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M. THIERS ET LE MARÉCHAL DE MAC-MAHON

dessein, que nous attachions du prix au triomphe du scrutin d'arrondissement qui répondait aux. sentiments conservateurs du pays, et pourtant que, s'il ne sortait pas victorieux de l'urne, nous avions bon espoir encore de faire de bonnes élections avec le scrutin de liste. Peu après, on m'apporta la nouvelle que l'élection par arrondissement l'avait emporté avec une belle majorité. Je ne dissimulai pas la satisfaction que j'en ressentais et il m'en félicita avec des expressions et une physionomie qui m'ont paru très sincères. Nous étions pendant cette conversation dans un coin du grand salon au premier étage.

« L'endroit où nous sommes, lui dis-je, me rappelle un souve- « nir de ma vie que je ne puis oublier. C'est ici que, le 24 mai « au soir, après avoir appris la démission de M. Thiers et la

• démarche que préparait le bureau de l'Assemblée pour m'offrir « la présidence, je m'empressai de venir le trouver. Je le pressai .« de ne pas quitter le pouvoir. et je lui dis : . . .

« Je vous supplie de m'autoriser à dire à ces messieurs qui t m'attendent que vous consentez à prendre un ministère conser- « vateur. En ce cas, je vous affirme que tout le monde vous « priera de rester président. » Mes efforts furent infructueux. « Eh bien, continuai-je, me conseillez-vous d'accepter l'offre qui « m'est faite? — Oui, assurément, répondit M. Thiers. » Mais, « au même instant, il me vint dans l'esprit l'idée que M. Thiers « pourrait m'accuser d'ingratitude si je le remplaçais, moi qui « avais été nommé par lui commandant en chef de l'armée de » Versailles, et je m'en ouvris immédiatement à lui : « M'accuse-

• riez-vous d'ingratitude si j'acceptais la présidence en votre « lieu et place? Je tiens à le savoir, car, dans ce cas, je ne con- « sentirai jamais à prendre ces fonctions. — Non, répondit net-

• tement M. Thiers. Non, car je sais et je n'oublierai pas qu'il « m'a fallu vous faire presque violence pour vous faire accepter t ce commandement. »

« En effet, ajouta le Maréchal, je ne me souciais nullement d'accepter ce poste. Je revenais à peine de captivité, j'avais été battu et je ne pouvais me déterminer à reprendre un commandement sur des troupes qui n'auraient plus peut-être confiance en moi. J'hésitai pendant près de huit jours, et ce ne fut qu'au bout de ce temps que je cédai aux instances de M. Thiers. Il le

reconnaissait sans hésiter, et c'est alors seulement que je sortis de chez lui, prêt à accepter la lourde charge que l'Assemblée allait mettre sur mes épaules. »

« Je vis clairement, continua le Maréchal, que le prince Hohenlohe, qui avait été fort attentif à ce récit, en était touché, et, en partant, il me remercia presque avec effusion de la confiance que je lui avais manifestée. Moi aussi, j'ai été touché du sentiment qu'il a montré, et je tenais à vous le dire. »

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