‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 158 sur 178 · BISMARCK ET LE COMTE D'ARNIM · texte numérisé non relu

BISMARCK ET LE COMTE D'ARNIM

loue de lui; et Arnim m'a dit, le jour où le duc de Broglie a quitté les affaires étrangères, qu'il le regrettait parce qu'il lui avait trouvé toujours l'esprit conciliant et qu'il avait été satisfait de ses relations avec lui. Je suis parti de Paris avant l'installation du duc Decazes au ministère; mais je sais qu'il a vu, presque de suite après, le comte Arnim et qu'il a été content de sa conversation avec lui. M. Thiers, dans le temps, m'avait dit la même chose.

— Arnim a des qualités, a repris Bismarck, mais il est inégal. S'il avait pris, dès le commencement, avec plus d'insistance, le mandement de l'évêque de Nancy, conformément aux instructions que je lui avais données, les choses n'en seraient pas arrivées au point où elles sont. Son caractère n'est pas agréable.

— Je sais, dis-je, qu'on lui a reproché d'être un peu susceptible.

— C'est très vrai; il aurait pu, avec plus de liant, tirer bon parti de la situation très délicate et très difficile qu'on lui a faite, il faut l'avouer, dans la société française. Veuillez encore me répondre à ceci : Si M. d'Arnim quittait l'ambassade de Paris, auriez-vous une prédilection pour un remplaçant? On pourrait vous donner Reuss, mais l'empereur de Russie a mis l'embargo sur lui, et c'est difficile de le lui ôter. 3Iais nous avons encore le général Schweinitz... Il y aurait encore un général qui malheureusement a fait la guerre en France, mais dont, je crois, vous vous êtes généralement loués : Manteuffel. Qu'en dites-vous? Peut-être son titre de général serait-il une objection?

— C'est à craindre, lui ai-je dit. Et, cependant, il est très vrai que, pendant l'occupation, nous n'avons eu quà nous louer de l'esprit bienveillant et conciliant du général Manteuffel. »

Je n'ai pas voulu, en effet, laisser tomber l'objection que le Chancelier mettait lui-même en avant, car je craignais que le Président ne le vît pas arriver de bon œil. Je repris :

« L'année dernière, le bruit s'était répandu à Berlin que le comte Arnim quittait Paris, et j'ai entendu, à cette époque, mettre beaucoup de noms en avant, celui du comte Eulenbourg, entre autres; je crois qu'il serait bien accueilli à Paris. »

... Le prince de Bismarck convint que c'était un homme d'esprit qui pourrait bien remplir cette position. « Il en a été question déjà sous l'empereur Napoléon III, me dit-il, mais le Roi ne voulut pas le nommer. »

Je demandai au prince s'il rdésirait que cet échange restât absolument entre nous deux ou s'il m'autorisait à en écrire au ministre des affaires étrangères. Il me pria de le garder encore pour moi seul, parce que si je l'envoie à Versailles on pourrait faire courir le bruit du départ du comte Arnim, ce qui n'était nullement décidé. Je le lui promis et nous convînmes que, si cette mesure était prise, nous recauserions à ce sujet.

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