Mon Ambassade en Allemagne;
Le présent volume est destiné à faire suite aux Mémoires de M. de Gontaut, que nous avons publiés Tannée dernière (i). Ces Mémoires, que l'auteur ne put achever, ne comprennent que le récit des deux premières années de son ambassade. A l'aide des nombreux documents laissés par lui, nous avons tenté de continuer l'œuvre dans la forme où il l'avait lui-même commencée.
Les documents se répartissent ainsi : notes au jour le jour, rédigées par M. de Gontaut sur des feuilles volantes ; minutes ou copies au net d'un certain nombre des dépêches officielles qu'il envoie au ministre des affaires étrangères ; minutes ou copies au net des lettres personnelles quïl écrit; originaux des lettres personnelles qu'il reçoit; copies d'un certain nombre des dépèches officielles écrites par le ministre à l'ambassadeur ; copies de documents officiels ou de lettres particulières communiqués par le ministre à M. de Gontaut pour son instruction personnelle.
(ï) Vicomte de Gontaut-Biron, Mon Ambassade en Allemagne, Paris, Plon-Nourrit, 4906, in-8".
Il AMBASSADE EN ALLEMAGNE
De ces documents divers, M. de Gontaut, dans ses Mémoires, avait fait un choix. Nous avons suivi son exemple. Outre les proportions considérables que menaçait de prendre une publication complète, elle risquait d'être en beaucoup d'endroits inutile, attendu que sous leurs différentes formes les documents se répètent souvent. Nous avons toujours retenu de préférence ceux qui, sur une question donnée, renfermaient le plus de faits intéressants. C'est, d'ordinaire, le cas des notes ou des lettres personnelles, où M. de Gontaut rapporte des détails qu'il n'a pas cru devoir insérer dans sa correspondance officielle.
M. de Gontaut, dans ses Mémoires, s'était imposé la lâche de grouper en divers chapitres les pièces choisies par lui, de les relier, de les commenter au besoin, de donner ainsi à son travail l'aspect d'une œuvre composée, où les documents constitueraient un récit suivi des événements. Si nous avons dû parfois, en publiant ces Mémoires, modifier la disposition primitive, multiplier les chapitres et préciser le plan, nous n'avons fait que leur donner la forme que leur souhaitait l'auteur et que son ouvrage inachevé indiquait déjà suffisamment.
C'est la méthode que nous avons également adoptée pour le présent volume. Nous avons cru pouvoir, sans trop leur faire violence, répartir les documents entre un certain nombre de chapitres et grouper les textes, parfois épars, qui se rapportaient à une même question. Nous avons, en outre, essayé de les placer, pour
AVANT-PROPOS m
ainsi dire, dans leur cadre historique, en esquissant de la situation générale, à tel ou tel moment, juste ce qu'il en fallait pour les mieux comprendre et les mieux apprécier. Nous avons voulu tracer ces quelques tableaux d'ensemble avec autant de concision et de discrétion que possible. Tout notre soin a été de mettre les textes en évidence et de les laisser parler eux-mêmes. C'est eux qui forment, comme on le verra, la partie la plus considérable et la plus importante de notre publication.
Lorsque, sur une question très controversée, l'alarme de 1875, nous sommes sorti de notre réserve pour proposer une conclusion, nous avons fourni au lecteur, en lui soumettant les pièces que nous avions sous les yeux. les moyens, si bon lui semble, de combattre cette conclusion. Nous ne croyons pas, pour notre part, qu'au printemps de 1875, le prince de Bismarck ait eu l'intention de nous attaquer: mais nous pensons n'avoir omis, dans notre publication, aucun des témoignages de grande ou faible importance sur lesquels on pourrait s'appuyer pour démontrer les projets belliqueux du Chancelier. Il n'était que juste d'y joindre quelques apologies personnelles présentées par le prince de Bismarck dans ses discours, ses conversations ou ses Mémoires.
Des documents que nous reproduisons, la plus grande partie est complètement inédite. Un certain nombre sont déjà connus par extraits ou en substance, et notamment ceux qui se rapportent à la crise de 1875.
Cela tient à ce que les archives de M. de Gontaut ont été mises, une première fois, à la disposition de M. le duc de Broglie, qui en tira la matière d'un court volume paru en 1 896 et intitulé : la Mission de M. de Gontaut- Biron à Berlin. Pour les deux premières années de cette mission, Fauteur s'était servi des Mémoires de l'ambassadeur, alors inédits, et, pour la suite, des papiers que nous avons nous-même exploités. Son ouvrage n'est pas une publication de textes, mais un récit fait d'après les textes. L'auteur y a seulement, de temps à autre, inséré des citations. C'est dire que notre travail est conçu dans un tout autre esprit, puisque les documents euxmêmes y tiennent au contraire la première place.
Beaucoup de ces documents se trouvent à l'état de copies dans une collection privée où M. llanotaux a pu les consulter. C'est en les utilisant qu'il a écrit, au tome III de son Histoire de la France contemporaine, son admirable récit de l'alerte de 1875. On y rencontre de nouveaux extraits et des détails qui ne figurent pas dans l'ouvrage du duc de Broglie. On les retrouvera, avec plus de développements, dans les chapitres que nous avons consacrés au même incident (1).
En présence de documents tels que ceux qu'on va lire, qui traitent d'événements si graves et touchent à
(1) On a déjà beaucoup écrit sur la crise de 1875. Nous mentionnons seulement ici les deux auteurs qui se sont directement inspirés des documents, tant privés qu'officiels, que nous avons eus nousmême entre les mains.