‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 155 sur 178 · DERNIERS ADIEUX · texte numérisé non relu

DERNIERS ADIEUX

départ, qui était fixé au samedi 5, voulut bien m'inviter au thé intime de son petit cabinet, surnommé la bonbonnière...

« A neuf heures et demie, la dame d'honneur, la comtesse Oriola, vint me prendre pour me mener dans le petit salon où étaient déjà réunis un petit nombre d'invités : c'étaient les Schleinitz, les Radziwill, la comtesse de Benckendorff et sa fille et le comte G. de Pourtalès. L'Empereur arriva quelques minutes après l'Impératrice; nous étions en tout douze.

« Je m'assis entre l'Impératrice et Marie Radziwill. Un peu avant onze heures, l'Impératrice se leva, c'était le signal de la retraite. Je lui baisai une dernière fois la main et elle rentra. L'Empereur, avant de partir, me dit encore quelques mots affectueux et gracieux. « Je n'oublierai pas, m'a-t-il dit, votre audience pour la remise de vos lettres « de rappel, votre émotion et la mienne.» (Je crois du moins qu'il a ajouté ce mot qui exprimait la vérité.) — « Sire, lui ré- « pondis-je, j'étais en effet bien ému, si ému que j'oubliai de « remettre à Votre Majesté mes lettres de rappel, but de « mon audience, ce dont je la prie de m'excuser. — Et c'est « justement cela qui m'a tant touché, reprit l'Empereur. » Il me serra une dernière fois la main et je sortis.

« Les personnes invitées avec moi me firent encore d'aimables adieux et nous nous séparâmes. »

« Samedi 5 janvier 1878. — Aujourd'hui, à trois heures, j'ai quitté Berlin pour tout à fait. J'étais ému en sortant de cette ambassade où j'avais passé six années de ma vie. Tout le personnel de l'ambassade m'attendait à la gare : M. Tiby, premier secrétaire, le comte d'Aunay, deuxième secrétaire, le commandant de Sesmaisons et le commandant de Serres, attachés militaires, MM. Horric de Beaucaire, Duplessis, de Montalivet et Deschamps, attachés d'ambassade, M. Champy, chancelier et M. de Jouffroy, commis de chancellerie. La veille, j'avais donné à dîner à

ces messieurs. Tiby, se faisant l'interprète de tous ses camarades, porta ma santé en l'accompagnant de paroles de regrets, de respect, d'attachement, qui m'allèrent au cœur et auxquelles je répondis en exprimant les sentiments qui le remplissaient aussi. Nos adieux à la gare furent semblables à ceux de la veille. A trois heures, la locomotive entraînait le train hors de Berlin. J'avais terminé ma mission. »

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