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L ALLEMAGNE ET LA GUERRE

Berlin, 13 janvier 1874.

Le comte de Redern est venu me voir dimanche. Nous avons causé librement, comme à l'ordinaire, de toutes choses.

Le comte de Redern m'a ramené, comme il l'a fait bien des fois déjà, sur nos armements et sur nos intentions de reprendre la guerre. Je nai pas eu de peine à lui répondre et à lui prouver l'inanité de craintes pareilles, et je lui ai dit, comme à M. de Biilow quelques jours auparavant, que si des préoccupations de ce genre existaient, c'était l'Allemagne et non pas la France qui y donnait lieu. Le ton de la presse ici est plus violent que le nôtre; les susceptibilités du gouvernement allemand se manifestent trop souvent; on peut le dire, en particulier, à l'occasion des mandements de quelques-uns de nos évéques, qui ont parlé en catholiques et à aucun autre titre. Il y a eu des violences très blâmables, très regrettables, dans le mandement de M. l'évêque de Nîmes; mais le gouvernement français s'en est ému le premier et la circulaire envoyée aux évêques est destinée à leur servir d'avertissement. Je suis persuadé qu'ils en

(1) Tous les documents réunis dans cet appendice, sauf un extrait de lettre du duc Decazes, sont des notes au jour le jour de M. de Gontaut.

accepteront en général l'esprit. On m'a dit que l'Empereur en avait été ému, et j'espère que maintenant il est rassuré.

Le comte de Redern me dit qu'il ne pensait pas que l'Empereur eût été fort préoccupé de ces mandements, car il s'en serait ouvert à des personnes investies de sa confiance, et il ne l'a pas fait.

« Quant à la guerre, je peux vous certifier, m'a-t-il dit, qu'elle est à mille lieues des pensées de l'Empereur, qu'il est absolument opposé à un désir de ce genre. Souhaitons pour lui qu'elle ne se déclare pas; car il voudrait prendre le commandement de l'armée et, dans 1 état de santé où il est, il ne tarderait pas à succomber aux fatigues de ce rôle. Moltke me disait, il y a peu de jours : « Si les Français veulent faire la guerre, qu'ils se « dépêchent, car je commence à devenir bien vieux! » Sans doute, il serait bien peu raisonnable à vous de vouloir la guerre, mais nous ne devons pas non plus la désirer. Il y a bien d'autres soucis pour tous les gouvernements aujourd'hui : c'est le progrès des idées révolutionnaires qui envahit tous les pays, l'Allemagne comme les autres. Ce que les gouvernements ont à faire, c'est de s'entendre pour réprimer cet ennemi-là, et leur tâche sera bien assez grande. »

J'entrai dans ces idées et nous les développâmes à l'envi l'un de l'autre.

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