirrhes ou tubercules érectiles, si, indépendamment de l'irritation qu'ils annoncent, ce ne sont pas encore des organes de tact, on ne pourrait leur assigner de fonctions dans l’économie générale des espèces. Ils paraissent d'autant plus être des organes de tact, qu'il sont en dessus, chez les animaux qui rampent, comme les Octopus. Je crois également que les tubercules permanents doivent servir d'organes du tact aux animaux qui en sont pourvus, ce qui serait, du reste, d'accord avec leur position toujours inférieure, par rapport à la position habituelle de la natation; ainsi les

organes du tact, dans le derme, seraient, comme on doit $’y

attendre , supérieurs chez les espèces qui rampent le plus souvent, et inférieurs chez celles qui ne font que nager.

La couleur, comme les cirrhes, est souvent aussi changeante que les impressions diverses des animaux qui les portent. Elle tient à un système très-compliqué de globules ‘ de diverses couleurs, roux, bruns ou rouges, placés sous la première couche de l’épiderme de presque tous les céphalopodes. Ces globules présentent chacun une pupille qui se contracte, se

dilate, et forme une large tache ronde irrégulière, ou diminue jusqu'à ne plus présenter qu'un très-petit point noir, pouvant augmenter de soixante fois son diamètre. On conçoit dès lors que l’animal qui, dans la dilatation de ses globules, est d’une couleur foncée, devient presque blanc lorsque ces globules sont contractés. La contractibilité de ces couleurs instan-

1 MM. Sangiovani (Giorn. encycl. di Nap., an. xur, n° 9), De Lafresnayes (Mém. de la Soc. linn. du Calvados, t. 1, p. 73, 1824), Wagner et Gravenhorst ont traité ce sujet.

tanées dépend donc toujours des impressions de l'animal. Il les varie ainsi à sa volonté du blanc ‘au brun avec une vivacité remarquable. Elles ne peuvent donc être prises en considération comme caractères spécifiques qu'autant qu'elles sont incrustées et fixes. | | |

Les céphalopodes ont souvent, dans l'intérieur du derme, une coquille cornée ou testacée, ou soni logés dans une coquille à laquelle ils n’adhèrent par aucun muscle. Comme ces coquilles internes dépendent de l'organisation intérieure, que les coquilles externes sont, pour ainsi dire, indépendantes de l'organisation zoologique, j'en parlerai après avoir passé en revue tous les autres caractères zoologiques.

J'ai appelé appareil de résistance un singulier mécanisme spécial aux céphalopodes, qui unit d une manière facultative le corps à la tête; mécanisme réellement admirable dans l'économie animale. Comment, avec une très-légère attache interne du corps à la tête, ces animaux auraient-ils pu donner à l'ensemble assez de fermeté pour résister à une nage puissante, s'ils n'avaient eu en leur pouvoir un autre mode d'affermir entre elles ces deux parties? Comment, d'un autre côté, des animaux aussi vifs dans leurs mouvements auraient-ils pu conserver toute leur agilité et la multiplicité de leurs moyens de | préhension , si leur tête avait été entièrement soudée au corps? | Il leur fallait donc tout à la fois un moyen purement facultatif de rattacher momentanément, au besoin, la tête au corps, en leur donnant toute la fermeté désirable d'ensemble, tandis qu'en d’autres circonstances ces deux parties devaient pouvoir agir séparément; fonctions que remplit l'appareil de résistance. Get appareil consiste , de chaque côté, en un bouton très-variable, | suivant les genres, situé à la paroi interne du corps, qui rentre et | s'appuie dans une boutonnière placée à la base de la région cé- | phalique; ou bien ce sontdes mamelons qui se placent dans des

4 L'Octopus niveus de M. Lesson est dù à une erreur déterminée par | la couleur momentanée de l'espèce.

cavités correspondantes; ou bien encore des crêtes adaptées à une rainure, et qui tendent à empêcher le corps de se séparer de la tête, en unissant l'un à l’autre. Cet appareil, très-développé chez

. tous les céphalopodes qui n'ont aucune attache fixe au pourtour

du corps (les Ommastrephes , les Loligo , etc.), existe aussi chez les genres qui n’ont qu’une très-petite bride cervicale

(les Argonauta , les Philoneæis) ; mais il manque aux genres

dont le corps est largement attaché à la tête au moyen de brides fixes, comme chez les Octopus, les Cranchia et les Loligopsis.

L'appareil de résistance est invariable dans ses formes, suivant les genres, et devient un des meilleurs caractères génériques qu'on puisse prendre. Indépendamment des genres Octopus, Cranchia et Loligopsis, où il manque complétement. Chez les Philonexis ,il se compose d’une boutonnière pratiquée à la paroi interne du corps, sur les côtés inférieurs, et vis-à-vis, sur Ja base du tube locomoteur , d’un bouton ou d’un crochet destiné à entrer dedans; chez les Argonauta, c’est, tout au contraire, une boutonnière sur la base du tube locomoteur , et un mamelon à bouton à la paroi interne du corps, destinés au même usage. Il n'existe pas sur le col chez les Sepiolea et les Sepioloida , qui ont à cette partie une bride cervicale fixe, tandis que, chez tous les autres genres, 1l se remarque sur le col et sur les côtés inférieurs du corps, mais toujours cartilagineux et ferme, plus ou moins compliqué dans ses formes, dans ses détails. L'appareil inférieur est composé, chez les Rossia, d'une crête courte, surmontée d'un sillon profond au bord du corps, et d’un sillon allongé sur la base du tube locomoteur ; chez les Loligo et les Sepioteuthis, la crête est un peu plus longue, sans sillons autour ; chez les Onychoteuthis et les Enoploteuthis, la crête occupe presque la moitié de la longueur du corps en dedans, avec le sillon de la base du tube locomoteur ; chez la Sepia, c'est un mamelon oblong, oblique, qui se loge dans une fossette de même forme oblongue de la base du tube locomoteur; chez les Chiroteuthis, ce sont un mamelon

oblong longitudinal, deux cavités latérales inférieures à la paroi du corps, et une fossette pourvue de deux mamelons à la base du tube locomoteur ; chez les Onvnastrephes, enfin, où il est le plus compliqué, ce sont, sur la paroi du corps, deux saillies, l’une oblongue, l’autre triangulaire , réunies par deux cavités de la base du tube locomoteur, et deux saillies de cette même base qui viennent s'appliquer entre les deux tubercules du côté opposé. L'appareil supérieur , placé sur le col , est moins variable. Chez les Loligo, les Sepioteuths, les Iistioteuthis, les Onychoteuthis , 11 est cartilagineux, composé d’un bourrelet allongé , très-élevé, comme bilobé par un sillon médian, sur lequel vient s'appliquer une partie modelée en creux sur ses saillies, située sous l'extrémité supérieure de l'osselet. Le sillon est plus large chez les Ommastrephes, et les deux bourrelets distincts, tandis que chez les Sepia et les Rossia, cet appareil forme une longue surface en fer à cheval, arrondie en avant, bordée tout autour et pourvue au milieu d'un sillon profond, longitudinal. Lorsque l'appareil de résistance manque ou indépendamment de son secours, il y a plusieurs brides intérieures qui unissent le corps à la tête. Il est d’autres brides placées à la partie antérieure du corps, qui tiennent au bord même et ne sont qu'une continuité de la peau. L'une, placée en dessus, que j'ai nommée bride cervicale , les autres paires, latérales, inférieures, que je nommerai brides latérales. La bride cervicale se retrouve, sans exception, chez les octopodes; très-large, occupant toute la largeur du col chez les Octopus, plus étroite chez les Philonexis, réduite à l'intervalle des yeux chez les Argonauta. Chez les décapodes, elle ne se montre, au contraire, que dans les genres Seprola et Cranchia, où elle paraît être une continuité de la peau du dos, et chez les Loligopsis, où elle forme une véritable bride disüncte du bord. Les brides cervicales se sont montrées seulement dans le genre Loligopsis.

La complication de l'appareil de résistance paraît être, du reste, en rapport avec la force de natation des animaux qui en

sont pourvus. Cet appareil est charnu chez les octopodes, toujours cartilagineux chez les décapodes.

Les yeux, chez les céphalopodes, sont aussi complets que

. chez les mammifères; ils sont placés des deux côtés de la tête.

Leur volume est très-variable : chez les Philonexis, les Argo-

: mauta, les Loligo, etc., ils sont énormes, tandis qu'ils sont pe-

tits chez les Octopus, les Sepia. Je crois que cette différence tient aux habitudes diurnes ou nocturnes des espèces. Par exemple, les Octopus, fixés, pour ainsi dire, dans leurs trous de rochers, et les Sepia côtières, qui sont naturellement exposées à la lumière du jour , les ont les plus petits, tandis que les genres plus ou moins pélagiens, qui les ont plus grands, sont évidemment nocturnes , et ne viennent que la nuit à la surface des eaux et sur les côtes.

Le yeux sont latéraux, ou latéraux-supérieurs. Ils sont latéraux-supérieurs chez les poulpes, les seiches, les sépioles, les rossies, un peu moins chez les calmars; mais sont tout à

fait latéraux chez les ommastrèphes, les onychoteuthes, etc. L'animal qui se tient sur les côtes, qui se repose souvent au

fond des eaux, a plus besoin de voir au-dessus de lui qu’audessous ; aussi a-t-1l presque toujours les yeux en dessus, comme nous le voyons chez tous les poissons pleuronectes, les raies, les lophies, appelés à ramper constamment; tandis que les animaux qui restent toujours en pleine mer ont un aussi grand besoin de voir au-dessous qu'au-dessus d’eux, pour saisir la proie qui se présente et pour fuir le danger. Ces deux modifications paraissent donc tenir évidemment aux habitudes côtières ou pélagiennes.

Les yeux montrent dans leurs formes deux modes différents. Ils sont enveloppés, unis aux téguments, alors fixes et sans

mouvement chez les octopodes, ou bien ils sont libres dans une

cavité spéciale chez les décapodes. Dans le premier cas (chez les Octopus , les Argonauta), la peau est susceptible de se contracter et de recouvrir entièrement l'œil en faisant les fonctions de paupières. Dans le second cas, il y a deux modifications :

l'une a les yeux libres, recouverts, en dehors, par une continuité du derme de la tête, qui devient plus mince sur une surface ovale correspondant au globe de l'œil. J'ai nommé les animaux ainsi conformés myopsidést (Sepia, Loligo, Sepioteuthis, etc.). Dans l’autre, les yeux sont libres dans une cavité orbitaire largement ouverte au dehors, pourvus souvent d’un sinus lacrymal , et sont en contact avec l'élément aqueux. J'ai nommé ces animaux otgopsidés? (Onychoteuthis, Ommastrephes , etc.). La présence de la membrane de la première division est en rapport avec l'existence côtière des animaux qui la portent, tandis que les autres, tous pélagiens , n'avaient pas besoin d’avoir l'organe de la vision aussi bien protégé. Les plus côtiers de la première (les Sepia, les Sepiola, les Rossia) ont en outre une paupière susceptible de fermer entièrement les yeux. Ceux-ci et tous ceux de cette division ont, en avant des yeux, une ouverture lacrymale destinée sans doute à renvoyer le surplus de l’eau qui entoure l'œil.

L'oreille externe, qui avait échappé à mes devanciers et que j'ai reconnue chez tous les céphalopodes, est placée en arrière et un peu au-dessous des yeux. Elle est simplement percée chez les Octopus, les Rossia, les Sepia, formée d’une légère protubérance chez les Argonauta, les Philoneæis , les Sepiola, les fishioteuthis, les Loligopsis; marquée d'une conque ex- | terne transversale , ondulée, recourbée à ses extrémités, chez les Loligo, les Sepioteuthis. Elle est formée de plusieurs crêtes | longitudinales chez les Onychoteuthis, et d’une seule chez les | Ominastrephes. Ainsi, le trou auditif externe est diversement protégé suivant les genres. La complication de l'oreille ex- |

terne paraît être en rapport avec la vélocité de natation des | animaux. |

Les céphalopodes ont, aux diverses parties de leur tête, des :

1 De pv, je ferme, et de éd: œil, vue. | 2 De y, j'ouvre, et de éd, œil, vue. Ces deux Coupes , caractérisées \ par beaucoup d’autres caractères, formeront des sous-ordres däns mai classification.

espèces de poches ouvertes en dehors, que J'appellerai ouvertures aquifères. Comme ces ouvertures subissent des changements suivant les genres, et que dès lors elles sont plus ou moins nombreuses, ou modifiées chaque fois que les autres ca ractères changent, je crois qu’on doit les faire entrer dans les caractères génériques.

J'ai appelé ouvertures aquifères céphaliques, les ouvertures paires placées sur le milieu de la tête. Elles manquent chez les Octopus et chez tous les décapodes, mais elles sont bien marquées chez les Argonauta et les Philonexis, où elles commu niquent avec des cavités énormes qui entourent la partie supérieure de la tête.

Lorsque ces ouvertures sont paires, placées au-dessous de chaque côté du tube locomoteur , je les ai nommées ouvertures aquifères anales. Celles-ci communiquent, chez les Philonexis, avec de grandes cavités occupant tout le dessous de la tête, et séparées l’une de l’autre par un diaphragme médian ; leur cavité est très-réduite chez les Ommastrephes ; chez les Onychoteuthis elles sont supérieures au tube locomoteur. Elles manquent chez tous les autres genres.

Les ouvertures aquifères buccales sont placées à la base des bras, autour de la bouche. Il y en a quatre chez les Histioteuthais, les Ommastrephes, sans qu’elles soient également profondes, puisque chez les derniers elles entourent la bouche. On en voit six plus ou moins profondes chez les Onycho-

teuthis, les Sepia, les Loligo : les autres genres en sont dépourvus.

Les ouvertures aquifères brachiales sont situées près et en dehors des bras tentaculaires, entre la troisième et la quatrième paire de bras sessiles. Chez les Sepia, les Sepiola, les Rossia, elles donnent dans une vaste cavité qui occupe tout le dessous de la tête; elles servent à loger les bras tentaculaires dans leurs contractions. Chez les Loligo, la cavité restreinte au-dessous des yeux ne peut contenir les bras en entier. Chez

les Histioteuthis, les Ommastrephes , les Onychoteuthis, elle est plus réduite encore et n’occupe que la partie antérieure aux yeux. Elle manque dans les autres genres.

En résumé, les octopodes possèdent seuls-les ouvertures aquifères céphaliques; les ouvertures aquifères brachiales n'existent chez aucun octopode. Ces poches aquifères peuvent être des organes de l’olfaction des céphalopodes.

Les organes de natation sont multiples chez les céphalopodes. La natation s'opère à reculons au moyen du refoulement de l’eau par le tube locomoteur, par le mouvement des bras et par les nageoires.

Le tube locomoteur est placé sous la tête, à sa jonction au corps. Il forme un tube entier chez les céphalopodes acétabulifères, fendu sur la longueur chez les Nautilus. Lorsqu'il est entier, il est saillant et libre, uni ou comme accolé à la tête. Sa forme est conique, tronquée en avant, élargie en arrière et portant à sa base l'appareil de résistance. Il est très-long et dépasse la tête chez les Argonauta, obligés de vivre dans une coquille; il est médiocre chez les autres genres. Il reçoit dans son intérieur l'extrémité anale, et est pourvu d’une valvule intérieure chez les Sepra , les Rossia, les Loligo, les Sepioteuthis, les Ommastrephes et les Onychoteuthis , tandis qu'il en est dépourvu chez les loligopsidées et chez les octopodes. Chez les poulpes, les philonèxes, les loligopsis, les histioteuthes, les chiroteuthes, les sépioles, les rossies, les seiches, le tube locomoteur s'unit à la tête par la continuité des téguments, sans qu'on y remarque le moindre indice de bride latérale ou supérieure ; tandis que chez les onychoteuthes, les ommastrèphes, les calmars, il y a, au contraire, des brides bien distinctes à la jonction du tube locomoteur à la tête. On en voit deux chez les calmars, et quatre chez les ommastrèphes et quelques onychoteuthes. Le tube locomoteur est logé dans une cavité spéciale de la partie inférieure de la tête, chez les onychoteuthes et les ommastrèphes, tandis qu’il est seulement accolé dans les autres genres.

- Le tube locomoteur remplit deux fonctions distinctes : il chasse l’eau avec force, ce qui est un moyen de locomotion, et renvoie l’eau aspirée par l'ouverture du corps, lorsqu'elle a servi à la respiration. La natation rétrograde des céphalopodes due au refoulement de l’eau par le tube locomoteur, est peutêtre un des modes les plus curieux de locomotion. L'aspiration se fait par l'ouverture du corps. La nature, toujours admirable dans la perfection de ses procédés, a donné une grande force musculaire au corps, en plaçant en avant le tube locomoteur qui sert, à la volonté de l'animal, à renvoyer l’eau aspirée avec assez de force, par la contraction du corps, pour exercer au dehors un refoulement puissant qui le fait avancer à reculons avec tant de violence, dans certaines espèces, qu’elles fendent l'onde comme une flèche, et s'élancent ainsi sur le pont des navires. On conçoit facilement que ces animaux, déployant, près de la surface, toute leur force, s'élèvent assez haut dans les airs. Si les céphalopodes vont très-vite en arrière , au moyen de leur tube locomoteur , ils vont lentement en avant à l’aide de leurs nageoires et de leurs bras.

Les nageoires manquent chez les octopodes et les Nautilus , elles existent chez tous les décapodes. Chez les Sepiola, les Sepioloidea , les Rossia , elles sont latéro-dorsales, distinctes ; chez les Sepia et les Sepioteuthis, elles sont latérales , occupent toute la longueur du corps, étroites dans le premier genre, larges dans le second. Chez les Cranchia, les Histioteuthis, les Onychoteuthis, les Loligo, les Loligopsis, les Ommastrephes , elles sont terminales ; échancrées en arrière chez les Crancha, les Histioteuthis; arrondies chez les Loligopsis, les Chiroteuthis, et rhomboïdales, anguleuses, chez les Onychoteuthis, les Loligo et les Ommastrephes.

Les nageoires, chez les Loligo, les Ommastrephes, les Onychoteuthis, sont formées de couches musculaires transversales recouvertes d’un épiderme si mince, qu'en dessous les fibres musculaires forment toujours des lignes transversales trèsmarquées, qui les rendent comme striées : alors, au lieu

d’être contractiles, elles sont invariables dans leurs formes; leur | consistance est ferme, coriace même; leurs bords sont toujours entiers et très-minces. Chez les seiches, la partie musculaire est recouverte d'une peau épaisse qui la dépasse de beaucoup; aussi les nageoires sont-elles sujettes à se contracter plus ou moins, et à chiites tout à fait de largeur, suivant l'effet de la. liqueur dans laquelle on les à placées. La fermeté des nageoires paraît être en raison des habitudes plus ou moins péla- : giennes , et du grand exercice de la natation : les plus coriaces | de toutes étant celles des espèces qui n’ont encore été ren-. contrées qu'au sein des hautes mers, et qui s’élancent à une: grande hauteur hors de l’eau , tandis que les plus mollasses. appartiennent aux céphalopodes les plus côtiers, les moins: bons nageurs.

Les fonctions natatoires des nageoires sont secondaires et diverses suivant les besoins : dans la nage rétrograde, elles: sont étendues, et soutiennent la position horizontale, en même: temps qu’en s’inclinant plus ou moins, elles font varier la di-. rection de la marche; en d’autres circonstances, elles s’ondu-: lent ou s'agitent, en aidant les mouvements, de côté ou en avant, | que l'animal désire exécuter. En résumé, elles servent de pa. rachute, en soutenant l'animal dans les eaux, ou facilitent les: mouvements divers, tout en ayant moins de puissance que! les nageoires des poissons. |

Les bras ou les tentacules sont à la fois des organes de na-tation, de reptation, du toucher et de préhension chez les: céphalopodes. Ils sont formés chez les Nautilus par une mul. titude de tentacules groupés sur la tête autour de la bouche, et! chez les autres céphalopodes, par huit ou dix bras placés éga-: lement autour de la tête. Dans le premier cas, 1ls sont courts, très-nombreux, cylindriques, rétractiles dans deux séries de: gaines distinctes et dépourvues de cupules. Dans le second, les: bras sont de deux sortes. On nomme bras sessiles les huit qui! couronnent la tête et entourent la bouche, et bras tentaculaires\ ceux qui, au nombre de deux, s'étendent de chaque côté et sont susceptibles d’un grand allongement. |

Les bras sessiles, les seuls que possèdent les octopodes, sont dans cette série infiniment plus longs, plus charnus que chez les décapodes, pourvus exclusivement de bras tentacu-

| Jaires. Ils servent alors à la reptation au fond des eaux, en

remplissant les fonctions de pieds. En général, il y a une différence considérable entre le volume et la force des bras sessiles chez les octopodes -et chez les décapodes, ce qui est en rapport avec leur genre de vie. Des animaux purement nageurs seraient embarrassés dans la natation, s'ils avaient à traîner un long faisceau de bras; ils en seraient aussi gênés que le sont dans leur vol les oiseaux pourvus d’une longue queue : aussi voit-on tous les céphalopodes nageurs avoir les bras courts, tandis que les poulpes les ont le plus souvent longs, ce qui tient à leur existence plus sédentaire, plus côtière, et à leur besoin de saisir, du fond de leur retraite rocailleuse, l'animal qui passe à leur portée : ainsi le volume des bras est en raison inverse de la vélocité de la natation rétrograde, tandis qu’elle coïncide avec la puissance des moyens de préhension.

Les bras sessiles sont coniques ou subulés chez tous les céphalopodes, excepté chez l’argonaute, qui a les bras supérieurs repliés sur eux-mêmes et pourvus, à celte partie, d’une membrane extensible propre à envelopper la coquille. Les bras subulés sont toujours inégaux entre eux, et l'inégalité suit, pour ainsi dire, les divisions de genres; les animaux les plus côtiers ont les bras inférieurs plus longs (les Octopus, les Sepia), tandis que les animaux pélagiens ont les bras latéraux - inférieurs les plus développés, parce qu'ils servent à la natation. Afin de suivre un ordre régulier dans les descriptions des espèces , j adopterai l’ordre suivant. En commençant par les bras supérieurs situés entre les yeux, je nommerai bras supérieurs la première paire; bras latéraux-supérieurs la paire qui suit, bras latéraux-inférieurs la troisième paire, et bras inférieurs la paire inférieure occupant la partie médiane de la tête en dessous. Dans les phrases latines, je désignerai

ces paires suivant leur ordre, des supérieurs aux inférieurs, par 1, 2,3, 4.

Les bras sessiles sont destinés à remplir plusieurs fonctions distinctes. Comme moyens de préhension, ils ont en dedans une série de cupules ou de crochets destinés à retenir les corps. Cette partie est quelquefois protégée d’un ou de deux côtés par une membrane mince, plus ou moins extensible, que j'appelle membrane protectrice des cupules, destinée à les recouvrir, à les protéger, à élargir les bras et à en faire des moyens de natation ; comme second moyen de natation, il y a, en dehors des bras, des crêtes plus ou moins larges, que je désignerai sous le nom de crétes natatoires.

La crête natatoire, placée sur la convexité externe du bras, n'existe pas chez les octopodes, chez les sépioles, les rossies, les sépioloïdes; elle est très-peu prononcée, et seulement aux bras inférieurs, chez les Loligopsis et les Sepra, tandis qu’elle est toujours très-marquée , vers la moitié de la longueur des bras latéraux-inférieurs , chez les ommastrèphes, les calmars ; aux bras latéraux-inférieurs et aux bras inférieurs, chez les onychoteuthes. Comme cette crête est plus développée chez tous les animaux nageurs par excellence (les ommastrèphes, les onychoteuthes, etc.) ; qu'elle est plus courte chez ceux qui nagent le moins vite; qu'elle manque entièrement chez les Octopus, les plus côtiers de tous les céphalopodes, on doit naturellement supposer qu’elle est d’une grande importance dans la natation des animaux qui en sont pourvus. Sa position étant horizontale par rapport à celle de l'animal nageant, on doit croire qu elle est destinée à élargir latéralement la surface horizontale, pour soutenir, pendant la nage, l'équilibre dans le liquide aqueux, en aidant l'animal à conserver sa position horizontale, et l’'empêchant de descendre.

La membrane protectrice des cupules , placée en dehors des cupules , généralement mince et festonnée sur ses bords, manque entièrement chez tous les octopodes. Parmi les décapodes, chez les sépioles, les rossies, les histioteuthes, elle

disparaît encore; elle est presque nulle chez les onychoteuthes, très-étroite chez les calmars, les seiches , chez quelques ommastrèphes, tandis que chez l’'Ommastrephes Bartramui et lOceanicus, elle est développée, surtout au côté inférieur des bras, où elle forme une vaste toile, marquée de côtes transversales, et s'étend sur une largeur égale à celle des bras mêmes.

La partie interne des bras sessiles est armée de cupules propres à retenir les objets. Ces cupules sont de deux sortes : elles sont sessiles et seulement charnues chez les octopodes, pouvant alors opérer une succion en faisant le vide, ou bien elles sont pédonculées, et alors pourvues d’un cercle corné interne, armé de pointes à son pourtour, ou même d'un long crochet corné chez tous les octopodes.

Les cupules sessiles déprimées, obliques, sont sur une seule ligne chez les Eledone , les Cirrhoteuthis , et sur deux lignes ches les Octopus, les Philonexrs, et les Argonauta. Les Octopus montrent ces cupules infundibuliformes, peu profondes, pourvues, dans leur intérieur, d’une seconde cavité séparée de la coupe même par un rétrécissement, et dont l'intérieur est marqué de côtes rayonnantes, et bordé en dehors. Elles sont légèrement rétrécies à leur base chez les Argonauta, et cylindriques, extensibles chez les Philonexis. Les cupules sessiles sont de puissants moyens de préhension. Elles représentent les fonctions des ventouses par le vide, ou par une espèce de succion exercée sur le corps qu’elles touchent, et qu’elles retiennent fortement.

Les cupules pédonculées des décapodes sont sur deux lignes longitudinales alternes chez tous les genres, excepté chez la Sépia, où elles sont sur quatre. Toujours très-obliques, portées sur un pied excentrique étroit, elles sont charnues, marquées extérieurement d'un bord mince qui renferme et recouvre un cercle corné, oblique, au milieu duquel est encore une surface élevée.

Les fonctions de ces cupules, comparées à celles des octopodes, me paraissent différer, en ce sens qu’elles ne peuvent

pas faire le vide, ni exercer de succion, leurs bords étant trop minces , et leur cercle corné y devant mettre obstacle. Je crois |

que le cercle corné, oblique d'avant en arrière ( dans la position de l'animal) et souvent pourvu de pointes recourbées en arrière, est destiné à retenir la proie et à l'approcher de la bouche; aussi, quoique les décapodes n'aient pas de cupules aussi

larges, aussi rapprochées que celles des octopodes, ils ont, : avec les pointes dont le cercle corné de leurs cupules est armé, :

des moyens d'autant plus puissants de préhension, que les cu-

pules sont susceptibles de se tourner en tous sens sur leur pied, | et que dès lors elles peuvent agir dans toutes les directions. On conçoit aussi que ces pointes du cercle corné, toujours exposées |

au milieu du liquide, dans une direction opposée à la marche rétrograde, auraient constamment arrêté , sans la volonté de

l'animal, tous les corps qui auraient passé ou se seraient trouvés en contact avec elles, si, par une admirable prévoyance de

la nature, elles n'avaient constamment été recouvertes, dans le repos, par les rebords des téguments qui les entourent, de

manière à ce que leur action soit facultative et non perma- | nente. Le céphalopode qui ne veut rien sentir a le cercle corné de ses cupules recouvert de facon à n’offrir aucun point d'arrêt

extérieur; mais veut-il, au contraire, retenir une proie? 1l contracte les parties charnues qui entourent le cercle corné , et celui-ci agit alors pour serrer, accrocher et rapprocher la proie de sa bouche, remplissant les fonctions des griffes cachées des chats. Ainsi le système cupulaire des décapodes est

bien plus parfait, comme moyen de préhension, que celui des

octopodes.

Le cercle corné des cupules existe chez tous les décapodes

sans exception, mais avec des modifications extérieures de |

forme telles qu'il est facile de reconnaître certainement à sa

seule inspection tous les genres auxquels il aura appartenu. | Le cercle corné, chez les sépioles, les rossies, est dépourvu de | dents, convexe en dehors, cette partie formant un large bour- |

relet pourvu, en dessus et en dessous, d’un rétrécissement,

avec des dents chez les seiches ; il est lisse en dehors, et orné d’une crête saillante, étroite, circulaire à son pourtour, et de dents paires à son bord supérieur, chez les calmars ; il est divisé en dehors en deux anneaux par une dépression circu- Jaire, chez les chiroteuthes ; seulement convexe sans rétrécissement inférieur, chez les Loligopsis , les histioteuthes; convexe aussi, mais beaucoup moins, chez les onychoteuthes, où il se montre toujours dépourvu de dents à son bord supérieur ; tandis qu'avec une grande obliquité, une très-grande hauteur , il est, chez les ommastrèphes, constamment convexe, sans bourrelets, et armé, à son bord supérieur, de fortes dents crochues dont une médiane plus longue.

Les Enoploteuthis, les Celæno, et les Belemnaites, offrent des crochets cornés au lieu de cercle corné. Ces crochets allongés, élargis à leur base, crochus et aigus à leur extrémité, sont protégés d'une membrane identique à la membrane des cercles cornés des cupules. Ces crochets, qui font l'office de véritables griffes, serrent à la volonté de l'animal. Au repos, ils sont totalement enveloppés, et ressemblent aux griffes du chat qui fait patte de velours, tandis que dans l'érection 1ls agissent avec force. En comparant la forme de ces crochets au cercle corné, on voit que le crochet n’est qu'un cercle corné comprimé dont les deux parois viendraient s'appliquer l’une contre l’autre.

Les bras tentaculaires , toujours placés entre la troisième et la quatrième paire de bras sessiles , sont peu variables dans leur extension. Les Chiroteuthis, qui en ont de six fois Ia longueur de leur corps, font seuls exception à cet égard. Ces bras sont rétractiles en entier dans une poche sous-oculaire, chez les Sepia, les Sepiola, les Rossia; ils ne peuvent rentrer qu'en partie chez les Loligo, les Sepioteuthis, tandis qu’ils ne sont plus rétractiles chez les autres genres. Très-allongés, ar- rondis où comprimés sur leur longueur, ils n’ont généralement de cupules qu’à leur extrémité pourvue d’un élargissement pour les recevoir; ils sont retenus en dedans par une bride tout à fait intérieure dans la cavité qui leur est propre, chez

les seiches seulement; tout à fait extérieure et attachée à la base du bras sessile inférieure, chez tous les autres décapodes sans exception; de ce point, jusque près de leur extrémité, ils sont cylindriques, puis enfin se terminent par une massue large, étroite, obtuse ou lancéolée, pourvue en dedans, comme les bras sessiles, de cupules ou de crochets, protégés ou non par une membrane protectrice des cupules, et, en dehors, d’une créte natatoire plus ou moins développée, qui subissent des modifications peu différentes de celles des bras sessiles. Néanmoins, les cupules sont ordinairement plus obliques et plus inégales, les unes grosses, les autres petites, placées sur le double de lignes que sur les bras sessiles; aussi les Loligo, les Ommastrephes, en ont quatre rangées, les Histioteuthis six; les Sepia, les Seprola, les Rossia, six ou dix. Les Onychoteuthis, les Enoploteuthis, les Celæno, et les Belemnites, montrent des crochets au lieu de cupules, et souvent les deux. Les Onychoteuthis et les Enoploteuthis offrent encore dans la préhension une perfection de plus, consistant dans un groupe de petites cupules et de tubercules placé à la base des massues : je l’appellerai groupe carpéen, et un autre groupe semblable, situé à l'extrémité de cette massue, au delà des derniers crochets. Dans la préhension, l'animal rapproche les deux bras, fixe les cupules carpéennes les unes contre les autres, et se sert ensuite de l'extrémité du bras comme d’une main. Dans quelques espèces, 1l existe, près du groupe carpéen, une sorte d'articulation charnue, qui permet tous les mouvements de flexion d’une main véritable sur le poignet; aussi les fonctions presque exclusives des bras tentaculaires sontelles la préhension : en effet, leur grande extension possible permet à l’animal d'atteindre au loin sans changer de place, de . saisir, d'approcher de sa bouche la proie dont il veut rester le maître, en la retenant avec les cupules ou les crochets. Les Chiroteuthis ont de plus à l'extrémité du bras tentaculaire, au côté opposé des cupules ordinaires , une seule cupule charnue ovale, qui doit servir aussi à se fixer.

Chez les Sepia, entre la membrane et le corps du bras, en dessous , il y a, le plus souvent, plusieurs cavités où l’eau peut pénétrer très-avant. Chez les Lohgo et les Sepioteuthis, où cette cavité n'existe pas, il y a; sur le milieu du bras, entre les cupules, une membrane mince intercupulaire, qui en est séparée et permet à l’eau de circuler entre elle et le corps des bras. Nul doute que cette modification singulière ne doive être déterminée par les besoins de l'animal, et que ces cavités ne remplissent des fonctions importantes.

Les bras sessiles sont, chez quelques céphalopodes, unis ensemble à leur base par une membrane que je désignerai sous le nom de membrane de l'ombrelle : l'ensemble représentant, dans son développement, une espèce d’ombrelle dont les bras seraient les rayons. Cette membrane, très-développée chez les Cirrhoteuthis, y unit tous les bras; très-développée entre les deux paires de bras supérieurs de quelques Philonexis, et des Hishioteuthis, elle existe, mais le plus souvent à l’état rudimentaire, chezles Octopus etles Argonauta. Les Onychoteuthis, les Sepiola, les Ommastrephes , en montrent une encore entre la troisième et la quatrième paire de bras; les Loligo et les Rossia ont une courte membrane partout, excepté entre la quatrième paire; chez les Sepia et les Sepioloidea, elle est partout et manque entre les bras inférieurs.

La position des bras dans la natation rétrograde à l’aide du refoulement de l’eau chez les céphalopodes, indique certainement dans leur économie animale les fonctions des membranes de l’ombrelle. L'Octopus vulgaris étale alors ses six bras supérieurs sur une ligne horizontale, sans doute pour établir une espèce de parachute qui le soutient dans une position horizontale, tandis que les deux bras inférieurs réunis, lui tenant lieu de gouvernail , sont disposés de manière à régler la direction de sa marche. Ainsi, les membranes de l’ombrelle rempliraient avec plus d'efficacité Les fonctions de parachute dévolus aux bras sessiles.

Les organes de manducation se Lin chez les céphalo-

podes, d’un bec formé de deuxmandibules cornées ou calcaires, entre lesquelles est une langue charnue, recouverte de pointes | cornées. Ces parties sont enveloppées d'un gros bulbe musculaire qui donne toute la force aux mâchoires. En dehors, autour du bec, sont deux lêvres ciliées, entourées elles-mêmes et protégées par une membrane buccale extensible, située entre le | bulbe buccal et la base des bras. ;

La membrane buccale manque chez les octopodes, mais elle est très-marquée chez les décapodes. Dans le développement, elle forme un vaste entonnoir, et dans le repos elle recouvre toute la partie extérieure de la bouche. Elle est entourée de huit à dix appendices charnus , marqués en dehors par autant de côtes musculaires qui correspondent aux brides servant à son insertion aux bras. Les Ænoploteuthis ont huit brides externes ; les Loligo, les Sepiola , les Sepra, les Onychoteutlus, les Ommastrephes, les Loligopsis en ont sept, les deux supérieurs se réunissant pour n’en former qu'une. Les Histioteuthis, les Chiroteuthis et les Rossia en ont seulement six, les AOF supérieures et inférieures étant réunies.

La membrane buccale me paraît destinée à retenir la proie, à l’approcher des mandibules et à la retenir, tandis que le bec agit; supposition que viendrait appuyer une modification des lobes de cette membrane. On sait que, chez les céphalopodes, les cupules augmentent la force de préhension des bras; aussi, trouvant des cupules aux parties internes de l'extrémité des lobes de la membrane buccale, chez les calmars et les sépioteuthes, je n’ai plus eu de doutes sur leurs véritables fonctions.

Les lèvres, l’une externe, mince, assez courte, dont les bords sont entiers et non ciliés; l’autre interne, en contact avec le bec, toujours épaissé, charnue, papilleuse ou ciliée sur ses bords, pouvant se contracter sur le bec et le recouvrir entièrement, remplissent sans doute des fonctions analogues aux lèvres des mammifères.

Le bec, érgane puissant de manducation, est calcaire chez les

Nautilus, les Paleoteuthis et les Rhynchoteuthis, corné chez les autres céphalopodes acétabulifères. [l se compose de deux mandibules qui agissent de haut en bas, et ressemblent beaucoup en dehors au bec d’un oiseau ; néanmoins, ce bec offre toujours une position inverse de celui de ces animaux, puisque la mandibule

supérieure ne recouvre point l'inférieure, mais rentre, au con-

traire, dans l’infériéure qui là recouvre ; position anomale, et souvent méconnue par ceux qui se sont occupés des céphalopodes. Ces deux mandibules sont entourées et fortement attachées par des muscles d’une grande puissance qui leur donnent beaucoup de force. La mandibule supérieure se compose de deux parties distinctes, l’une rostrale, plus ou moins arquée, aiguë en avant, formant, en arrière, un capuchon séparé d’une expansion inférieure plus ou moins longue ou plus ou moins large , suivant les genres. La mandibule inférieure, toujours plus large, à rostre moins aigu , est aussi composée d'une partie rostrale ét d'une expansion inférieure ; mais avec cette différence constante que la partie latérale s’allonge de chaque côté et forme une aile variable suivant les genres. Les modifications de la forme du bec suivent les autres caractères des genres; aussi peut-on toujours reconnaître, à l'inspection d’un bec, à quel genre il appartient.

Calcaireé dans les genres Nautilus, Rhynchoteuthis et Paleoteuthis , il est infiniment plus large sans capuchon chez le Paleoteuthis, tandis qu'avec le capuchon 1l a les ailes calcaires, bien plus larges chez le Rhynchoteuths.

Parmi les becs cornés, la mandibule supérieure a la partié rostrale très-courte, peu séparée de l'expansion chez les Octopus ; peu séparée encore, mais plus large, chez les argonautes, les philonèxes ; très-longue, un peu séparée, chez les calmars, les seiches, les sépioles; peu longue, mais très-séparée, chez les ommastrèphes; peu séparée chez les onychoteuthes, les Lohgopsis, les histioteuthes, qui ont en même temps le rostre beaucoup plus long, plus courbe, plus aigu. L'expansion postérieure est courte, composée de trois lobes égaux, un postérieur,

deux latéraux, chez les argonautes, les philonèxes; très-longue, surtout en arrière, et n'ayant plus qu'un indice de lobe chez les poulpes ; très-longue, sans lobes chez les seiches, les calmars, les sépioles, les rossies, et tous les autres décapodes. La partie rostrale de la mandibule inférieure est arrondie en arrière chez tous les octopodes, échancrée chez les décapodes. Les ailes sont courtes, larges, chez les argonautes, les philonexes; très-longues, très-étroites, arquées, chez les Octopus ; droites, longues, plus larges chez les seiches, les calmars, les sépioles ; courtes chez les onychoteuthes, les ommastrèphes, etc. L'expansion postérieure est large, non carénée en dessus, trèspeu échancrée en arrière, chez les argonautes, les philonèxes ; très-longue , étroite, très-carénée, peu échancrée, chez les poulpes ; médiocrement longue, large, carénée en dessus, plus échancrée, chez les seiches, les calmars, les sépioles; très. courte, très-carénée, très fortement échancrée en arrière, chez les onychoteuthes et les autres oigopsidés , avec cette modification que les lobes latéraux sont minces, surtout chez les ommastrèphes, tandis qu'ils sont pourvus d'une crête ferme sur leur longueur chez les onychoteuthes, les énoploteuthes, les loligopsis et les chiroteuthes : ces quatre derniers genres ayant l'expansion plus échancrée et plus courte, le rostre plus étroit et plus long.

Par la vélocité de leur natation, par leurs puissants moyens de préhension, par la force de leur énorme bec, les céphalopodes sont, sans contredit, les mieux organisés de tous les Mollusques, et paraissent, dans cette classe, jouer le rôle que remplissent les oiseaux de proie (Accipitres) parmi les oiseaux terrestres, ou les grands voiliers parmi les oiseaux aquatiques. Des plus carnassiers, ils détruisent sur les atterrages l'espoir du pêcheur, déciment au sein des mers les jeunes poissons et les Mollusques pélagiens ; et, partout amis du carnage, non-seulement tuent pour se nourrir, mais encore semblent le faire par habitude; car j'ai vu des calmars renfermés, à marée basse, dans le même réservoir que de jeunes poissons, faire une horrible destruction de ces derniers, en les mettant en pièces, sans les man-

ger. J'ai examiné l'estomac d'un grand nombre de céphalopodes, et j'ai pu m’assurer qu'ils se nourrissent, tant sur les côtes qu'au sein des mers, de poissons, de Mollusques et de crusta-

cés, préférant, du reste, les Mollusques à toute autre proie.

Page 1