‹ Mollusques vivants et fossilesChapitre 8 sur 46 · NN OO CG M © D · texte numérisé non relu

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Coquilles marines, qui ne passent jamais impunément dans les eaux douces. On a dit, à cet égard, qu’il y avait de véritables moules dans le Danube‘; mais aujourd'hui qu'on connaît mieux ces moules, on sait qu’elles sont loin d'être identiques aux Mytilus edulis, et qu'elles constituent un genre à part (Dreissena) , qui en est bien différent. Mes recherches m'ont prouvé que chaque espèce est propre à son élément, dont ellene peut sortir, ce qui n'empêche pas des espèces de néritines d'être marines? lorsquetouteslesautres sontfluviatiles, etdes Cerithum d’être fluviatiles®, lorsque les autres espèces du même genre sont généralement marines. Indépendamment de ces Coquilles spéciales, il en est de plus indifférentes qui se trouvent toujours au point où se mêlent les eaux douces et les eaux salées. Alors ces Coquilles, propres aux eaux saumâtres, peuvent, jusqu à certaine limite, s’avancer dans les eaux plus ou moins douces ou plus ou moins saléest; mais elles nesauraient vivrelongtemps nidans | les unes, ni dans les autres. Dans cette circonstance, 1l ne faut pas confondre les Coquilles qui y vivent réellement avec les Coquilles d’eau douce charriées par les courants et amoncelées à l'embouchure des fleuves, ou les Coquilles marines que lestempêtes portent quelquefois en dedans de l'embouchuredes rivières.

Nourriture des animaux Mollusques.

Les Mollusques se nourrissent de matières animales ou végétales. Les premiers appartiennent à toutes les classes, et choisissent leur proie ou leur pâture suivant leur force, leurs moyens de préhension et de mastication. Les céphalopodes sont essenüellement carnassiers et vivent de proie vivante qu'ils saisissent avec leurs bras, soit qu'ils la guettent dans un trou’, soit

Blainville, Dictionnaire des sc. nat., t. xxxit; P: 142.

La Meritina meleagris, et la Neritina viridis sont marines. Le Cerithum Montagnei des Guayaquil.

Paludestrina, Azara.

Cela a lieu chez les Octopus.

x & OL

qu'ils la poursuivent en nageant'. Ils mangent surtout des poissons et des crustacés sur les côtes ?, et des Mollusques pté- ropodes qui habitent avec eux dans les hautes mers*, Beaucoup

de gastéropodes sont aussi carnassiers. Ils vivent de petits animaux qu'ils saisissent*, de la chair des acéphales qu'ils recherchent dans le sable, dont ils percent la’ coquille et sucent l’animal*, ou bien ils profitent de tous les animaux morts que le hasard rapproche d'eux; ils ont même, à ce qu'il paraît, un odorat très-délicat , car des substances animales attachées dans un filet et déposées au fond de la mer, attirent en une nuit des milliers de Nassa' qui cherchent à les dévorer. J'ai aussi vu souvent sur les plages un nombre immense de Litiorina autour d'un animal mort. Néanmoins, d’après mes observations, les Mollusques, contrairement à ce qu’on avait pensé, sont loin de se repaître surtout de matières en putréfaction ; ils mangent au contraire des animaux vivants, proportionnés à leur taille. Les ptéropodes®, les nucléobranches” vivent d'animalcules microscopiques, qui habitent les hautes mers. Il est probable qu'il en est de même des acéphales, qui, pour les saisir au passage soit dans la boue, soit dans le sable, tiennent leur tube ouvert en entonnoir à la surface du sol. Non-seulement les petits animaux peuvent tomber dans ce piége comme dans celui du fourmilion ‘, mais encore une aspiration de l'animal les engloutit immédiatement par le courant qu'elle détermine ; après, retenus sans doute par les cirrhes, par les parois ou par la valvule in-

1 C’est la manière de chasser des Ommastrephes, des Loligo, des Onychoteuthis, etc. | Les Sepia, les Loligo.

Les Ommastrephes, les Onychoteuthis.

Les Testacellus se nourrissent de lombrics terrestres.

Les Murex, les Buccinum, etc.

Jai trouvé aussi des Murexæ, des Littorina.

Cela a lieu au Chili pour la Nassa Gayi.

Les Hyalæa, les Cleodora.

Les Carinaria, les Firola.

10 Myrmeleon.

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térieure du siphon, ils tombent jusqu’à la bouche, qui les reçoit et les avale. C’est ce que j'ai cru observer plusieurs fois.

Les Mollusques phytophages sont très-nombreux. Les espèces terrestres parcourent la campagne lorsqu'il pleut, recherchent telles ou telles feuilles qu'ils préfèrent et les coupent pour en manger de petits morceaux! ; d'autres paraissent, au contraire, rechercher les jeunes feuilles de plantes cryptogames?. Les espèces marines vivent aux dépens soit des algues à leur état parfait, soit de leur semence, ou de ces plantes naissantes vertes, voisines des conferves, qui, au niveau des basses eaux, recouvrent les rochers d’une couche mince. Alors, pendant la haute mer , ils parcourent les environs et broutent, pour ainsi dire, ces plantes. J'ai souvent, après la marée, reconnu, par les parties mangées, la marche de certains individus remarqués la veille,

Ce qui précède démontre qu'à l'exception des ruses combinées employées par les poulpes et les autres céphalopodes pour atteindre leur proie, et des ruses plus simples des acéphales, la plupart des Mollusques la recherchent seulement autour d'eux, sans posséder aucun moyen bien particulier de s'en rendre maîtres.

Animaux à qui les Mollusques servent de nourriture, et moyen qu'ils emploient pour leur échapper.

Les Mollusques servent de proie à une infinité d'animaux différents. Les cétacés à dents en sont très-friands et en font presque leur nourriture exclusive. Les oiseaux de rivages et les oiseaux aquatiques soit sur le littoral des mers‘, soit dans les

1 Les Helix, les Limax.

2? Les Cyclostoma, les Hebieina:

3 Ainsi vivent le Littorina neritoidea, plusieurs Trochus.

4 J'ai vu cela surtout pour la Patella vulgaire de nos côtes , et pour le Littorina rudis sur les côtes de Normandie et de Bretagne.

5 Les Dauphins, les Cachalots ne vivent, pour ainsi dire, que de céphalopodes.

6 Les Tournepierre et beaucoup d’autres genres mangent les petites Co-

eaux douces", soit enfin dans les océans?, en détruisent une immense quantité. Les poissons, au sein des mers, poursuivent

avec un égal acharnement les Mollusques céphalopodes et pté- ropodes*; ils ne craignent pas non plus de rechercher les gas-

téropodes et les acéphales sur les bancs de sable, au fond de la mer“ ou dans les fleuves®. Comme je l'ai dit, les céphalopodes se nourrissent de ptéropodes qu’ils chassent au sein des eaux, tandis que, sur les côtes, une infinité de gastéropodes carnassiers dévorent les acéphales®. Sur les continents, des insectes ? ou leurs larves, et les crustacés sur le littoral, font souvent aussi leur proie des Coquilles terrestres et marines. Les animaux qui détruisent le plus de Mollusques sont, sans contredit, les astéries; non-seulement elles engloutissent dans leur estomac les espèces de gastéropodes et d’acéphales de taille mi-

. nime*, mais encore elles savent, au moyen de leurs tentacules,

arriver à saisir et à tuer de grosses espèces.

Tous les Mollusques, sans exception, ont des moyens de se soustraire au danger qui les menace; ces moyens sont divers et proportionnés à la perfection de leur natation et à leur liberté de mouvement. Les céphalopodes sont, comme les plus parfaits, ceux qui montrent le plus d'intelligence; et, dès l'anti-

quilles. Les Macreuses vivent de Mytilus et de Nucula. J'en ai recueilli considérablement dans l’estomac d’un de ces oiseaux, etc.

4 Dans les pays chauds, les Tantales, les Ibis, etc., etc., ne vivent, pour ainsi dire, que d'Heliæ, de Bulimus et d'Ampullaria.

? Les Albatros, les grands Pétrels se nourrissent presque exclusivement de eéphalopodes. C’est ainsi qu'ils vivent au milieu des mers.

3 J'en ai trouvé en grand nombre dans l’estomac des Dorades et des Bonites.

# Les Morues se nourrissent en partie de bivalves Pecten, Glicimeris, Solen, Mactra, de Natica, etc., sur le banc de Terre-Neuve,

5 Dans le Parana, j'ai toujours trouvé rempli de coquilles l’estomac du Silure nommé Armado.

6 Les Murex et les Buccinum.

7 La femelle du Drilus flavescens paraît, d’après M. Desmarëts, détruire beaucoup d'individus de l'Helix nemoralis.

8 Les Acteon fasciata, les petites Venus.

quité, les poëtes ont chanté! cette faculté merveilleuse donnée aux Sepia de se soustraire aux poissons qui les poursuivent, en les entourant d'un nuage produit par leur liqueur noire lancée dans les eaux, et de changer ensuite de direction. D'autres céphalopodes , poursuivis au sein des eaux, réunissent toutes leurs forces, refoulent violemment le liquide et s’élancent ainsi pour quelques instants dans les airs avec la rapidité d’une flèche ?, sans pouvoir néanmoins toujours se dérober, par ce manége, à la voracité des Bonites et des Dorades.

Les gastéropodes n’ont aucun moyen bien actifde défense, mais à la seule apparence de mouvement autour d’eux, ausimple balancement des eaux, ils contractent immédiatement toutes leurs parties, les renferment dans leur coquille, et lorsqu'ils sont pourvus d’un opercule , le referment aussitôt. Alors, protégés de toutes parts par leur coquille, ils ne peuvent être entamés que lorsqu'on la brise. Les gastéropodes sans opercule se contentent de se contracter et cherchent à se garantir aussi de leur mieux. Il en est de même des Mollusques nus. Les ptéropodes se contractent aussi et se laissent tomber dans les eaux. Pour les acéphales, au moindre mouvement elles rentrent leurs siphons, leur pied, et ferment de suite leurs deux valves au moyen de leurs muscles abducteurs si puissants, lesquels neutralisent volontairement l'effort mécanique et constant du ligament qui tend à les faire s'ouvrir‘. Pour les Coquilles perforantes, chez les Pholades, par exemple, la contraction est si subite que l'animal, en se retirant au plus profond de son trou, chasse l’eau violemment, comme un jet”, par ses siphons.

4 Voir Athénée, Ælien, Oppien, Aristote, Pline.

2 Je l'ai vu pour l'Ommastrephes oceanicus et les Sepioteuthis.

3 M. Cécile m'a dit qu’au Cap il avait vu des Goëlands enlever dans les airs des Turbo ainsi fermés, afin de les laisser tomber pour les briser et s’en repaitre,

& Je parlerai en détail de ces muscles et du ligament, aux acéphales, chez lesquels ces moyens sont spéciaux.

5 Je l’ai vu pour les Pholas, sur nos rochers de la côte de La Rochelle.

Les Mollusques considérés dans leurs rapports utiles ou 8: nuisibles à l'homme.

Les Mollusques peuvent être, sous ce rapport, considérés dans leur utilité directe, comme servant de nourriture, ou indirecte dans les usages divers auxquels l’industrie et les arts les appliquent , soit dans leur entier, soit dans quelques-unes de leurs parties.

L’utilité directe des Mollusques ne peut être contestée, puisque, sur une infinité de points du littoral des continents, des peuples sauvages! ou civilisés? se nourrissent presque exclusivement de leur chair, et qu’il se fait, dans certains, lieux un immense commerce de leur animal desséché* ou de leurs coquilles vivantes. Jadis, certains Mollusques étaient des mets très-recherchés par les gastronomes*; aujourd’hui encore, au milieu de nos raffinements de civilisation, 1l en est un qui a pour objet de réduire quelques espèces pour ainsi dire à l’état domestique, afin de leur donner un meilleur goût ou de les rendre plus délicates‘. Presque tous les Mollusques peuvent être utilement employés à l'alimentation de l’homme. Les céphalopodes, recherchés sur une infinité de points du globe, le sont encore sur nos côtes de France’: on les y mange frits, rôtis ou bouillis; on les conserve même secs, comme provision d'hiver. Les gastéropodes terrestres ne sont pas dédaignés

| 4 Ceux du détroit de Magellan, des côtes du Chili.

? Les habitants des bourgs entiers d'Esnandes, de Marsilly et de Charon, près de La Rochelle, ne se nourrissent que de coquillages,

3 Dans les îles de la Grèce, en Chine, au Japon. | Les moules des environs de La Rochelle sont un article important du commerce de Bordeaux. Les huîtres sont partout d’un grand commerce.

5 En Grèce, Voyez Aristote, Athénée, Ælien, Oppien.

6 Les parcs à huîtres et les Bouchots ou parcs à moules des environs de La Rochelle,

7 Les Chinois, les Chiliens, les Brésiliens en sont très-friands, En France même on les mange sur les côtes de la Provence et de l’Aunis.

même en Europe‘. Les gastéropodes marins sont appréciés sur ! les côtes de la Méditerranée, et quelques espèces le sont éga-.

lement sur notre littoral de l’Océan?. D’autres côtes fournissent un nombre plus grand d'espèces comestibles , et l’on

peut dire qu'à l'exception de quelques-unes qui ont une saveur |

désagréable®, toutes servent de nourriture aux peuples sauvages.

La délicatesse du goût des bivalves en fait un mets plus re- ,

cherché. On à vu que les huîtres se servent sur toutes les ta-

bles, ainsi que les moules. Les Clovis font les délices des Pro-"

vençaux et des habitants de La Rochelle? Les Pholades sont

encore sur ce dernier point un mets très délicat, ainsi que le

Cardium® et les Solen. Enfin, on peut dire que presque toutes, les espèces de bivalves et même les ascidies', sont regardées!

comme bonnes à manger et recherchées par les peuples lit-"

toraux.

Les Mollusques servent encore à l'homme comme ornements, .

comme vêtements et même comme ustensiles. Les perles, si en=

viées, et rivales des pierres les plus précieuses, sont le produit

d’une coquilleS. Par la beauté de leur nacre, soit blanche?,. soit irisée, plusieurs coquilles ont paré d’abord les peuples, sauvages'!, et sont venues ensuite, en se transformant de

1 Les limaçons Helix aspersa se vendent à La Rochelle, à Bordeaux.

2 La Littorina littorea se vend sous le nom de Guignette à La Rochelle, |

de Bigorneau et de Burgo sur les côtes de Bretagne.

3 Les Murex de nos côtes ont un goût fort désagréable, comme poivré ; aussi les nomme-t-on, à La Rochelle, Burgo poivré,

& C’est la Venus cancellata.

5 On les y mange sous le nom de Dails.

6 Ils se mangent à La Rochelle sous le nom de Soundon. C’est le Cardium edule.

7 On en mange sur les côtes du Chili sous le nom de Piyura.

8 Elles sont produites par une espèce d’Aricula.

9 C’est la même espèce qui donne les perles.

40 C’est une espèce d’Haliotis, qui vient de Californie,

11 Témoin les tabliers de nacre des grands-prêtres à Taïti.

toutes les manières, embellir nos meubles et décorer une foule d'objets dont notre luxe s’entoure. Le byssus de quelques bivalves donne ensuite un tissu rare et précieux !. Des coquilles forment les ustensiles de cuisine, les tasses des indigènes de la Patagonie?, de la côte de Bolivia®, les cuillers de tous les peuples continentaux d’'Amérique!, les armes, les instruments tranchants des insulaires de Taïti et de l'Océanie, ayant l'arrivée des Européens. Elles servent encore de vitres aux fenêtres des habitants des Philippines®.

Indépendamment de l'emploi de la nacre dans les ouvrages d'art, les coquilles se convertissent de plus, par la gravure, en ces admirables camées dont les femmes se parent en Europe. La Sepia, cette couleur si utile, est encore produite par un Mollusque . Les anciens retiraient de ces animaux la pourpre, si recherchée, que son extrême cherté réservait aux grands. Un osselet interne de céphalopode s'utilise également, par suite de son état spongieux, entre les mains des fondeurs et des coloristes 7,

L'utilité des Mollusques, soit comme substance alimentaire, soit par leur emploi dans les arts, a fait inventer grand nombre de ruses pour se les procurer, Je n’entrerai pas dans beaucoup de détails à cet égard , cet objet s’éloignant trop du but que je me propose; mais je dirai que les Mollusques se pêchent, dans maintes circonstances, avec les mêmes filets que les poissons, et qu on les prend d’autres fois avec des filets spéciaux,

4 C’est le Byssus des espèces du genre Pinna.

? Les coquilles de la Voluta magellanica forment les tasses des Patagons.

$ Dans les huttes des Indiens Changos de Cobija, on ne trouve pas d’autres ustensiles que des Coquilles.

4 Les valves des Anodonta et des Jridina forment les cuillers de tous les indigènes.

5 Les valves de Placuna.

5 C’est la poche à encre de la Sepia officinalis.

7 Encore l’osselet de la même espèce.

ou au moyen de la drague !, lorsqu'ils habitent de grandes profondeurs. Quand ils sont, au contraire, au niveau des basses | mers, on les recueille sur les rochers, dans les rochers, en les brisant, pour les espèces perforantes?, dans le sable ou dans la boue, en observant le trou que laissent à la surface leurs siphons, et en creusant, pour les enlever, soit avec la main, soit avec un instrument de fer.

Après avoir établi en quoi les Mollusques peuvent être utiles à l’homme, il est bon de dire un mot du préjudice qu'ils peuvent lui causer par leur manière de vivre ou par leurs rapports plus ou moins directs avec ce qui le touche. Sur les continents, les seuls dommages que l’homme ait à craindre des Mollusques, sont restreints aux villes et aux villages de notre Europe; c’est la seulement que les Coquilles terrestres # et les l1maces détruisent souvent, en une nuit, les jeunes plants ou les jeunes fruits sur lesquels il fondait l'espoir d’une bonne récolte et de son commerce. Près des centres de civilisation, ou dans les terrains soustraits à l’envahissement des eaux, le littoral des océans est exposé à des dégâts plus redoutés. Je ne parlerai point du trop mince intérêt des crustacés détruits par les | céphalopodes sur les lieux rocailleux®, mais bien du tort continuel que fait subir à nos constructions maritimes, à nos digues, à nos chaussées, l’action lente d'êtres en apparence si inoffensifs $, Combien, en effet, n’a-t-on pas vu de chaussées, de travaux de ports, minés peu à peu par les Lithodomes et les Pholades, lorsqu'ils étaient construits en pierres calcaires! Combien de fois les digues de bois de la Hollande et de la Belgique ont-elles été détruites par les Tarets!

4 C’est ainsi qu’on pêche les huîtres sur les bancs sous-marins et qu’on se procure les plus belles Coquilles.

2 A La Rochelle on pêche de cette manière les Pholades. 3 La Mya arenaria, les Solen se pêchent ainsi. Les Helix aspersa et nemoralis.

5 Les Octopus.

5 Les Tarets. (Taredo navalis.)

Des principes généraux de classification.

Comme je l'ai dit dans mon Introduction", je marcheraï, pour mes descriptions, du composé au simple, c’est-à-dire du connu à l'inconnu, seule méthode applicable à l'étude des êtres enfouis dans les couches terrestres. Prenant pour base l’ensemble des organes, je placerai les Mollusques dans un ordre relatif à leur degré de perfection; ainsi, le système nerveux, les moyens de locomotion plus ou moins développés, plus ou moins parfaits, me serviront à déterminer l’ordre de succession des classes. En conséquence, les Céphalopodes , toujours supérieurs à tous les autres Mollusques par la perfection de leurs organes et par leurs diverses facultés, viendront les premiers , suivis des Gastéropodes , des Ptéropodes, des Lamellibranches, et enfin des Brachiopodes. Des animaux les plus complets, j'arriverai donc aux êtres qui ne jouissent plus d'aucune liberté de locomotion, et que leur destinée enchaîne aux lieux où le hasard les a fait naître.

Pour les ordres et les familles, je me servirai seulement des caractères zoologiques des animaux. Le développement de la tête et de ses organes ; la place, la forme ou la disposition des organes de la respiration, de la génération, de la locomotion, du tact ou du toucher, de la vision, de l'audition, me guideront toujours. Les coquilles ne seront pour ces coupes que d’une valeur secondaire et souvent tout à fait nulle. Les animaux qu'elles protégent viendront en effet se grouper dans la même famille? près de ceux qui en sont dépourvus, lorsque leur organisation se trouvera d'ailleurs identique. Presque toujours, néanmoins, la forme générale de la coquille est en rapport avec

1 Voyez p. 13.

? Les Aplysia se placent à côté des Acteon, les Argonauta près des Octopus.

94 l MOLLUSQUES.

les coupes déterminées par les caractères anatomiques et z0olo-

giques.

Le grand nombre d'êtres qui a disparu de la surface terrestre, et qui appartient au domaine de la Paléontologie, oblige à se servir simultanément, pour l'établissement des genres, de tous les caractères zoologiques, de leur combinaison avec les caractères généraux donnés par la coquille et des caractères seuls de la coquille. Lorsque, par exemple, une série plus ou moins nombreuse de Coquilles fossiles offrira des caractères conchyliologiques constants, je ne balancerai pas à la considérer comme une coupe générique, surtout quand des caractères dé même valeur , chez des Coquilles vivantes plus ou moins voisines, se trouveront en rapport avec les diverses modifications des organes. On conçoit pourtant que la conservation ou la création d’une coupe générique basée sur les dépouilles fossiles seulement, ne saurait être définitivement admise qu après la comparaison la plus sévère avec ce qui existe maintenant, à l'effet de s'assurer si elle ne rentre pas dans les genres déjà connus. Ainsi, pour les coupes génériques je ne prendrai que les caractères zoologiques et anatomiques, ou les caractères zoologiques et anatomiques combinés avec les caractères conchyliologiques ; et pour les corps fossiles, les caractères conchyliologiques seuls lorsqu'ils seront tranchés de manière à présenter des limites arrêtées toujours appréciables. Quant aux caractères spécifiques, je renvoie à cé qué J'ai dit à propos des limites et des variations naturelles des espèces vivantes!. Il me reste seulement à examiner ici rapidement la question des causes d'erreur relatives à la détermination des espèces fossiles. |

1 Voÿez p. 59 ct suivantes.

Des causes d'erreur dans la détermination des espèces de Coquilles fossiles.

Ces causes d'erreur peuvent être envisagées sous deux points de vue, suivant l’état de conservation, les accidents de fossilisation des Coquilles, ou suivant les déformations que leur a fait subir la pression des couches terrestres.

Des simples accidents de fossilisation dans les Coquilles.

L'état de conservation des Coquilles peut souvent tromper l'observateur, et lui faire séparer, comme espèces distinctes, les divers états d'une même coquille. Les Coquilles, soit qu’elles aient été ensevelies par les couches terrestres dans le lieu où elles viennent, soit qu’elles aient été remuées par les courants, sont généralement déposées par zones dans les terrains fossilifères. Suivant leur àge géologique, ou leur plus ou moins grande ancienneté dans ces couches, elles ont complétement ou par-

tiellement changé de nature. Telle coquille composée, par exemple, de molécules de carbonate et de phosphate de chaux, et de molécules animales cornées ou muqueuses, a quelquefois, dans sa composition, conservé encore du carbonate de chaux ; mais alors cette substance, à moins qu’elle soit d’une contexture lamelleuse, comme celle du test de certains genres !, ne garde pas son aspect primitif. La matière minérale qui la remplace, formée de carbonate de chaux?, de silice , de sulfure de fer #,

1 De l'Ostræa, de la Terebratula.

2 On les trouve en France sur une infinité de points.

3 Toutes lés Coquilles d’'Uchaux (Vaucluse) et de Launoy (Ardennes), contenues dans les couches crétacées et oxfordiennes, sont à cet état.

4 La plupart des Coquilles sont ainsi transformées aux Vaches-Noires (Calvados).

de fer hydraté ! de fer oligiste?, de sulfate de strontiane®, de sulfate de baryte* de plomb ou de toute autre substance, n’a plus rien de sa contexture primitive interne. C’est la matière minérale offrant alors son aspect ordinaire qui occupe la place de la coquille. Lorsque les Coquilles n’Oht que changé de nature, elles conservent tous leurs caractères et il est facile de les étudier.

Les Coquilles , enveloppées de molécules argileuses, marneuses ou calcaires, lors de leur dépôt dans les mers anciennes, qui, postérieurement ont été, par l’action d'agents chimiques, | entièrement détruites, et ont laissé leur place vide, offrent plus de difficultés. Lorsque le vide est resté intact, il montre, d'un | côté l'empreinte des caractères extérieurs, et de l’autre celle | des caractères internes. C’est alors à l'observateur de chercher à reconstruire par des moyens artificiels, ou à reconnaître lesca- | ractères des genres et de l'espèce de la Coquille par la réu- | nion de ces deux impressions restées sur la roche. Une valve seule d’acéphales offrant à la fois la forme extérieure et la | charnière, peut permettre une détermination assez facile, mais | il n'en est pas toujours ainsi des gastéropodes , et surtout des | bivalves, lorsqu'elles étaient fermées et qu’elles ont laissé seu- | lement ce qu'on appelleimproprement le noyau ou lemouleintérieur, et que je désignerai comme empreinte interne; car alors un grand nombre des caractères conchyliologiques, comme ceux de la charnière, ont souvent disparu , et dans beaucoup de cas il est extrêmement difficile de reconnaître les genres et les espèces. Néanmoins, si les difficultés commencent pour ces em-

1 Cette transformation est très-commune.

? Celle-ci ne se rencontre qu’aux environs de Semur (Côte-d'Or), dé +

le Lias.

3 J'en airecueilli dans l'étage néocomien aux environs de Saint-Dizier (Haute-Marne),

4 Je possède des Bélemnites en strontiane, découvertes par M. Delanoue dans le Lias des environs de Nontron (Dordogne).

J'ai des Gryphées ainsi transformées, prises aux environs de Semur.

preintes internes debivalves entières bien intactes, elles augmentent quand l’état de conservation devient encore moins complet. Je veux parler des contre-empreintes, lorsque, par exemple, la

coquille à complétement disparu dans une couche argileuse ou

calcaire à l’état non encore solidifié, et que la pression déterminée

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