‹ Mollusques vivants et fossilesChapitre 9 sur 46 · TES · texte numérisé non relu

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par le poids des couches supérieures, tend à rendre la couche plus compacte, en rapprochant toutes les parties. Alors, le vide resté à la place de la coquille disparait, et les empreintes intérieures et extérieures, réunies et mises en contact, atténuent quelquefois complétement les caractères internes, ou du moins donnent un ensemble qui n’est ni une empreinte interne, ni une empreinte externe, mais bien une réunion de l’une et de l’autre. Dans ces circonstances très-fréquentes, les caractères sont altérés et fort difficiles à retrouver !. Ce n’est ordinairement qu'après avoir manié et vu des milliers de Coquilles fossiles de cette nature qu'on parvient à reconnaître, sur des caractères des plus fugitifs, ce qui a dù exister dans l’état primitif.

Une seconde cause d'erreur tient à la disparition de certaines couches du test des Coquilles et à la conservation de certaines autres sur les mêmes sujets. Cette modification, très-commune dans les terrains anciens?, l’est encore dans les plus modernes : on voit, par exemple, la couche extérieure de la coquille disparaître, et avec elle les caractères spécifiques, pour en laisser une seconde, qui est, par exemple, lisse, quand la première était striée*, ou striée quand la première était lisse 5. Il en résulte que, dans beaucoup de cas, on ne peut rien fairede positif sans réunir un grand nombre d'échantillons. Il est même des états de fossilisation où des pointes et des tubercules sont

1 Presque tous les fossiles de l'étage oxfordien supérieur des environs de La Rochelle sont dans ce cas.

2 Cela se voit chez les Productus.

$ Dans les fossiles crétacés du Mans ( Sarthe ), cette altération est fréquente.

à Cela se voit chez des Cardium.

5. Des Pectunculus surtout et des Arca montrent ce caractère.

remplacés par des dépressions ‘; de longues pointes par des gouttelettes?, etc. L'une des modifications les plus remarquables est celle où les couches lamelleuses externes d’une coquille sont toujours conservées dans la roche, tandis que les couches internes fibreuses disparaissent presque toujours. On peut alors prendre pour des corps tout à fait différentst des premiers l'empreinte des parties internes détruites.

Une troisième cause d'erreur, contre laquelle il faut se prémunir, est l'état de conservation des coquilles avant qu'elles deviennent fossiles. Tout le monde a pu voir que, sur les côtes, les Coquilles séparées de leur animal sont exposées à une foule de causes de destruction. Le moins qui puisse leur arriver, c’est d'être usées, roulées par le mouvement des eaux. En supposant que les choses se soient passées antérieurement à notre époque comme elles se passent maintenant, on doit croire qu'exposées sur les rivages à l’action incessante de la vague, les Coquilles devaient être usées. On trouve, en effet, beaucoup de couches où les Coquilles sont roulées*, et comme cela peut rendre lisses :des Coquilles striées, atténuer ou changer tous les caractères, il conviendra de tenir compte de ce genre de modification.

De la déformation dans les espèces de Coquilles fossiles.

Bien que ces déformations soient de différentes valeurs et tout à fait distinctes suivant les classes auxquelles elles appartiennent, je crois devoir en dire un mot, en ce qu'elles ont de général.

1 Je l’ai vu surtout pour le Cardium productum pris à Uehaux (Vaucluse). |

? Cette modification est commune dans la même espèce.

3 Cela a lieu pour les Hippurites, les Radiolites.

4 Témoin le genre Jodamia de M. Defrance.

5 Cela se voit dans les grès inférieurs de l'étage turonien du Mans (Sarthe), dans le Coral-rag de Saint-Mihiel (Meuse), de Tonnerre(Yanne), etc.

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Les Coquilles ne se déposent pas, ainsi que certaines personnes ont pu le croire, dans les couches terrestres d'après leur pesanteur spécifique; mais elles s’y trouvent absolument dans les

mêmes conditions suivant lesquelles elles se déposent encore

aujourd'hui dans la mer ou sur les rivages, ou comme on les

rencontre dans les dépôts modernes récemment abandonnés par

la mer‘. Les Coquilles bivalves sont, par exemple , dans leur position normale, c’est-à-dire placées verticalement, le côté des tubes en haut, la bouche en bas, dans les couches argileuses ou calcaires d’une infinité de lieux appartenant à tous les étages?. Elles ont été charriées par les courants et déposées sous les eaux par bancs horizontaux*, ou bien amoncelées sur les rivages par la vague !. Dans le premier cas, les bivalves sont en place, ainsi que je l’ai dit; les gastéropodes ont la bouche en bas. Dans le second cas, les Coquilles se déposent au hasard, suivant leurs formes : les plus aplaties seront horizontalement sur le côté, comme les ammonites et les bivalves , et enfin chacune se trouvera dans la position la plus favorable à l'équilibre de l’ensemble ; mais alors les gastéropodes seront la bouche tantôt en haut, tantôt en bas. Dans le troisième cas, les Coquilles conservent bien encore un peu la position relative à leur forme et à l'équilibre de l'ensemble; toutelois, n'étant plus déposées par une action lente, mais bien par suite d’une impulsion brusque , elles se trouvent dans toutes les positions, sans suivre de règle certaine. On conçoit facilement qu'on puisse, à

1 Ceux de la baie de lPAiguillon , aux confins des départements de ja Vendée et de la Charente-Inférieure,

? Je les ai vues ainsi dans le Lias inférieur de Semur (Côte-d'Or), dans l’oolite inférieure de Conlie (Sarthe), dans l'étage kimmeridgien du Hâvre, dans ceux de Chatelaillon (Charente-Inférieure) et dans l'étage portlandien de Saint-Jean-d'Angély, même département, etc., etc., dans l'étage turonien de la montagne des Cornes (Aude).

$ A Bayeux, aux Moutiers, dans l’oolite inférieure ; à Luc, dans la grande oolite (Calvados), etc., etc.

k Dans Îles localités de Coral-rag, que j'ai déjà citées, à Saint-Mihiel Meuse), à Tonnerre (Yonne), etc.

l'aide de ces données, reconnaître quel a été le mode de dépôt des fossiles contenues dans telle ou telle couche.

Les Coquilles ainsi déposées, et plus ou moins recouvertes par des dépôts postérieurs, sont restées avec leur coquille changée en différentes substances. Elles ont passé à l’état d'empreintes, ou bien sont arrivées à l'état de contre-empreintes. Si, postérieurement à leur dépôt, les couches à l’état pâteux se sont affaissées dans leur position horizontale par suite de la pression de l’ensemble’; si elles ont été disloquées antérieurement à cette pression, et qu alors il y ait eu un affaissement ou un glissement oblique des molécules par rapport à leur premier dépôt horizontal, on concevra que tous les corps qui se seront trouvés dans ces couches auront subi la même pression, horizontale ou oblique, et se seront dès lors diverse. ment déformés, en raison de leur position relative.

La pression horizontale produit, par exemple, l'aplatissement des Coquilles dans le sens de leur compression. Ainsi, les Nautiles, les Ammonites, de convexes qu'ils étaient, saplatiront plus ou moins et deviendront souvent aussi minces qu'une feuille de papier”. Des bivalves placées sur le côté perdront la moitié de leur épaisseur ou seront tout à fait aplaties et sans convexité. On peut encore reconnaître cette compression :. simple dans les Coquilles naturellement comprimées ; mais quand elle a lieu sur des Coquilles coniques, on conçoit aussi qu'elle en doive changer tout à fait les caractères spéciliques *, |

Si la déformation dans le sens de la compression des Coquilles peut en changer la forme, cette déformation sera bien plus grande, lorsqu'elle aura été exercée dans le sens de leur longueur. Ceci a lieu principalement lorsque les gastéropodes et les acéphales ont conservé leur position naturelle. En effet,

1 Cela a lieu dans tous les terrains.

? On le voit pour beaucoup d’Ammonites du Lias feuilleté.

3 Les Possidonies du Lias présentent cette dépression.

“ Cette déformation a lieu sur des Trochus, des Pleurotomaria.

des Coquilles coniques deviendront entièrement plates! ou leur spire changera tout à fait d'angle spiral, et d’élevée qu’elle était, deviendra surbaissée ou même horizontale’. Aussi ne de- vra-t-on tenir compte de l'angle spiral des Coquilles de gastéropodes à l’état de contre-empreintes déposées dans les couches calcaires et argileuses, que lorsqu'on pourra leur comparer un grand nombre d'individus non déformés.

Pour les acéphales, la déformation est une des grandes causes d'erreur. Telle coquille naturellement oblongue, raccourcie sur elle-même par suite de la pression verticale, peut devenir plus large que haute et changer tellement d'aspect qu’on la transporterait volontiers d’un genre dans un autre. Lorsqu'au contraire, cette pression s’est exercée dans le sens transversal d’une coquille, c’est-à-dire, des crochets au bord palléal, telle espèce d’abord ronde peut devenir oblongue ou même allongée‘, en se modifiant du tout au tout.

La déformation produite par une pression oblique eu égard à la compression , à la longueur ou à la largeur des Coquilles, est plus facile à reconnaître dans certains cas; mais elle est, au contraire, la plus difficile de toutes à constater dans certains autres. La pression oblique a déterminé, chez les céphalopodes et chezles Bellerophon, ces spirales elliptiques qu’on avait érigées en genres distincts’. Quelques auteurs y ont aussi vu

1 Les Patella, les Orbicula.

2 J'ai reconnu cette déformation pour beaucoup de Trockus et de Pleurotomaria.

3 Je possède la même espèce dans toutes ces déformations, qui seront figurées en tête de chaque classe. C’est le Cardium hillanum et une Panopæa de la Malle (Var).

# On trouve ces déformations principalement dans les couches qui avoisinent les montagnes, comme à Grasse (Var), à Castellane (Basses-Alpes), dans les Corbières (Aude ) et dans une foule d’autres lieux où les couches ont été disloquées.

ÿ Le genre Ellipsolites de Montfort, adopté primitivement, puis rejeté par Sowerby.

quelquefois un caractère spécifique distinctif!. Cette même déformation rend également l’enroulement spiral elliptique chez les gastéropodes, en jetant le sommet latéralement, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre?. Si, pour des yeux exercés, ces déformations se reconnaissent facilement, il n'en est pas de même des déformations obliques des Coquilles bivalves. Ici, non-seulement la pression peut rendre une valve plus élevée que l’autre, chez des Coquilles symétriques, et les faire ressembler plus ou moins à des corbules* ou à des Thracia, mais encore, lorsqu'elle à lieu dans le sens d’une verticale qui passe entre les deux valves, et qu’elle l’incline plus ou moins du côté du labre, cette déformation oblique peut modifier l'angle apicial d’une bivalve, et en changer tellement la forme, sans qu’elle cesse pour cela d’être symétrique‘, qu'il deviendra trèsdifficile de distinguer les véritables espèces, des déformations de ce genre, très-communes pourtant dans les Coquilles qui ont conservé leur position normale au sein des couches argileuses*. Non-seulement alors 1l ne faudra pas toujours tenir compte de la forme, mais encore, pour discerner les espèces vraies de ces déformations accidentelles , il faudra commencer par chercher d’autres caractères extérieurs, et comparer, sous ce point de vue , tous les échantillons qu’on aura recueillis dans une même couche et dans le même endroit; car, en ce cas, le changement de lieux, le changement de couche devra entrer pour quelque chose dans la détermination des limites de l'espèce fossile.

En me résumant sur les difficultés que présente la détermination positive des espèces fossiles, je dirai que ces difficultés sont d'autant plus grandes qu'on s'occupe de faunes

1 Le Bellerophon obliquus de MM. Potiez et Michaud n’est qu’une déformation de ce genre, du B. Munsterii.

2 Cela a lieu chez des Pleurotomarta que je possède.

3 Cette déformation est très-fréquente.

4 Les Pholadomya se trouvent souvent dans ce cas, ce qui en à fait multiplier les espèces outre mesure.

5 On les trouve sur un grand nombre de points en France,

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… plus anciennes. En effet, plus une couche est inférieure, “ plus les Coquilles qu'elle renferme ont dù éprouver de dis-

locations, de pressions et de modifications de fossilisation.

Si, par exemple, la détermination des espèces est d’une diffi-

culté extrème dans les terrains de transition , lorsqu'on veut la faire avec conscience; si elle l'est encore jusque dans les terrains crétacés, dès qu'on aborde les terrains tertiaires, comme ceux du bassin parisien, elle cesse tout à fait, et la détermination des Coquilles de cette époque rentre dans la ea-

tégorie de celle des Coquilles vivantes. On n'a besoin, le plus

souvent, de tenir compte que des variations naturelles que j'ai traitées à l'occasion de ces Coquilles‘.

De la nomenclature relative aux coupes primordiales , aux

coupes génériques et à l'espèce chez les Mollusques. “E :

Quant à la nomenclature des classes, il est bon, afin de n'être pas obligé d'en recommencer tous les jours l'étude, de la conserver lorsqu elle est basée sur des caractères anatomiques, et

- qu'elle est admise dans la science.

Pour les noms de familles, il me paraît indispensable de leur donner une terminaison qui les distingue des autres. La fämille étant destinée, par exemple, à réunir un certain nombre de genres qui ont entre eux une affinité zoologique, je me suis depuis longtemps attaché non-seulement à lui donner un nom

dont la terminaison soit uniforme , mais encore à tirer ce nom

de celui du genre le plus nombreux ou le plus tranché qu'elle renferme. C'est ainsi que la famille qui comprend le genre Sepiaest appelée Serie, que la famille qui recoit les Trochus, est nommée Trocaibz, et que la famille qui réunit la Tellina porte le nom de Teuixinx*. La terminaison uniforme en idæ

1 Voyez pages 59 et suivantes.

? J'ai, depuis 1835. établi cette marche dans toùs mes ouvrages sur la Zoologie.

a le double avantage de faire immédiatement reconnaître la valeur de cette coupe et de présenter une euphonie agréable.

On ne doit se permettre aucun arbitraire dans le choix des noms de genres. L’équité scientifique, les règles de justice, la nécessité de prévenir toute espèce d'indécision à leur égard, prescrivent impérieusement de remonter toujours au premier nom imposé par les auteurs. Qu'il soit démembré ou non plus tard, le nom primitif doit être sacré; 1l doit être religieusement conservé, et réservé à une portion de la coupe primitivement établie, quelle que soit la valeur des coupes qu'on en sépare pour en former d’autres genres. En suivant ce principe absolu, en n’en déviant sous aucun prétexte et pour aucune considération personnelle, on ramènera la science à des lois fixes et invariables. On n’aura plus alors à prendre aveuglement tel auteur, ainsi qu'on l’a fait pour Lamarck, en rejetant tous les autres noms appliqués par ses contemporains, sous le seul prétexte que leurs ouvrages n'ont pas été aussi généraux, ou qu'ils n'ont pas été admis dans la science, par suite de préventions plus ou moins légitimes'. Pour moi, le genre établi sur une simple feuille volante imprimée et publiée, dès qu'il aura l'antériorité de date, passera toujours avant le genre décrit dans l'ouvrage même le plus important, soit par l'autorité de son auteur, soit par son format, soit enfin par le nombre de ses volumes.

Pour établir le motif qui m'a fait préférer tel nom à tel autre, je donnerai toujours, à la suite du nom de genre, sa synonymie chronologique avec des dates, méthode que personne encore n’a suivie dans la nomenclature.

Le nom de l'espèce doit être aussi sacré que celui du genre. Il doit être de même toujours le plus ancien, et à cet égard il est bon de remonter jusqu’à 1757, c’est-à-dire à l'ouvrage d’Adanson?, le premier qui, avant Linné, ait institué le nom spécifique, en le plaçant comme adjectif dans le genre. Le nom

1 On l’a surtout fait pour Montfort.

2? Coquilles du Sénégal.

spécifique, quels que soient les genres où l'espèce a été placée, doit toujours être maintenu; aussi, faut-il conserver les noms . des espèces d’Adanson, de Linné, bien que ces espèces aient été . transportées dans des coupes génériques différentes ; à moins

| cependant que ces noms ne se trouvent en contradiction manifeste avec la localité qu'ils rappellent".

En partant du même principe de justice et d'équité que pour les genres, les espèces doivent invariablement porter le plus ancien nom que leur a imposé une description imprimée. Alors il n’y aura plus d’arbitraire possible, et les incertitudes cesseront pour la conservation de tels ou tels noms qui lui auront été donnés par les auteurs. La science prendra un caractère de stabilité dont elle manque lorsqu'on adopte un nom au hasard, ou guidé par des considérations purement personnelles et nationales. Pour consacrer le principe dans toute sa rigueur, on conçoit qu'en reprenant tous les documents que la science possède jusqu'à présent, je me verrai contraint d'apporter des changements nécessaires même aux noms presque vulgarisés par l'usage; mais pour justifier ces changements, je con- tinuerai, comme j'en ai le premier donné l'exemple dans mes descriptions?, à remplacer cette incomplète synonymie des conchylologistes*, où les noms étaient placés au hasard et sans ordre, par une synonymie chronologique qui, par elle-même, deviendra l’histoire complète de chaque espèce.

1 Dans le cas, par exemple, où l’on nommerait Africana une espèce inconnue à l'Afrique et propre à l'Amérique.

2 J’ai introduit cette méthode dans tous mes ouvrages depuis 1835 , elle a été suivie depuis par beaucoup d'auteurs.

3 Dans les deux éditions de Lamarck, par exemple, dans tous les ouvrages antérieurs à 1835, et dans bien d’autres postérieurs à cette époque.

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