‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 128 sur 178 · OPINION DE L'EMPEREUR SUR LES ELECTIONS · texte numérisé non relu

OPINION DE L'EMPEREUR SUR LES ELECTIONS

« royale voulait bien m'en demander des nouvelles. » Et je me tus pour laisser l'Empereur exprimer son opinion. Il hésita un peu, puis dit : « Eh bien, cela aurait pu être « moins bon. » C'était une phrase courtoise mais banale, pouvant être considérée soit comme un encouragement, soit comme une politesse sans signification précise. C'est à peu près tout ce que l'Empereur me dit. »

M. de Gontaut essaya alors de présenter sous le jour le plus favorable la situation nouvelle faite aux conservateurs par les élections, et les princes, remarque-t-il, semblèrent partager ses espérances. Il lui était bien difficile, toutefois, de connaître directement les vraies impressions de la cour sur un événement qui l'atteignait lui-même dans ses convictions et dans ses désirs. Par égard pour sa personne, la famille impériale ne pouvait guère formuler devant lui que des phrases de politesse et de convention, des regrets plus ou moins sincères. Ce que lui rapportaient des intermédiaires devait donc être beaucoup plus exact et c'est, sans doute, les notes suivantes qui expriment la vérité sur les sentiments de l'Empereur et de son entourage, au lendemain des élections :

« D'une source que j'ai lieu de croire sûre, il m'est revenu que l'Empereur était très satisfait du résultat des élections. Des personnes de son entourage partageraient cette satisfaction. Exclusivement dominés par la crainte du cléricalisme, persuadés, malgré tant d'assurances et de preuves contraires, que la victoire des conservateurs jetterait nécessairement le gouvernement dans les voies ultramontaines et l'entraînerait à des aventures belliqueuses, ils se réjouissent de la victoire des républicains qui, disentils, les rassurent. Ils n'auraient pas voulu, il est vrai, un triomphe trop complet de la gauche, et, à ce point de vue, ils sont contents de l'échec qu'elle a subi dans ses espérances et du succès relatif du gouvernement; mais ils souhaitaient que la victoire restât en définitive aux^républicains. Le

résultat, dans son ensemble, leur plaît donc infiniment (1).

« Je ne doute pas que ce soit le sentiment du prince de Bismarck. Le seul rapport sous lequel nous puissions le moins le regretter, c'est celui de nos relations avec l'Allemagne. L'empire, rassuré sur ce qui l'inquiétait le plus, nous suscitera moins de tracasseries, moins d'embarras qu'il ne l'eût fait certainement si la victoire était restée aux conservateurs. »

Tout en accueillant sans déplaisir l'échec de ces derniers, l'Empereur paraissait tenir au maintien du Maréchal. C'était conforme, d'ailleurs, au sentiment que lui supposait M. de Gontaut. La retraite du Maréchal eût constitué pour la gauche ce complet triomphe que l'Empereur ne désirait pas. « Dans toutes les suppositions, même graves,

(1) Cette satisfaction n'était sans doute pas partagée par tous les membres de la famille impériale. En ce qui concerne tout au moins l'Impératrice, les notes laissées par M. de Gontaut donnent à croire qu'elle désirait le succès des conservateurs. « L'Impératrice, » écrit-il à la date du 6 octobre, à Bade, » m'a fait l'honneur de m'inviter à dîner trois fois chez elle. Etant souffrant jeudi dernier, j'ai dû décliner ce jour-là son invitation. Elle s'est montrée gracieuse comme d'habitude à mon égard. Elle est inquiète des événements, de la guerre au-dessus de tout. Elle m'a dit les meilleures paroles possibles sur le compte de la France qu'elle m'a dit aimer beaucoup. Elle m'a confié (c'était le jour de ma première visite chez elle, le 18) la surprise et presque l'indignation que lui causaient les hommages exagérés, ampoulés, que l'on rendait de tous côtés à M. Thiers; le personnage ne valait pas tous ces éloges ! Elle sentait bien que la part faite, dans cette glorification de M. Thiers, au côté révolutionnaire de sa vie, était bien supérieure à celle des qualités réelles et des services vrais rendus à son pays par cet homme d'Etat, et elle souffrait encore de voir que de grands personnages à l'étranger, des souverains même, avaient cru devoir s'associer aux regrets exprimés en France...

« Un autre jour, elle m'a dit toute la satisfaction que lui faisait éprouver le manifeste du maréchal de Mac-Mahon... »

Le 13 octobre, l'Impératrice, ayant fait à M. de Gontaut un très grand éloge du Maréchal, avait ajouté : « Dites-lui bien qu'à la veille du jour des élections, je vous ai renouvelé l'expression des sympathies que j'éprouve pour lui depuis que je le connais; je tiens à ce qu'il le sache ».

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