‹ Mon abonné, comédie en 1 acteChapitre 6 sur 11 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

GEORGES

Jugez maintenant si je remercie ce hasard, puisqu’en me faisant gagner mon pari, il me permet de couvrir d’un profond respect une légèreté impardonnable.

JULIE, à part.

Que croire? (Haut.) Vous aviez donc vu cette tapisserie entre les mains de notre ami.', pour l’avoir reconnue aussi vite?

GEORGES, souriant.

Madame, c’est moi-même qui en ai tracé le dessin ; et pour vous en donner une preuve, voici sur mon carnet le croquis de ce ^essin fait à la prière de ma cousine.

JULIE, après avoir regardé sur le carnet. A part.

Sa cousine! (naut.) Jusqu’au chiffre! c’est bien cela. En vérité, cette rencontre est singulièrement amenée, permettezmoi de le dire.

GEORGES, l’implorant.

Oh ! madame !

JULIE, continuant.

Néanmoins, je lui dois, l’avantage de connaître le parent d’une femme que j’aime beaucoup.

GEORGES

Merci pour votre indulgence! Et laissez-moi regretter alors que l’honneur de vous voir chez elle ne m’ait point été encore accordé.

JULIE, affectant l’indifférence.

Nous sommes arrivées depuis peu de temps de la campa^ gne et ma nièce était souffrante.

GEORGES, à part.

Sa nièce!... Comment elle veut continuer à jouer le rôle de sa tante?... Ah! je saurai pourtant bien l’obliger. (Haut.) Votre nièce, dites-vous?

JULIE, mémo jou et un peu ironique.

Oui, ma nièce était un peu souffrante et je vous avouerai que cette pauvre enfant aété si éprouvéepar un mariagecontraire à ses goûts...

GEORGES, à part, ému.

Mariée?

JULIE, continuant.

Que depuis un an qu’elle est veuve.

GEORGES, à part, avec joie.

Ah!

JULIE, continuant.

Je crains, en la menant dans le monde, de sembler la pousser à porter de nouvelles chaînes.

GEORGES, vivement.

Pardon, madame, il y a chaînes et chaînes.

' JULIE

• Oui, je le sais, les chaînes de cœur ont aujourd’hui des anneaux brisés, comme les chaînes de montre, et avec un tour ou deux...

GEORGES, se récriant.

Ah ! madame.

JULIE, continuant.

Et comment distinguer les vraies de l’imitation.

GEORGES

Mais il existe un contrôle, madame.

JULIE

Dites.

L’amour.

Ah!

JULIE, souriaut.

GEORGES, vivement.

Et pour le prouver les exemples ne manquent pas ! je pourrais citer, particulièrement, un malheureux jeune homme...

JULIE, souriant.

Qui porte sa chaîne pour quelque danseuse des bals de madame de Breuil.

GEORGES, légèrement railleur.

Non, madame, précisément celle dont je parle n’y était pas. (Appuyant.) Sa nièce était souffrante.

JULIE, à part.

Sa nièce ! que veut-il dire?

GEORGES, continuant.

Et depuis un mois qu’il l’a vue, pour la première fois, le bonheur de lui parler ne lui a été accordé qu’aujourd’hui.

JULIE

C’est peu pour un exemple à citer.

GEORGES

Oui, mais chaque jour, il passe devant ses fenêtres...

JULIE, à part.

Nous y voilà.

Page 1