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quille et l’alvéole qu'elle renferme; ainsi, dans la Bélemnite, le godet terminal de la coquille cornée aurait reçu, en dedans, la coquille testacée ou les loges alvéolaires, tandis qu'en dehors il serait recouvert par le dépôt calcaire constituant le rostre. Cette partie est des plus variées dans sa forme, comprimée, déprimée, sillonnée ou non, pourvue d’un ou de plusieurs sillons vers la pointe ou vers sa région supérieure, courte ou allongée, conique, ventrue ou lancéolée. Elle change d'aspect, suivant chacune des espèces, ou même dans les périodes diverses de l'existence de l'animal , sans avoir de caractères extérieurs toujours bien saisissables, toujours bien constants. En un mot, comme on devait s y attendre pour un corps interne qui n’a aucune importance zoologique, le rostre de la Bélemnite est une partie sujette à une immense extension de variation, et ne peut se restreindre en des limites spécifiques qu'après une discussion sévère de toutes les causes susceptibles d’amerer des différences, tenant à l'âge, au sexe, ou aux accidents nombreux qu il peut éprouver. à
Ne pouvant définir la forme fixe des rostres qu'en traitant des modilications qu'ils sont susceptibles d'éprouver, je me borne ici à l'exposé des lois invariables auxquelles leurs formes sont soumises. Le rostre, comme je lai dit, n’est qu'un encroütement calcaire qui revêt extérieurement le godet terminal de la coquille cornée. Cet encroûtement, recevant toujours, sur toute sa longueur, de nouvelles couches au fur et à mesure de l'accroissement du godet, et l’accroissement du godet ayant lieu en avant, 1l en résulte que la région postérieure du rostre devient plus épaisse que l’antérieure, et qu’elle forme souvent un cône ou une partie très-allongée. En avant, au contraire, les couches calcaires du rostre deviennent d’autant plus minces qu on approche de l'extrémité antérieure, et finissent par former une pellicule si peu épaisse qu'elle est à peine sensible.
M. Duval! a dit que le bord antérieur du rostre devait se
1 Bélemnites des Büsses-Alpes, p. 23, 29, 38.
terminer différemment, suivant les espèces; 1l le décrit ; 1l le figure avec un long prolongement, en dessus et en dessous, et avec une échancrure sur les flancs. Je crois que ces saillies ne tiennent qu à l’altération des rostres observés, et voici sur quoi je me fonde : je possède des échantillons des B."tripartitus et acutus (Pal. univ., pl. 38 et 45), où les lames testacées du rostre se prolongent en avant, sur l'alvéole, en une pellicule très-mince, jusqu'à une très-grande distance, et ne cessent évidemment d’être perceptibles que par suite d'une altération. Ces deux faits, dans leur isolement même, eussent déjà été concluants; mais en observant toutes les coupes longitudinales, faites sur plus de quinze espèces de rostres très-bien conservés, je me suis encore assuré, à l’aide d'un fort grossissement, que les couches testacées du rostre, loin de venir s'achever carrément sur l'alvéole, dans la direction du rostre, s'étendent en une couche très-mince qui revêt, en s'évasant très-loin en avant, le cône alvéolaire. Je crois donc, en dernière analyse, d’après les observations citées, que le dépôt testacé du rostre se continuait sur presque toute la longueur du godet terminal de la coquille, et que, dès lors, ses bords suivaient la forme arrondie de ce godet. Quand il y a des parties élevées des côtes, sur le rostre, ces côtes s’atténuent, s’abaissent peu à peu et s’effacent même à la partie antérieure, comme j'ai pu le voir sur plusieurs espèces des terrains jurassiques et crétacés B. hastatus, Blainvillei, etc. Toutes les saillies et les échancrures antérieures du rostre me paraissent devoir n'être que le produit d’altérations plus ou moins fortes dans la décomposition ou dans l'usure, et ne tenir nullement à la forme de son bord.
Le rostre, composé de couches calcaires successives, ne les reçoit pas uniformément sur toute sa longueur. Les couches se portent le plus souvent en arrière, où elles forment, tout d'un coup, des prolongements énormes, comme on peut le voir pour les B. irregularis, giganteus, unicanaliculatus et minimus. Dans tous les cas, le rostre étant toujours terminé par une ex-
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trémité acuminée au centre postérieur, ce centre, cetteextrémité de tous les âges, se montre dans les coupes, depuis le sommet de l’alvéole jusqu'aux dernières couches terminales du rostre, il forme une ligne droite, arquée ou flexueuse, suivant les es-
pèces. Cette ligne, ancienne trace de l'extrémité successive du rostre, a été nommée Apiciale par M. Voltz; elle est, le plus souvent, identique suivant les espèces.
Les rostres des Bélemnites sont très-allongés chez les B. hastatus, pistilliformis, clavatus, giganteus, ete.; ils sont, au contraire, très-courts chez les B. acutus, brevis, curtus. Entre ces deux extrêmes, il y a tous les intermédiaires.
Leurs seuls ornements consistent :
4° En un sillon ventral prolongé sur presque toute la longueur (B. hastatus, Duvalianus, sulcatus, bessinus, Fleuriausus, etc.), n'occupant que la partie antérieure (B. Sauvanausus, pistilliformis, minimus, semicanaliculatus), ou mar-
| qué seulement en arrière (B. Puzosianus);
2° En un sillon dorsal marqué sur toute la longueur (B. la- tus, conicus), ou seulement à l'extrémité supérieure (B. dilatatus, Emerici, Grasianus);
| 3° En deux sillons latéraux-supérieurs, marqués sur toute | Ja longueur (B. tricanaliculatus);
4° En sillons latéraux-pairs, visibles sur une étendue plus ou moins grande (B. Coquandianus, bipartitus, dilatatus, etc.).
Toutes ceslignes longitudinales du rostre, qui s’effacent quelquelois chez les individus d’une même espèce, et auxquelles on a donné une trop grande importance zoologique, en les considérant comme des restes d’'attaches musculaires!, ne sont, comme je l’expliquerai, que le résultat d’un simple pli dans l'enveloppe charnue de la coquille. Il suffit, du reste, d'ouvrir un calmar ou une seiche, pour s'assurer que cette dernière n'adhère aux parois par aucun muscle longitudinal, et que
1 M. Duval, opus. cit.,p. 23.
k70 CÉPHALOPODES.
toutes les saillies et les creux de la coquille ne sont que la reproduction des saillies et des creux formés par l'épaississement des diverses parties des téguments de l'espèce de gaîne charnue où elle se trouve renfermée, le rostre n’en étant lui-même que la partie la plus éloignée des organes essentiels à la vie. |
Le rostre est formé de matière calcaire, compacte, en couches superposées, ou d'étuis s'emboîtant les uns dans les autres. Sa cassure est fibreuse ou rayonnante, du centre à sa circonférence. Ce caractère n’est point, comme on l’a cru longtemps, un état de pétrification, puisqu'un rostre de seiche enlevé aux espèces vivantes montre les mêmes couches superposées et les stries rayonnantes. J'ai même, par la comparaison, acquis la certitude que le rostre de la Bélemnite était, avant sa fossilisation, testacé, ferme et analogue à celui des Seiches". II était dès lors probablement nacré, et cet aspect se retrouve encore chez quelques Bélemnites de tous les terrains.
D’après les détails dans lesquels je viens d'entrer, on voit que la coquille cornée est, par sa forme antérieure, voisine de celle des Loligo et des Onychoteuthis. Le godet terminal est identiquement celui des Ommastrèphes ; seulement, il est plus grand et contient de plus, en dedans, une coquille testacée renfermant des loges aériennes, et, en dehors, un encroûtement rostral. Lorsqu on voit le genre Conoteuthas offrir un cône alvéolaire sansrostre, dans une coquille tout à fait analogue à celle des Ommastrèphes , on aura les passages d’un genre à l’autre, sans aucune lacune zoologique. L'alvéole aérien, tout en différant de forme, est, chez les Bélemnites, le représentant de la coquille de la spirule ou Spirulirostra ; il ne diffère que dans sa
forme conique. Le rostre de la Bélemnite est absolument iden- #
tique au rostre testacé de la coquille de seiche. En résumé, la coquille de Bélemnite est conformée comme
1 M. Owen, opusc. cit., p. 69, 70, 82, paraît croire le dire le premier en 1844, tandis que je l’ai imprimé dès 1840. Paléont. frang., terr. crétacés, p. 36.
bacs. aft-tnimÉnÉe. dn Sd é —
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celle des Céphalopodes qui habitent actuellement nos mers; seulement, elle est plus compliquée, puisqu elle réunit plusieurs caractères isolés chez les autres Céphalopodes. Néanmoins, sa forme allongée et ses autres rapports m'ont (dès 1840) porté à la rapprocher davantage des Ommastrèphes. La découverte du genre Conoteuthis vient, en établissant les passages, confirmer ces rapprochements et prouver que la Bélemnite était un Céphalopode acétabulifère, dont les caractères conduisent à former une famille distincte. La découverte des restes fossiles, étudiés par M. Owen‘, vient confirmer cette déduction, tirée des caractères internes; seulement, elle nous donne, de plus, la forme générale d'une espèce, la conformation et la place des nageoires, et nous apprend que les Bélemnites avaient des crochets aux bras, comme les Enoploteuthis d'aujourd'hui. On voit, par la place que j'assigne aux Bélemnites, que je suis loin de les mettre entre les Sperula et les Sepia, où les classe M. Owen, d'après la forme des nageoires, caractère peu important, et d'après la présence des loges aériennes.
Les considérations étendues dans lesquelles je suis entré aux généralités ?, sur les fonctions de la coquille, suivant sa forme et sa composition, mont, dès 1842, porté à croire que la forme allongée de l’ensemble de la coquille de la Bélemnite annonce un Céphalopode voisin des Ommastrèphes et des Onychoteuthes, bon nageur, sans néanmoins avoir atteint, sous ce rapport, le degré de perfection auquel sont parvenus les Ommastrèphes. La présence du rostre indique, en même temps, un être dont les habitudes étaient côtières; ainsi la Bélemnite aurait joint une nage très-prompte à des mœurs purement riveraines.
Les modifications des caractères extérieurs des rostres de Bélemnites paraissent tenir à plusieurs causes : aux variétés naturelles, aux variétés accidentelles, aux variétés de sexe et aux variétés d'âge.
1 Mémoire cité, Philos. trans., 1844.
2 Voyez p. 134 et suivantes.
Variétés naturelles.— Ces variétés sont d'autant plus larges chez les rostres des Bélemnites, qu'elles ont lieu sur une partie moins importante dans l’économie animale. J'ai dit que, sur plus de quinze espèces dont j'avais pu voir, par les empreintes, la coquille cornée , cette partie ne m'avait offert aucune diffé-rence bien appréciable dans sa forme. J'ai dit aussi que l'ouverture de l'angle, dans le cône alvéolaire, montrait peu ou point de variations, suivant les individus d'une espèce. On voit, que les parties essentielles des Bélemnites sont, en quelque sorte, invariables , et offrent ainsi un caractère spécifique important. Si je passe au rostre, je trouverai, au contraire, les limites de variations si étendues, que je puis croire qu'il n'existe pas d'autres corps organiques plus difficiles à circonscrire dans leurs caractères spécifiques. — En effet, prend-on pour base la longueur relative de l’alvéole ou du rostre? on la voit varier à l'infini. Prend-on la compression ou la dépression? celle-ci est plus ou moins marquée. Enfin, se sert-on de la présence des sillons? ils sont si prononcés sur certains individus et si faibles chez d'autres, qu'on est réellement très-embarrassé. Il devient donc impossible de fixer les limites des variétés naturelles, sans tenir compte des variétés accidentelles, des variétés de sexe et d’âge.
Les variétés accidentelles peuvent dépendre de trois causes. Elles sont produites, à l'état de vie de l’animal, par les lésions de l'extrémité du corps dues au choc du rostre, dont elles modifient la pointe; par une rupture au milieu de la Îongueur du rostre, par l'enlèvement d'une partie du rostre. Je vais les traiter séparément.
4° Les monstruosités provenant de la lésion de l'extrémité du corps par un choc, doivent être plus fréquentes, et ce que j'ai dit de la nage rétrograde! les explique d'une manière saüsfaisante. Il est certain qu'un choc violent doit rompre l'ex-
1 Voyez p. 138.
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trémité du rostre, meurtrir les chairs et endommager notablement la peau ; dès lors, pendant cette période, et ensuite si la blessure est forte, les matières testacées ne se déposent plus régulièrement, et 1l en résulte des formes anormales, souvent des plus bizarres ; ainsi, de pointu qu'il était, le rostre devient rond (PB. hastatus. Pal. univ., PI. 53, fig. 9), et cette monstruosité, la plus commune de toutes, se remarque surtout chez les très-vieux individus de chaque espèce ( 2. niger, tripartitus).
D'autres fois, la lésion amène un tortillement à l'extrémité du rostre (B. hastatus. Pal. univ., PI. 53, fig. 10), ou encore une pointe crochue (B. tripartitus, B. unicanaliculatus).
Lorsque la lésion est devenue trop forte, il a dù en résulter une plaie non fermée. Les parties testacées ne se déposant que dans les points non malades, il s'est formé une extrémité boursoufflée avec une crevasse irrégulière (Pal. univ., PI. 53, fig. 8). Ces monstruosités pouvaient être si fréquentes et si variées, que les caractères spécifiques tirés de l'extrémité du rostre sont, comme on le voit, les plus mauvais qu'on puisse prendre, lorsqu'ils ne se retrouvent pas identiques sur un grand nombre d'échantillons, et lorsqu'ils ne sont pas accompagnés d’autres différences constantes. Pour faire usage des caractères de l'extrémité du rostre, sur un échantillon anormal, il convient de le couper préalablement en deux, afin de voir s’il n’y a pas de traces de lésions internes.
2° Les monstruosités provenant d'une rupture au milieu de la longueur du rostre ne peuvent avoir lieu que chez les espèces dont cette partie est allongée et grêle ; aussi ne la voit-on, jusqu à présent, que chez les B. hastatus et mstilliformis. C'est elle quiamène évidemment les Bélemnites sans cône alvéolaire, dont on a formé le genre Actinocamax. J'ai donné!, dès 18492, une courte explication de cette singulière déformation, que Je regardais comme le produit d'une rotation des deux parties,
1 Voyez Paléont, franç., terrains crétacés, p. 38.
pendant la vie de l'animal. Aujourd'hui, je n'ai pas changé d’opinion.
J'ai dit que le genre Actinocamax était le produit d’une … rupture pendant la vie, et d'une rotation, l'une sur l’autre, des … parties rompues du rostre. Voici comment je me l'explique . (PI. 36, fig. 5) : ce genre de mutilation se remarque principa- « lement sur deux espèces, toutes deux de forme lancéolée, ë c'est-à-dire plus large en haut et en bas qu'au milieu de leur … longueur, et offrant ainsi plus de facilité à se rompre dans cette partie faible qu'ailleurs, soit au-dessous, soit au commencement de l'alvéole; c'est, en effet, ce qu'on trouve, tous les prétendus Actinocamax n'étant que des Bélemnites ou des Be. lemnitella rompues dans leur partie la plus mince. Je croiss qu'il n'y a pas de doute à cet égard, et les figures que j'ai don-w nées en 1840 peuvent servir à le démontrer. On a encore lan certitude que ces ruptures ont presque toujours eu lieu dans l'instant où le rostre était très-délié, très-faible, comme on en peut juger par le diamètre de la partie saillante du rostre du B. pistilliformis et par la taille des Actinocamax fusiformis, w qui ne sont que des mutilations du B. hastatus (Pal. umiv., PI. 53, fig. 4, 6). Le rostre s'était donc rompu à une grande” distance de son extrémité postérieure. J'ai dit encore que lan coquille est, chez les Céphalopodes, logée dans une gaîne char- | nue, très-étroite, de la région la plus supérieure du corps !;" que le rostre en occupe la partie la plus déliée, la plus pointue de l'extrémité postérieure?; que l'animal, dans la nage rétrograde, présente constamment cette partie déliée à la résistancen de l’eau. Il est alors évident que l'extrémité du corps, n'étant plus affermie par le rostre entier, recevra dans la natation, sur le point de la rupture, un mouvement incessant en tous sens; ou une espèce d’articulation mobile, qui amènera constamment la rotation, l’une contre l’autre, des deux parties rompues:
1 Voyez p. 133.
2 Voyez p. 1439.
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‘Aucune soudure ne pourra devenir possible, puisqu'il faudrait que l'animal restât sans mouvement, ce qui serait difficile à “esètres entourés d'ennemis auxquels ils servent de nourriture, et qui ne cessent de les poursuivre. Si donc l'animal ainsi blessé “exécute le moindre mouvement déterminé par la résistance de eau, ce mouvement du corps sur la partie rompue du rostre viendra pincer, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, la paroi in- Merne de la gaîne; il en résultera une lésion constante de cette | partie, une plaie permanente quiempêchera la soudure. De plus, M'état pathologique augmentant toujours, la paroi perdra peu à Mpeu, sur ce point, ses facultés sécrétantes; 1l s’en suivra cette série de couchesen retraite qui commencent au point de rupture bpremière et s achèvent plus ou moins loin, suivant l'étendue Me la partie malade. Si, après une période plus ou moins lon-
| gue, la plaie se cicatrise, en partant des parties postérieures hnon lésées, et en s'avançant vers le point primitif de la bles- “sure, il en résultera une sécrétion extérieure qui, au lieu d’être en retraite, débordera la partie déjà formée, et il se formera “ces bouts saillants du sein d'une cavité, comme on le voit sou- “vent (PI. 53 et68 de la Pal. univ.).
3° Les monstruosités par enlèvement d'une partie de la lon- “gueur du rostre doivent provenir de deux causes : d'un choc “qui à déterminé une blessure grave, et par suite la chute de “l'extrémité du rostre, après sa rupture; ou d'une morsure quelconque, qui a enlevé l'extrémité postérieure du corps. C'est sans doute à l’une et à l’autre de ces causes que sont dues ces mutilations si singulières, figurées par M. Duval, et qu'il a rebeonnues sur le 2. pistilliformis (Pal. univ., PI. 70). Pour me résumer, quant aux variétés accidentelles, je crois qu elles sont tellement marquées et tellement exagérées pour les rostres des Bélemnites, qu'on ne saurait trop longtemps réfléchir avant d'établir une espèce sous une forme anormale dont on n’a qu'un représentant.
Variétés de sexes. Comme je l’ai fait remarquer, les sexes apportent, chez les loligo, des différences très-grandes dans la
forme du corps et de la coquille interne. Ces observations, apæ pliquées aux rostres des Bélemnites, m ont fait reconnaître que,
dans chaque gisement où se rencontrent beaucoup de Bélemnites, il existait toujours des individus plus allongés et d’au-
tres plus courts, sans le moindre changement dans les autres. caracières ; jefus, en conséquence, logiquement conduit à penser que ces proportions si distinctes ne devaient tenir qu'aux sexes. des individus qui les présentent. J'ai fait, en ce sens, des ob=
servations multipliées sur des milliers d'échantillons, et je suis arrivé à ne conserver aucun doute sur les variations dues aux différences de sexes dans les rostres des Bélemnites.
Ces variétés de sexes dans les rostres sont simples ou compliquées.
Je les appelle simples, lorsqu'elles consistent seulement en
un plus ou moins grand allongement constant du rostre, et
cette différence, je l'ai trouvée chez les B. niger, tripartitus,
umbilicatus, brewis, acutus, Fournelianus, Nodotianus, cla-
vatus, hastatus, Puzosianus, sulcatus, etc. On conçoit qu'admettant ces différences apportées par les sexes, toute mesure de rapport entre la longueur relative de l’alvéole et du rostre devient illusoire, puisqu'elle varie suivant les individus.
Je l'appelle variété de sexe compliquée, lorsqu'avec des
proportions très-différentes suivant les sexes, ce caractère se
Joint aux changements de forme dus à l’âge. Ces variétés sont surtout très-marquées chez les Z. irregularis et giganteus. Chez la première, je regarde comme individus mâles ceux qui sont allongés dans leur jeunesse, et comme femelles ceux qui,
jusqu'à un âge très-avancé, sont fortement obtus. Ils croissent |
ainsi un temps plus ou moins long. Il arrive enfin un instant où le rostre de la femelle recoit, sur les couches calcaires de son extrémité, un prolongement énorme qui, plus tard, le fait
changer de forme; seulement, l'extrémité croissant trop vite
pour recevoir assez de parties calcaires, reste creuse ou tubu-
leuse. Ce changement si singulier m'a été dévoilé par des
coupes (Pal. univ., PI. 44), et m'a donné la certitude absolue
qu'un rostre obtus et tronqué, comme celui de la femelle jeune, pouvait appartenir à la même espèce que celui qui est si allongé et si grêle, puisqu'on trouve, par la coupe, que ce rostre, d'abord court et obtus, reçoit, à un certain âge, un prolongement “terminal qui le rend tout aussi long que celui des males.
$ Dans le Z. giganteus, les changements, sans être aussi “considérables , ne laissent pas d'avoir une grande portée. Les “rostres des jeunes mâles sont longs, élancés : c’est le Z. gla- “dus des auteurs. Le rostre de jeune femelle est conique et court : est le Z. quinquesulcatus. Le rostre du mâle continue toujours à croître aussi élancé; le rostre de la femelle cesse, à un Meertain àge (Pal. univ., PI. 47, 48), d’être conique et court : il reçoit à l'extrémité, comme celui du 2. irregularis, un pro- Mongement qui, plus tard, le fait ressembler en tout à celui des males.
b En résumé, les limites des variétés de sexe, non-seulement amènent toujours une bien plus grande longueur du rostre “chez les mâles que chez les femelles; mais cette longueur peut “ncore se compliquer, à un certain âge, par un changement Complet dans la forme, comme on le voit chez les Z. irregularis et giganteus. Il est donc très-important de faire entrer doutes ces considérations dans l'établissement d’une espèce, en # soin d'user les rostres, pour s'assurer si, dans l'intérieur, il n'y a pas de trace de ce changement.
Variétés d'âge. Les modifications dues à l’âge, dans les rostres des Bélemnites, sont aussi étendues que possible, et offrent les faits les plus curieux. Pour les reconnaître, il suffit de couper longitudinalement et transversalement un grand mombre de rostres ; alors il paraîtra constant que ces modifications ne sont point l'effet du hasard, mais qu'elles ont lieu d'une manière régulière dans presque toutes les espèces.
M La période embryonnaire est très-marquée chez les Bélem- Mites, et se distingue parfaitement sur l'alvéole et sur le rostre. Mlle est représentée, dans l'alvéole, par cette première loge aérienne ronde, ovale ou cupuliforme, toujours différente des
autres, qui commence l’'empilement alvéolaire des chambres acriennes (Pal. umv., PI. 53, fig. 6). Cette première loge se retrouve, sans exception, chez toutes les espèces de Bélemnites; « elle était toujours accompagnée d'un rostre plus ou moins long, mais invariablement rond, sur la tranche : ainsi la Bé- } lemnite a commencé par avoir un rostre et une alvéole, et n’é-« tait point, dans le jeune âge , un corps sans cavité intérieure, « comme l'a pensé M. de Blainville. On peut dire que les rostres« de Bélemnites commencent tous, sans exception, par être ronds, lors même que, plus tard, ils doivent être comprimés ou anguleux, et présentent les formes les plus disparates (B. polygonahs, dilatatus, Emerici, hastatus, biparhi-« tus, etc.). L'âge embryonnaire, chez les Bélemnites, affecte l donc la plus grande uniformité dans les caractères de toutes les espèces, et prouve encore qu'à cet àge, loin d’être une ex= ception,- cette simplicité et cette uniformité dépendent des lois générales de la Zoologie.
A l'âge embryonnaire succède, chez les Bélemnites, la pre- À mière période d’accroissement. Alors le rostre est générale ment plus grêle, plus allongé, plus aigu à son extrémité. IL conserve cette forme plus ou eur \udetinis suivant les es-. F | pèces ; il reste aussi arrondi pendant un temps variable, puis, à revêlant les caractères essentiels de l'espèce, 1l se comprime, | se déprime, se couvre ou non de sillons; et ceux-ci, ainsi que tous les autres caractères extérieurs , se marquent davantage : le rostre est en pleine croissance.
Lorsque l'accroissement n’amène pas de changements excep=s tionnels dans les formes, comme il arrive pour le plus grand nombre des Bélemnites, les rostres, dans beaucoup de cas, perdent un peu de leur longueur, s'épaississent, deviennent plus courts à proportion, et demeurent ainsi jusqu'à ce qu'ils. aient atteint le maximum de leur taille; seulement, les plis de leur extrémité postérieure sont moins visibles dans la vicillesse la plus avancée, et l'extrémité du rostre prend la forme obtuse (4. niger, tripartitus). Lorsque l'accroissement
ons ml
G. BELEMNITES. 479
détermine des changements exceptionnels, semblables à ceux qu’on remarque chez les 2, arregularis, giganteus, minimus
et unicanaliculicus, on voit dans une dernière période de l'exis-
tence, chez les deux sexes ou dans les coquilles de femelles seulement, naître, sur l'extrémité du rostre, ces prolongements
si singuliers qui manquaient durant une période assez longue
de la vie de ces individus, et dont j'ai dû parler en traitant des variétés des sexes.
On peut conclure que, chez les Bélemnites, l'âge apporte les plus grands changements aux formes; et, si l'on ne tenait compte de ces changements, on courrait le risque de commettre les plus graves erreurs, dansla détermination des espèces et de leurs véritables limites naturelles.
En résumé, d’après les grandes modifications que peuvent subir les rostres des Bélemnites, par suite d'accidents, de déformations, des changements qu'apportent les sexes et les âges, on voit qu'on ne peut être sûr de rien sans une étude approfondie des espèces, faite sur un nombre immense d'échantillons. L'expérience m'a convaincu que le genre Bélemnite, l’un des plus intéressants par ses caractères et par son application à la géologie, est aussi, sans contredit, le plus difficile à déterminer positivement, quant à ses espèces, qu'on ne distingue plus qu'au moyen d'une très-petite partie de l’ensemble, et encore la moins importante dans l’économie animale. En général, on explique le chaos qui règne à cet égard dans les auteurs qui s'en sont occupés, parce qu’on s'est borné aux formes purement extérieures des rostres, sans y appliquer les modifications si étranges que j'ai eu le bonheur de découvrir, relativement à l’âge et aux sexes. Ces mêmes modifications viendront justifier, je l'espère, les nombreuses réformes que j'ai
cru devoir faire subir à celles qui ont été décrites ou figurées Jusqu à ce Jour.
Explication des Planches de généralités.
PL. 34. Belemnites Puzosianus, d'Orb., n° 24, fig. 4, copie
de la pl. 3 du mémoire de M. Owen : c cône alvéolaire, d couches musculaires du corps, e nageoires, à bras armés, n sac à encre ; fig. 2, copie de la pl. 6 du mémoire de M. Owen. Les lettres c, d, e, à représentent les mêmes parties qu'à la fig. 4, k supposé, par M. Owen, être les bras tentaculaires, / les yeux, h fibres musculaires de la tête ; fig. 3, un crochet grossi. PI. 35, fig. 4. Cône alvéolaire grossi, pourvu de sa coquille cornée, sur lequel on a suivi les lignes d'accroissement pour donner la forme de la coquille cornée interne x; a région dorsale spatuliforme. Entre a et b est comprise l'expansion latérale ; c godet terminal; d limite du cône alvéolaire, ou Pragmocone de M. Owen; e x limite supérieure du godet corné terminal; ff loges aériennes ; fig. 2, le même cône alvéolaire, vu sur le dos; fig. 3, ensemble de la coquille, vu de profil; a coquille cornée ; € son godet terminal ; g le rostre, par rapport au godet qu il contient; fig. 4, la même coquille, vue en dessous ; fig. 5, coquille et son rostre rompu, sur le point, y, pour expliquer la formation des Actinocamax. (Voyez les généralités qui précèdent.) PI. 36, fig. 4. Animal de la Bélemnite, restauré d’après les connaissances actuelles; a osselet corné; b rostre testacé ; c cône alvéolaire; d muscles du corps; e nageoires; f loges aériennes ; 2 les bras sessiles armés ; Æ les bras tentaculaires ; l yeux ; m le tube locomoteur; n bords inférieurs du corps; fig. 2, animal vu en dessous; fig. 3, corps vu de profil.
Division des rostres de Bélemnites par groupes.
Il paraît, au premier abord, plus que hasardeux d’oser former des groupes parmi des corps qui ne sont que la très-petite partie d'un tout; pourtant, eomme ce mode de procéder peut simplifier les recherches de détermination, je crois devoir l'adopter pour les Bélemnites.
A groupe : les Acuaru.
Rostre plus ou moins conique, souvent sillonné ou ridé à l'extrémité inférieure, sans sillons ventral ni latéraux aux par-
G. BELEMNITES. 481 ties antérieures. Ce groupe comprend les B. 1rregularis, niger, tripartitus, umbilicatus, longissimus, brevis, acutus, curtus, Fournelianus, Nodotianus, du has; 8. giganteus, de l'oolite inférieure; Z. excentralis, Puzosianus, magnificus, Panderianus, Russiensis, Kirghisensis, Borealis, des couches oxfordiennes; B. Souicher, de l'étage kimméridgien. Z. Subquadratus, de l'étage néocomien.
2° groupe : les Canaliculati.
Rostre allongé, lancéolé ou conique, pourvu imférieurement d'un sillon ventral, occupant presque toute la longueur. Point de sillons latéraux. Ce groupe comprend les Z. canaliculatus, sulcatus, unicanaliculatus, Bessinus et Fleuriausus ; toutes appartenant à l’oolite inférieure et à la grande oolite.
3° groupe : les Hastat.
Rostre allongé, le plus souvent lancéolé, pourvu de sillons latéraux, sur une partie de leur longueur, et antérieurement d'un sillon ventral très-prononcé. 2. tricanaliculatus, du lias; 2. hastatus, Duvalianus, Coquandus, Sauvanosus, Di-
dayanus, enigmaticus, latisulcatus, Grantianus , Altdorfensis, Volgensis, des couches oxfordiennes; 8. Royerianus,
de l’étage çorallien; 2. bipartitus, pistilliformis, bicanali-
culalus, semicanaliculatus, minaret, de l'étage néocomien; PB. minimus, du gault; B. ultimus, de l'étage turonien.
4° groupe : les Clavatr.
Rostre allongé, souvent en massue, pourvu de sillons latéraux. Point de sillon ventral en avant. 2. clavatus, exilis et T'essonianus, du lias.
5° groupe : les Drlatatr.
Rostre comprimé, souvent très-élargi, pourvu de sillons latéraux, et, en avant, d'un profond sillon dorsal. Z. dilatatus, Emerici, polygonahs, latus, binervius, Orbignianus, conti cus, Grasianus, de l'étage néocomien.