INQUIETUDES D'UN DIPLOMATE EN
Berlin, 22 avril 1875.
Le compte Chreptowitch dînait chez moi ce soir. Nous nous sommes rapprochés après dîner et nous avons échangé quelques mots sur la politique. Sa réserve habituelle m'est trop connue pour que je n'aie pas compris qu'en me parlant, il obéissait à des conseils qu'on lui aura donnés à Pétersbourg. Comme nous parlions de villégiature et que je lui ai exprimé le désir de n'être pas établi trop loin de Berlin, il m'a dit, d'un ton significatif : « Non, ne vous éloignez pas trop; croyez-moi »; et il m'a fait entendre que, d'après ce qu'il avait vu ces deux jours-ci, il convenait à la France d'être très prudente et sur ses gardes. Au reste, il m'a déclaré son désir, pendant les quelques semaines qu'il allait passer à Paris, de voir le Maréchal et le duc Decazes et il m*a prié de le faire précéder d'une lettre pour le duc Decazes dont il m'a dit grand bien et fait valoir la bonne position qu'il avait acquise en pays étranger.
Je lui ai dit quelques mots de la crise que nous venions de traverser ici et dont nous étions à peine sortis. Il est entré dans ma pensée et m'a dit, de son côté, quelques paroles sur le danger que faisait courir le prince de Bismarck à la paix de l'Europe. Tout cela à mots couverts, ou du moins très réservés, presque